Tribune
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Publié le 16 Octobre 2013

Qui veut de l’antisémitisme.com ?

Par Marc Knobel

 

Prenez un ordinateur quelconque, allumez-le et connectez-vous. Cherchez sur un moteur de recherche -de préférence américain- l’immonde littérature. Vous n’aurez pas trop de mal à la trouver (1).

 

Qui veut de l’antisémitisme.com ?

 

Qui veut acheter « Les  décombres » (en version intégrale) de l’écrivain collaborationniste Lucien Rebatet en édition de luxe, 640 pages tirées sur papier Chamois, un portrait de l’auteur, format 14,5x20, 42 euros + 16 euros de port ? À moins que vous ne préfériez… le fâcheux livre d’Henry Ford, « Le Juif international », republié en 2008, 188 pages, format 14x20, cousu, dos collé ? Et si vous penchiez plutôt pour… l’obscur Roger D. Polacco de Ménasce : « La fin des impostures. L’histoire face à la question juive », que l’on peut trouver via… amazon.com ? Vous hésitez ? Pas de problème, vous trouverez également… « Le Juif. Poison mortel » du militant d'extrême droite français Jean Boisel (conférence donnée à la salle des Centraux le 4 janvier 1935 par Jean Boissel) au prix modique de… 5 euros. 

Prenons un autre exemple. Les sites -des groupes néonazis dénommés « Blood and Honor »- se sont multipliés sur le Net. Les « Blood and Honor » sont représentés dans plusieurs pays (Espagne, USA, Danemark, Bulgarie, Bohême, Flandres, Norvège, Finlande, Grèce, Serbie, Ukraine, Russie, Pologne, Canada, Chili).  Et, comme d’autres mouvements politiques, les néonazis sont à la recherche d’adhérents, de militants ou de sympathisants. Chaque « Blood and Honor » développe donc son propre « département commercial », qui est chargé de créer et de diffuser du matériel de propagande. Le groupe « Blood and Honor » au Danemark, par exemple, diffuse dans toute la Scandinavie des cassettes, des CD, livres, fanzines et brochures, tee-shirt et fanions. L’organisation montre par ailleurs qu’elle peut contourner d’éventuelles interdictions en utilisant les sites Internet amis et en vendant sur ces sites du matériel de propagande. C’est le cas du site de « Blood and Honor/Combat 18 » qui propose à la vente plus d’une centaine de cassettes vidéo, des séries vidéo ou audio comme « Swedish skinheads » Skrewdriver, « kriegsberichter » ou Deutsche skinheads.

 

D’autres  « objets » sont vendus avec une incroyable facilité et une étonnante permissivité.

 

On peut acheter sur le Web son attirail du « parfait » néonazi de la tête aux pieds, armes comprises. Et à titre d’exemple, nous reproduisons dans le tableau téléchargeable ci-contre (PDF) une liste de quelques CD ou DVD vendus sur le Web. Bref, vous aimez la « musique fascho » ? Vous trouverez facilement ce que vous voudrez.

 

On peut acheter tout ces albums et bien plus encore par… paiement sécurisé : PayPal, Chèque, virement bancaire et je vous rassure : toutes les cartes bleues sont acceptées : Visa, American Express…

 

À moins que vous ne préfériez consulter les dizaines de sites dont les lecteurs s’en prennent quotidiennement à Bernard-Henri Lévy, Bernard Kouchner, Jean-Pierre Elkabbach, Michel Drucker… Pas loin de là, un site dresse une liste de personnalités supposées être « vendues » aux « juifs ». Et, la frontière entre ces différents sites est mince, l’on passe vite vers d’autres supports, plus terrible encore.

 

Nous distinguons encore et encore la multitude de sites extrémistes dont la violence effrénée, les caricatures obscènes et la haine obsessionnelle sont autant d’insultes. Ces sites sont généralement bien programmés, les graphismes travaillés, et le réseau Internet de cette nébuleuse est assez bien structuré. Et puis, il y a cette multitude de sites négationnistes qui ont foisonné sur le Net. Or on a tendance à oublier l’inventivité des négationnistes, capables de médiatiser jusque-là leurs déclarations ou leurs actions, et à trouver de nouveaux canaux de diffusion. Ils s’adressent même à des adolescents. Quand l’outil Internet s’est développé, au début des années 1990, les négationnistes du monde entier ont senti l’opportunité qui s’offrait à eux. Et pour cause. Le développement de la xénophobie, du racisme et de l’antisémitisme sur Internet dépasse l’entendement et la permissivité se nourrit de la lassitude ou de la défection de ceux qui dans le monde politique ou associatif auraient pu pourtant prendre la parole pour tenter de changer le cours des choses. De fait, la diffusion de nombreux contenus illicites sur Internet est passée dans les mœurs. Certes, des associations antiracistes ont engagé des procédures afin de s’opposer à ces marchands de haine, toutefois, pourquoi s’en remet-on en ce domaine au seul dévouement de ces associations ? La lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur Internet n’incombe-t-elle pas AUSSI aux pouvoirs publics ?

 

En guise de conclusion, nous voudrions rappeler que, tous ceux qui considèrent le racisme et l’antisémitisme comme une violence intolérable, devraient s’inquiéter et même s’alarmer de qui est en train de se passer sur l’Internet. Les groupes et groupuscules violents utilisent le Net avec une relative efficacité. Il faut alors voir ces images atroces, ces dessins glauques et injurieux et lire ces textes nauséeux publiés par les sites d’extrême droite, néonazis, klanistes, satanistes, fondamentalistes, antisémites, négationnistes, racistes et/ou islmaistes. Tous s’illustrent par leurs appels incessants à la haine et à la violence.

 

Quelle étrange défaite de la démocratie ce serait de laisser les extrémistes les plus redoutables envahir peu à peu les écrans de nos ordinateurs ! Quant à nous, nous mettons un point d’honneur à nous opposer aux cybermarchands de haine.

 

Note : À lire sur le sujet : Marc Knobel : « L’Internet de la haine. Racistes, antisémites, néonazis, intégristes, islamistes, terroristes et homophobes à l’assaut du Web » (Paris, mai 2012, Berg International Éditeurs, 184 pages) et « Haine et violences antisémites. Une rétrospective 2000-2013 », Paris, janvier 2013, Berg International Éditeurs, 350 pages.

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