Tribune
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Publié le 19 Juin 2015

Réfugiés syriens: par le trou d'une aiguille, lorsque l'horreur vient à nous

Ce n'est pas une surproduction hollywoodienne. Ce sont les images d'un mondeexplosé à seulement quatre heures d'avion de Paris
 

Par Marc Knobel, Chercheur, Directeur des Etudes du CRIF, publié dans le Huffington Post le 18 juin 2015
Nous sommes au point de passage d'Akçakale, près de la ville syrienne de Tall Abyad, prise en étau entre les forces kurdes et celles de Daesh. Le photographe Bülent Kiliç se trouve là, et fait le récit sur le blog Making-of de l'AFP de ce qu'il voit. Le nouvel observateur relaye les photos en grand format -avec également des images faites par Lefteris Pitarakis pour Associated Press.
Lisons ce que dit Bülent Kiliç: "Samedi 13 juin, la situation est de plus en plus dramatique. Nous sommes en train de rouler près de la frontière, à la recherche de réfugiés, quand nous apprenons que de nombreux Syriens se sont rassemblés devant le poste frontière d'Akçakale dans l'espoir d'entrer en Turquie. Sur place, nous voyons une foule gigantesque massée dans les champs, dans une chaleur suffocante. Les forces turques emploient des canons à eau et tirent des coups de feu en l'air pour essayer de les repousser loin de la clôture... Soudain, je vois apparaître quelques personnes au sommet d'une colline. Au début, je me dis qu'il s'agit juste de villageois qui passent dans le coin. Mais d'autres individus font leur apparition, puis d'autres. Bientôt, ce sont des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, portant des sacs avec leurs effets personnels, qui surgissent de derrière la colline et déferlent vers la frontière. Tout cela se produit en l'espace de cinq minutes, comme si l'apparition de cette marée humaine avait été orchestrée pour une superproduction hollywoodienne. La scène à laquelle j'assiste dépasse l'imagination" .
Il suffit de regarder ces photographies, elles sont si saisissantes, si effrayantes, si terribles. Les désespérés, les affamés, les meurtris, les déportés et les misérables, fuient l'horreur, une mort certaine. Ils sont les désespérés des atrocités commises en Syrie. S'agrippant sur les barbelés, levant au ciel leurs bébés et leurs enfants, hurlant et pleurant, ils fuient si désespérément.
Là, cet homme tient entre ses mains un bébé, ce pourrait être une poupée, et d'une main, il le lève, pour que de l'autre côté des barbelés, une autre main le recueille; ici, cet enfant qui crie, nous n'entendons pas ces cris, mais nous voyons son visage, se lit l'horreur, la douleur. Ici cet enfant qui regarde cet ailleurs (la liberté?), les yeux pleins d'effroi. Là, ce père qui tient d'une main son petit gars qu'il tente de soulever, et de l'autre sa fille. A côté, une femme tient d'une main un bébé, on voit pendre sa tétine. Ailleurs, un homme tombe, la jambe accrochée par les barbelés. On dirait qu'il se balance, qu'il pend, un pendu par les pieds.
Mais, au fond qu'est-ce que cela? Ce n'est pas une surproduction hollywoodienne, non.
Ce sont les images d'un monde éclaté, décomposé, explosé à seulement quatre heures d'avion de Paris… Lire l’intégralité.
 

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