Tribune
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Publié le 22 Juillet 2015

Retour sur les violences antisémites de l’été 2014 : rétrospective et mise en perspective

Les attaques sauvages des synagogues de la rue de la Roquette et de Sarcelles ne sont pas une première en France. 

Par Marc Knobel, Directeur des Etudes du CRIF, publié dans la Revue Civique, juillet 2015 
 
Le 13 juillet 2014, à Paris, rue de la Roquette, avec une violence inouïe, une centaine de jeunes, portant pour beaucoup les couleurs du Hamas ou le drapeau palestinien, tentent d’attaquer et d’investir la synagogue qui se trouve dans cette rue. Mais ils sont repoussés par les CRS présents sur place.  
 
Que dire ?
 
Face au conflit israélo-palestinien, chacun éprouve de l’empathie pour telle ou telle partie et des manifestations ont lieu. Mais elles sont, le plus souvent, organisées par les militants propalestiniens. Si la majorité d’entre eux ne provoque pas de trouble, la tension est cependant presque toujours palpable dans les cortèges (cris, hurlements…), depuis l’année 2000. Dans ces manifestations, les slogans les plus outranciers sont scandés. Mais il y a aussi ces cris de « Mort aux Juifs », des étoiles de David identifiées sur les banderoles à la croix gammée et ces maquettes de roquettes Qassam brandies par les militants cagoulés. Et, pour certains, l’objectif réel est de défendre le Hamas ou le Hezbollah. Pis, des dérapages ont lieu, œuvre de casseurs qui veulent en découdre avec les forces de l’ordre ou oeuvre de jeunes paumés, de provocateurs antisémites et islamistes, entraînant des heurts violents avec la police.
 
Nous proposons donc dans cet article un retour sur un été mouvementé, l’été 2014, sur fond de violences antisémites.
 
Le Président condamne les violences
 
Première réaction : « le conflit israélo-palestinien ne peut pas s’importer », déclare François Hollande, au cours de l’interview télévisée du 14 juillet. « Il ne peut pas y avoir de dérives et de débordements, d’intrusion ou de volonté d’intrusion dans des lieux de culte, que ce soient des synagogues comme cela s’est passé hier, mais je dirais la même chose pour des mosquées, des églises, des temples », souligne le chef de l’Etat. « L’antisémitisme ne peut pas être utilisé parce qu’il y a un conflit entre Israël et la Palestine », ajoute le Président. Dans un communiqué, le Premier ministre, Manuel Valls, condamne lui aussi et « avec la plus grande fermeté » les « violences » qui ont eu lieu « aux abords des synagogues ». « De tels actes qui visent des lieux de culte sont inadmissibles », assure Valls. Après une rencontre avec les organisations juives, le Ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, demande  aux préfets de « redoubler de vigilance » et d’interdire les manifestations en cas de « risques avérés de troubles à l’ordre public ».
 
Des événements d’une extrême gravité
 
Roger Cukierman, le Président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), se déclare « inquiet » et « choqué » par cet « événement d’une gravité extrême ». « On est dans un climat antisémite jamais vu », juge-t-il, évoquant une « rupture du pacte républicain ». Le CRIF demande l’interdiction de ce type de manifestation. « Si les autorités laissent faire, il n’y a pas de raison pour que ça ne s’amplifie pas », souligne M. Cukierman. « Il est absolument inadmissible que des familles en prière soient menacées physiquement et verbalement au sein d’un lieu de culte au seul motif qu’elles sont juives », réagit pour sa part le Consistoire dans un communiqué. Il dénonce « l’instrumentalisation systématique du conflit au Moyen-Orient par des groupes organisés et des soutiens aux mouvements terroristes djihadistes ». Comme en réponse, « interdire ce type de manifestation serait un remède pire que le mal », juge Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques. « Il ne faut pas confondre les violences individuelles et l’exercice de droits démocratiques », met en avant le patron de l’IRIS, pour qui le conflit israélo-palestinien est « déjà importé » en France. « Le vrai défi, c’est que cela reste cantonné au stade politique et qu’il n’y ait pas de violence de part et d’autre. » De part et d’autre ? Drôle d’affirmation.
 
Enfin, dans un communiqué, l’Union des mosquées de France réaffirme que « rien ne saurait justifier une action qui porterait atteinte à nos concitoyens juifs, à leurs institutions ou à leurs lieux de culte ». « Une telle action, fermement condamnable et moralement injuste et inacceptable, nuirait également aux intérêts du peuple palestinien et au soutien qu’il pourrait avoir dans l’opinion publique française », ajoute-t-elle (Le Monde, du 14.07.2014).
 
Les violences commises à Barbès
 
La Préfecture de police de Paris avait interdit cette manifestation, évoquant des « risques graves de trouble à l’ordre public » après les heurts du 13 juillet devant deux synagogues, en marge d’un autre rassemblement. Les organisateurs, responsables entre autres de petites organisations pro-palestiniennes, avaient alors introduit un recours en urgence devant le tribunal administratif de Paris, qui l’avait rejeté. Le 19 juillet donc, malgré l’interdiction, des centaines de personnes se rassemblent à Barbès, ils sont très encadrés par les forces de l’ordre. Peu avant 16 heures, la manifestation commence à dégénérer.
 
Pascal Ceaux et Boris Thiolay, dans L’Express du 23 juillet 2014, rapportent: « Le keffieh entoure souvent les cous des hommes et des femmes qui piétinent, malgré une chaleur de plomb. Ce foulard, emblème des combattants palestiniens, semble le seul trait d’union entre les quelque 3 000 manifestants recensés par la police à l’occasion de ce rassemblement interdit. Car, lorsque le cortège s’ébranle, les différences d’âge ou de motivations sautent aux yeux. Les banderoles du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) proclamant « il est fini le temps des colonies » voisinent avec des bannières palestiniennes. Un peu plus tôt, des drapeaux israéliens brûlent. On aperçoit aussi, au beau milieu du défilé, un portrait du cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel radical du Hamas tué par les Israéliens en 2004. Les slogans fusent : « Nous sommes tous des Palestiniens », « Israël assassin, Hollande complice »… » D’autres lancent des projectiles sur les forces de l’ordre, qui répliquent avec des gaz lacrymogènes. En fin de journée, une vingtaine de manifestants, certains portants le drapeau palestinien sur les épaules, jettent encore sur les forces mobiles de grosses pierres récupérées sur un chantier. D’autres cassent un trottoir pour récupérer des pavés.
 
Les affrontements ont parfois été très rudes, comme celui dont L’Express a été témoin au pied du Sacré-Cœur. Une trentaine de jeunes gens surexcités, hurlant « Allah Akbar! », lancent des chaises, des verres et des cailloux sur quatre policiers qui tentent de bloquer une rue. Puis, ils chargent les gardiens de la paix qui, dans un premier temps, doivent battre en retraite. Pour couvrir ce repli, l’un d’eux met en joue un manifestant avec son arme de défense. Celui-ci le défie alors : « Vas-y, tire, je filme la bavure ! »
 
Selon une source policière, 38 personnes sont interpellées pour jets de projectiles, violences contre les forces de l’ordre et outrage. Dix-sept policiers et gendarmes sont blessés. Plus tard, 19 personnes sont placées en garde à vue. Elles sont soupçonnées de violences aggravées (en réunion ou avec arme) sur personne dépositaire de l’autorité publique, outrages, rébellion, dégradations aggravées ou encore participation à un attroupement.
 
Doit-on s’étonner de toute cette violence ? Est-ce une nouveauté ?
 
Face au conflit israélo-palestinien, chacun éprouve de l’empathie pour telle ou telle partie et des manifestations ont lieu. Mais elles sont le plus souvent organisées par les militants pro palestiniens. Si la majorité d’entre eux ne provoque pas de trouble, la tension est cependant presque toujours palpable dans les cortèges (cris, hurlements…), depuis 2000. Prenons quelques exemples... Lire l'intégralité.
 
Marc Knobel, historien, est directeur des Etudes du CRIF, rapporteur auprès de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), membre de la Commission de lutte contre l’antisémitisme et le dialogue interculturel de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS), Président de l’association « J’Accuse ». Livre à paraître: "« L’Indifférence à la haine, racisme et antisémitisme » chez Berg International Editeurs.
 

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