Tribune
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Publié le 20 Mars 2013

Obama, le faux détracteur d'Israël

 

Par Frédéric Encel pour le Figaro

 

Frédéric Encel, géopolitologue et professeur à l'ESG Management School, souligne que le président américain n'a jamais menacé de sanctions Benyamin Netanyahu pour sa conduite  du ­dossier palestinien.

 

À en croire la plupart  des observateurs,  les relations israélo-américaines, à l'instar de celles qui prévalent entre Barack Obama  et Benyamin Netanyahu depuis (et pour encore!) quatre années, seraient exécrables. Or rien n'est moins vrai.

 

Certes, le président américain reproche à son vis-à-vis israélien depuis leur investiture concomitante, début 2009, de ne pas faire assez d'efforts pour reprendre les pourparlers avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, et le lui exprime ouvertement: poignées de main glaciales à chacune de leurs entrevues, critiques publiques, absence de visite en Israël jusqu'à présent, etc. Les quatre mandats successifs de Bill Clinton et George Bush junior avaient habitué les Israéliens à plus de chaleur! Mais ces pressions ne sont pas sérieuses. Car un président américain exerçant de véritables pressions  les ­assortit de menaces de sanctions.

 

En décembre 1948, Harry Truman (pourtant pro-israélien) exhorte David Ben Gourion à replier ses troupes victorieuses du Sinaï égyptien en pleine première guerre israélo-arabe, sous peine de blocus économique. Israël ne pourrait survivre à une telle mesure, et le fondateur de l'État juif s'incline. En octobre 1956, Dwight Eisenhower menace le même premier ministre de la même sanction s'il ne  se retire pas du même terri­toire, conquis lors de la campagne de Suez. Tout comme leurs alliés français et britanniques,  les Israéliens sont contraints de se retirer du sol égyptien. En octobre 1991, George Bush senior menace Yitzhak Shamir de lui refuser 10 milliards de garanties bancaires nécessaires à intégrer le million d'immigrants juifs d'URSS fraîchement arrivés s'il rejette la conférence internationale  de Madrid. Bien que faucon, Shamir s'y rendra finalement… Barack Obama, lui, n'a jamais menacé le nationaliste Netanyahu de sanctions, sur aucun plan.

 

Économiquement d'abord, même si Israël dépend nettement moins de son allié qu'autrefois, Obama aurait pu menacer de diminuer l'aide américaine annuelle de 3 milliards de dollars. Il n'en fit rien. Diplomatiquement ensuite, il aurait pu, à l'Assemblée générale comme  au Conseil de sécurité des Nations unies, s'abstenir ou même condamner Jérusalem à l'instar de la majorité des autres capitales lors des votes concernant plusieurs affaires - la flottille turque (juin 2009),  le rapport Goldstone (novembre 2009), ou encore la reconnaissance de l'État  de Palestine (novembre 2012). Or les États-Unis (ainsi que leurs alliés micro-insulaires du Pacifique!) soutinrent  indéfectiblement Israël durant tout le mandat d'Obama. Militairement, enfin, ce dernier aurait pu refuser la livraison à Tsahal des puissantes bombes perforantes BLU et GBU ou ralentir la coopération balistique du programme «Dôme  de fer», fragilisant Israël tant face à l'Iran que vis-à-vis du Hamas et du Hezbollah. Il s'en abstint. Comme l'indiquait  le président hébreu Shimon Pérès  lors de sa récente visite à Paris, jamais  la coopération technologique et militaire israélo-américaine n'aura au contraire atteint une telle intensité.

 

Pourquoi donc ce grand écart entre le verbe et les actes? En premier lieu à cause du Congrès. Sénateurs et représentants, démocrates comme républicains, sont extrêmement défavorables à des pressions sur Israël au moment où son voisinage s'islamise (Égypte), implose en guerre civile (Syrie) ou se nucléarise (Iran).  En second lieu, Obama a d'autres dossiers brûlants à traiter - outre sa lutte interne avec les républicains sur les questions socio-économiques -, à commencer par la bombe iranienne, cauchemar non seulement d'Israël, mais aussi des alliés arabes sunnites pétrolifères de Washington (Arabie saoudite). Il doit aussi gérer les tensions montantes avec la Russie, la Chine, la Corée du Nord ou encore le Pakistan ; devant ces titans asiatiques surarmés et les risques de conflits entre eux (Inde/Pakistan, Chine/Japon, etc.), le dossier palestinien apparaît franchement marginal, surtout par ces temps de calme relatif.

 

Le locataire de la Maison-Blanche tapera-t-il du poing sur la table durant son second mandat? Non, d'autant moins que la nouvelle coalition de «Bibi» est plus présentable que la précédente, ­dépourvue de ministres ultraorthodoxes mais riche de la très appréciée Tzipi Livni, en charge du… processus de paix. Mais, en définitive, la vraie question n'est-elle pas de savoir si Obama croit encore possible le règlement du conflit israélo-palestinien? Si tel  n'est pas le cas, on lui souhaite un agréable séjour touristique au Proche-Orient.

 

Frédéric Encel est l'auteur de l'«Atlas géopolitique d'Israël» (Autrement, 2012).

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