Juifs et Arméniens : une même destinée, par Haïm Ouizemann
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« Laissez-moi dire de la façon la plus formelle que le gouvernement allemand aurait pu les empêcher »
1921. Berlin. Soghomon Tehlirian, Arménien, assassine Talaat Pacha, ex-ministre de l’intérieur du gouvernement « Jeune-Turc », principal instigateur du génocide arménien. Cinq ans plus tard, en 1926, à Paris, Sholem Schwartzbard, Juif français d’origine ukrainienne, assassine Simon Petlioura, ancien président du Directoire ukrainien (1918-1919) jugé responsable de pogroms perpétrés sur des milliers de Juifs d’Ukraine (*1). Plaidant volontairement coupables et accusés de meurtre, Tehlirian et Schwartzbard sont acquittés. Même destin pour ces deux hommes, l’un Arménien, l’autre Juif.
Aghet des Arméniens, Shoah des Juifs, une même mémoire collective ?
1915. Avshalom Feinberg, l’un des fondateurs du mouvement sioniste Nili qui combat contre la puissance ottomane en Erets Israël, écrit au sujet du génocide arménien : « Ma colère atteint son comble. Quelle sera la prochaine victime ? Car voilà que, marchant en terre sainte et sanctifiée sur le chemin de Jérusalem, je me suis interrogé si nous vivions bien en 1915 ou à l’ère de Titus ou de Nabuchodonosor ? Moi, le Juif, j’ai oublié que j’étais Juif... Je me suis demandé si j’étais en droit de ne pleurer que sur la catastrophe de la Fille de mon peuple [Jérusalem] et si Jérémie [le prophète] n’avait pas aussi versé des larmes de sang à propos des Arméniens ».
1944. Le Mont Valérien. Joseph Epstein et Missak Manouchian, après avoir été cruellement torturés, sont fusillés par les Nazis. Tous deux résistants communistes, l’un Juif polonais, l’autre Arménien, ils luttent pour mettre fin à la barbarie nazie. Ces deux figures emblématiques de la résistance française œuvrent sans relâche pour le retour de la Liberté et l’indépendance de leur Patrie et révèlent par leur sacrifice l’intime dénominateur commun liant les peuples juif et arménien : le devoir de justice. En 2011, fait historique dans l’histoire des deux communautés, une cérémonie commune en la synagogue des Forces Armées est organisée afin de commémorer l’extermination par le régime nazi du groupe Manouchian. Faisant écho aux paroles du témoin oculaire que fut Avshalom Feinberg, Mélinée, veuve de Missak Manouchian, tous deux orphelins du génocide, déclare : « Je ne pouvais pas rester insensible à tous ces meurtres et à toutes ces déportations de Juifs par des Allemands car je voyais ces mêmes Allemands qui encadraient l’armée turque lors du génocide des Arméniens ». (*2)
En 1944, un juriste spécialiste de droit pénal international, Raphaël Lemkin, Juif polonais réfugié aux USA, sa famille ayant péri dans la Shoah, crée le néologisme « génocide » (*3) pour définir l’extermination des Juifs (Shoah) ; des Arméniens (Aghet)... Près d’un million et demi d’Arméniens de confession chrétienne sont massacrés et un-demi-million convertis à l’Islam dans la plus totale indifférence, malgré le pressant appel à la conscience de nombre de grandes figures juives de la littérature, de l’intelligentsia et du monde diplomatique. Ainsi, l’ambassadeur des USA à Constantinople, Henry Morgenthau, outre ses rapports alarmants réguliers, s’interroge sur la responsabilité du gouvernement allemand dans les massacres et les déportations des Arméniens et conclut : « Laissez-moi dire de la façon la plus formelle que le gouvernement allemand aurait pu les empêcher. Tous mes efforts les plus énergiques et répétés pour éveiller l’intérêt de l’ambassadeur d’Allemagne, feu le baron Wangenheim, en faveur des Arméniens, furent vains » (*4)...
Mardi 21 février à 18 H en la cathédrale arménienne apostolique de la rue Jean Goujon : deuxième cérémonie judéo-arménienne organisée par l’ANACRA en présence de Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et certaines personnalités dirigeantes du CRIF ainsi que S.E. M. Viguen Tchitetchian, Ambassadeur d’Arménie en France.
La ville de Valence organise ce même jour à 11h une cérémonie à la mémoire du groupe Manouchian, Place Manouchian.
