Tribune
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Publié le 19 Mars 2013

Toute concession rapproche l’Iran de la bombe atomique

 

Par Dore Gold

 

Les informations médiatiques sur les dernières négociations des pays occidentaux (« P5+1 ») avec l’Iran, tenues récemment au Kazakhstan, ont été positives de manière surprenante. Le Washington Post du 27 février dernier en soulignait le ton positif tandis que Saad Jalili, le représentant iranien, déclarait aux correspondants étrangers que les deux parties étaient arrivées à « un tournant » dans les négociations. Cet optimisme béat est-il vraiment justifié ?

 

Jalili défend bien entendu les intérêts iraniens, mais il a expliqué que les États-Unis font actuellement de nouvelles concessions qui les rapprochent de Téhéran. Selon le Wall Street Journal, le comportement iranien autour de la table des négociations a été influencé par la décision de Washington de réduire à un seul le nombre de porte-avions américains dans le Golfe persique, ce qui affaiblit le pouvoir de l’Occident à négocier.

 

Le Washington Post a également adopté une ligne critique à l’égard de l’administration Obama. Dans son éditorial publié le 28 janvier, il se pose la question en ces termes : « les États-Unis s’agenouillent-ils devant l’Iran ? » Le journal rappelle qu’au cours des précédentes négociations, tenues à Bagdad en mai 2012, le forum des États « P5+1 » a exigé de l’Iran de fermer définitivement l’installation souterraine de Fordue, spécialisée dans l’enrichissement de l’uranium. Les puissances occidentales avaient aussi insisté sur le fait que l’Iran retire toutes ses réserves d’uranium enrichi à 20% pour les acheminer hors du pays. Cependant, lors des négociations au Kazakhstan, les pays occidentaux se sont contentés de suspendre l’activité de l’installation à Fordue sans exiger sa fermeture. Selon certaines informations, l’Iran pourra également garder une partie de l’uranium enrichi à 20%.

 

Il semble que les Iraniens cherchent à atténuer les positions des pays principalement européens afin de pouvoir exercer des pressions sur Washington pour qu’elle fasse des concessions supplémentaires. La chargée des Affaires étrangères de l’Union européenne, Catherine Ashton, utilise d’ailleurs un langage différent de celui du Secrétaire d’État américain John Kerry, qui déclarait que « le temps presse pour une solution diplomatique ».

 

Au cours d’une Conférence pour les Affaires sécuritaires tenue à Munich au début du mois dernier, Ashton a refusé d’adopter une position claire et ferme à ce sujet. Il semble qu’elle reflète une vision européenne commune, selon laquelle les négociations avec l’Iran doivent se poursuivre à tout prix, même si elles ne pourront conduire à des résultats concrets.

 

La position israélienne sur ce sujet est bien connue, mais celle de l’Arabie Saoudite est aussi intéressante et claire. Lors d’une conférence de presse commune tenue le 4 mars dernier à Riyad avec John Kerry, le prince Saoud al-Faysal, ministre des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, a déclaré que les pourparlers avec l’Iran ne peuvent pas durer éternellement, et a-t-il ajouté : « les négociations doivent s’achever à un certain moment ».

 

Il a souligné que les Iraniens manquent de sérieux dans leurs discussions avec l’Occident et précisé : « ils poursuivent leurs négociations uniquement pour les maintenir. Nous nous trouverons un jour face à des armes nucléaires, et donc nous ne pouvons permettre que cela se produise. »

 

La vision réaliste des Saoudiens est liée sans doute à leur position stratégique : l’Arabie Saoudite est entourée de satellites chiites bénéficiant d’un soutien direct de Téhéran.

 

Rappelons certains faits : au Yémen, un troisième navire transportant des missiles et des katiouchas en provenance d’Iran destinés aux rebelles chiites a été arraisonné et la cargaison confisquée. En Irak, le Premier ministre Nourri al-Maliki est considéré par l’Arabie Saoudite comme un agent des Ayatollahs. Et au Bahreïn, les forces de sécurité viennent d’accuser les Gardiens de la Révolution de la planification d’attaques terroristes dans le pays, situé à 25 kms seulement de la province orientale de l’Arabie Saoudite.

 

Dans ce contexte, et face aux tentatives des Ayatollahs de semer la terreur au sein même de l’Arabie Saoudite, il n’est pas surprenant que les Saoudiens parlent en connaissance de cause. Ils connaissent parfaitement la ruse iranienne et la technique de négociation qui permet de gagner du temps et de progresser ainsi vers l’arme atomique.

 

De nombreux experts estiment à ce sujet que Téhéran adopterait la même stratégie que la Corée du Nord puisqu’elle rejette la supervision de l’Agence internationale d’énergie atomique (AIEA) et agit en conséquence pour pouvoir achever rapidement l’enrichissement de l’uranium à un niveau militaire.

 

C’est justement pour ces raisons que le Premier ministre Benyamin Netanyahou a défini une ligne rouge en ce qui concerne l’uranium enrichi à 20%, quantité qui permet la fabrication d’une bombe (d’environ 225 kgs).

 

L’Iran poursuit donc son projet dans le cadre d’une nouvelle stratégie qui permet l’installation d’un nombre considérable, et sans précédent, de centrifugeuses dans l’usine de Natanz. Certaines sont sophistiquées pour accélérer la production d’uranium enrichi et produire plusieurs bombes.

 

Téhéran a donc réussi à ce jour à obtenir des Européens des concessions supplémentaires face à la fermeté américaine et israélienne.

 

Il est clair qu’en observant les manigances de l’Iran dans notre région, toute concession de la part de l’Occident encouragera le comportement agressif de l’Iran.

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