Tribune
|
Publié le 11 Avril 2012

Sur Salah Hamouri

Second éditorial du président du CRIF du mercredi 11 avril 2012

Salah Hamouri est en tournée en France. Il a un programme de réceptions organisé par ses comités de soutien,  un accueil dithyrambique prévu dans certaines municipalités, en général tenues par le Parti Communiste où il pourra rendre hommage au citoyen d’honneur Marwan Barghouti, multi-condamné à perpétuité pour terrorisme. Il participera à diverses manifestations qui seront autant d’occasions de vilipender l’Etat d’Israël. Il a été soigneusement briefé à son arrivée de façon qu’il ne dérape pas comme il l’avait fait aussitôt libéré et au mépris de ses engagements, à l’agence Reuters le 19 décembre 2011 (sur une dépêche qui a disparu plus tard) que Ovadia Yosef n’avait pas le droit de vivre. Ce qu’il dit aujourd’hui est plus subtil, par exemple : « Je vis depuis ma sortie de prison en territoire occupé, à Jérusalem ».

 

Ses amis ne font pas dans la nuance: lorsque le gouvernement israélien ne lui délivrait pas suffisamment rapidement ses visas de sortie, le comité de soutien à Salah Hamouri a écrit que désormais il était devenu un « otage ».

 

Un otage… Cela ne vous rappelle rien ? Evidemment : Salah Hamouri, parce qu’il a lui aussi la nationalité française, est avant tout l’homme qu’on présente en miroir de Gilad Shalit. Ne pas le soutenir, c’est faire deux poids, deux mesures. De nombreux noms célèbres se sont retrouvés dans le Comité de soutien à Salah Hamouri. La charité m’empêche de les citer. Ils se sont crus humanistes en signant. Ils ont surtout montré ainsi, pour ceux d’entre eux qui ne sont pas systématiquement  mobilisés par la haine contre Israël, une immense ingénuité, une étonnante négligence et une propension à la confusion morale.

 

Répétons-le. Gilad Shalit était un soldat qui a été enlevé en territoire israélien lors d’une opération sanglante et qui a été maintenu au secret absolu pendant ses cinq ans de captivité. Salah Hamouri était le militant avoué d’une organisation terroriste palestinienne particulièrement sauvage, le FPLP (Georges Habbache que se rappellent les plus anciens d’entre nos lecteurs…) qui a le bon goût de se prétendre marxiste en ces temps d’islamisme généralisé. Il a été condamné à sept ans de prison après avoir avoué une tentative d’assassinat sur l’ancien Grand Rabbin d’Israël, Ovadia Yosef. Les conditions de son procès n’ont jamais fait question, sauf pour ceux qui considèrent que s’il a avoué, c’est évidemment qu’il a été forcé de le faire et que par conséquent c’est la preuve qu’il n’était pas coupable. Il a passé ses années de prison dans les conditions de détention habituelles, visites des familles, de la Croix Rouge et des autorités consulaires françaises, et même, dit-on, enseignement du français à ses co-détenus. Parlez-en à Gilad Shalit, qui, plusieurs mois après sa libération a tellement de difficultés à se réadapter à une vie normale alors que Salah Hamouri plastronnait dès sa libération et pouvait à loisir mentir sur le caractère terrible de son emprisonnement.

 

Le grand scandale dans notre société tout entière est la facilité avec laquelle on peut  laisser libre cours à des amalgames comme celui qu’on fait entre  Shalit et Hamouri. C’est cette même complaisance où se mélangent, à la satisfaction des partisans, militance et ignorance qui fait parler du « génocide des palestiniens » et qui permet à la pitoyable Eva Joly de dire que Gaza est un « camp de concentration » (je ne parle pas de Mlle Arthaud, dont c’est le fonds de commerce politique que de faire des amalgames et des confusions pour mieux appeler au grand soir).

 

C’est pourquoi, il est particulièrement choquant de voir que le Maire de Paris a accepté de rencontrer personnellement Salah Hamouri. Certes, nous dit-on, l’entretien était de nature privée, en tête à tête, le Maire lui aurait exprimé ses convictions et la photo  de la rencontre a été « volée ». Cela importe peu. Est-ce que le Maire de Paris est disposé à rencontrer par lui-même tous les détenus français, trafiquants, terroristes, escrocs et autres, sortant d’une prison étrangère, pour s’enquérir de leur avenir ? Non, bien sûr. Qu’il le veuille ou non, la rencontre a un caractère politique et met indirectement en cause l’honorabilité de la justice israélienne. Cette rencontre sera exploitée. C’est une faute.

 

Richard Prasquier,

Président du CRIF.

Votre demande a bien été prise en compte.
Nous vous remercions de votre intérêt.