Tribune
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Publié le 17 Novembre 2016

#Opinion - Roger-Pol Droit : "La tolérance est une pensée des limites"

Mercredi 16 novembre a eu lieu la 20e journée mondiale de la tolérance, sous l’égide de l’ONU.
Entretien par par Jean-Baptiste François, publié dans la Croix le 16 novembre 2016
 
La Croix : Pourquoi se préoccupe-t-on autant de tolérance, à l’instar de la journée mondiale organisée le 16 novembre ?
 
Roger-Pol Droit : Je n’ai pas beaucoup d’enthousiasme pour les journées mondiales en général, car il y en a sur tout. Cela permet de parler d’une cause. Mais la tolérance est d’abord une expérience. Pour exister, elle doit se traduire en actes. La notion refait surface sous la menace des tensions qui traversent le monde, en proie au terrorisme et au fanatisme, alors que les sociétés sont de plus en plus multiculturelles. La tolérance est mise en avant pour que les désaccords ne dégénèrent pas en guerre.
 
Cependant, la notion est moins simple qu’on ne le croit. Ce n’est pas simplement un sentiment de bienveillance universelle, sans dimension critique, comme on le pense souvent. La tolérance sociale, relationnelle, est quelque chose qui se construit. Elle n’est pas tout à fait synonyme du mot respect, qui renvoie à la disposition nécessaire de la personne humaine pour entamer un effort de tolérance.
 
Où cette notion prend-elle ses racines ?
 
C’est une longue histoire qui commence dans l’antiquité, sous le signe de la clémence. Un édit de l’empereur indien Ashoka, au IIIe siècle avant Jésus-Christ, affirme déjà que celui qui proclame la supériorité de sa religion la déshonore.
 
Le concept moderne naît au moment des guerres de religions entre catholiques et protestants, avec l’idée, développée par le philosophe Pierre Bayle, que mêmes les convictions les plus fortes doivent déboucher sur une acceptation de celles des autres. En 1685, dans son commentaire de l’expression « Contrains-les d’entrer » de l’Évangile selon Luc, il prône la tolérance civile, pour toutes les confessions chrétiennes, pour le judaïsme et l’islam, et même pour les athées.
 
L’invitation à tolérer implique-t-elle qu’il faille tout accepter ?
 
Pas du tout. La tolérance implique un effort de compréhension réciproque, sans quoi ça ne marche pas. La tolérance est une pensée des limites, dans laquelle il faut fixer et dire avec l’autre ce qu’on refuse. Encore faut-il savoir ce que l’on combat.
 
Il y a des formes d’intolérable qui sont presque universellement reconnues, comme le meurtre, la torture, l’humiliation, qui suscitent partout l’indignation. Dans un contexte d’attaques terroristes, nous avons à combiner guerre et tolérance en même temps. Guerre à ceux qui veulent détruire la démocratie. Tolérance pour ne pas fissurer la société comme le voudrait Daech... Lire l'intégralité.

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