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Published on 14 February 2022

France - Procès de l’assassinat du père Hamel en 2016 : trois proches des djihadistes devant les assises

Le procès de l’attentat de Saint-Étienne du Rouvray en juillet 2016 s’ouvre ce lundi à Paris. Trois membres de l’entourage d’Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, les terroristes qui ont assassiné le père Hamel et blessé grièvement un paroissien avant d’être tués par la police, comparaissent devant la Cour d’assises spéciale.

Publié le 13 février dans Le Parisien

Le crime avait bouleversé le pays. Le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel était égorgé en son église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), en pleine messe matinale, devant une poignée de fidèles. Cet humble ecclésiastique de 85 ans succombait aux blessures infligées par ses agresseurs. Les deux assaillants s’acharnaient également sur un paroissien, Guy Coponet, 87 ans, qui survivra miraculeusement à ses blessures. Les deux assassins étaient tués lors de l’intervention de la police.

La dimension terroriste de l’acte, par le profil de ses auteurs, le choix de la cible et le mode opératoire, ne faisait d’emblée guère de doute. Quelques heures seulement après l’attaque, le groupe État islamique en revendiquait la paternité. Et, dès le lendemain, l’organe de propagande de l’organisation terroriste diffusait la vidéo d’allégeance des deux assaillants, Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, 19 ans chacun.

Le procès de cette tragédie s’ouvre ce lundi devant la Cour d’assises spéciale à Paris mais en l’absence de ses auteurs directs. Trois hommes soupçonnés d’avoir eu connaissance de leurs funestes intentions sont jugés, détenus pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Trois accusés auxquels s’ajoute un quatrième, le djihadiste roannais Rachid Kassim, présenté comme l’instigateur de ce crime depuis la Syrie mais qui sera jugé par défaut car présumé mort dans une frappe de drone en février 2017.

Adel Kermiche très actif dans la djihadosphère et sur Telegram

L’exécution du père Hamel est le fruit de la rencontre entre deux garçons tout juste sortis de l’adolescence qui se connaissaient à peine mais qui avaient en partage les mêmes convictions islamistes radicales. Souffrant de troubles du comportement, Adel Kermiche passe l’essentiel de son adolescence dans une institution spécialisée. Fin 2014, cet enfant de Saint-Étienne-du-Rouvray s’intéresse à l’islam. Un processus express puisque, dès le mois de mars 2015, il tente de se rendre en Syrie. Malgré son placement sous contrôle judiciaire, il effectue une nouvelle tentative deux mois plus tard. Cette fois, il n’échappe pas à la prison où il reste un an.

Originaire d’Aix-les-Bains (Savoie), Abdel-Malik Petitjean se radicalise progressivement à partir de la rentrée 2015. Il a de nombreux contacts avec des djihadistes se trouvant en zone syro-irakienne, à commencer par Rachid Kassim. Au mois de juin 2016, il tente également de rejoindre la Syrie avec un certain Jean-Philippe Steven Jean-Louis, rencontré sur la Toile.

Frustrés de n’avoir pu rejoindre les rangs de Daech, les deux jeunes hommes envisagent de passer à l’acte sur le territoire national. Sur les conseils de Rachid Kassim, Petitjean réalise une vidéo où il menace la France. Dans une conversation du 20 juillet, ils échangent sur ses potentielles cibles (synagogue, boîte de nuit, terrasse de café).

Derrière son ordinateur, Adel Kermiche est très actif au sein de la djihadosphère et multiplie les déclarations belliqueuses. Le 19 juillet 2016, dans un message tristement prémonitoire, il indique ceci à un adepte de sa chaîne sur la messagerie cryptée Telegram : « Tu prends un couteau, tu vas dans une église, tu fais un carnage, même tu tranches deux trois têtes, c’est bon c’est fini. »

Les contacts entre Abdel-Malik Petitjean et Jean-Philippe Steven Jean-Louis

Le premier échange entre Petitjean et Kermiche a lieu dans la nuit du 21 au 22 juillet. Le 23 juillet, le Savoyard se rend à Saint-Étienne-du-Rouvray et les événements s’accélèrent. Dès le soir même, le plan de l’attaque est établi. Le 24 juillet, Abdel-Malik Petitjean effectue des repérages autour de l’église — son complice, sous bracelet électronique depuis sa sortie de prison, ne peut quitter le domicile familial. Le même jour, ils enregistrent leur vidéo de revendication qu’ils adressent à Rachid Kassim. Initialement programmé le 25 juillet – l’église était fermée –, l’attentat aura lieu le lendemain.

Pendant cette période, Abdel-Malik Petitjean est en contact avec Jean-Philippe Steven Jean-Louis, cet habitant de Seine-et-Marne avec lequel il a tenté d’aller en Syrie. Le 22 juillet, Petitjean lui écrit qu’il va rejoindre un « frère déter » (déterminé) qui a « un plan ». Cet accusé, aujourd’hui âgé de 25 ans, a toujours nié avoir eu la moindre connaissance du projet des deux hommes.

En juin 2016, Farid Khelil, le cousin d’Abdel-Malik Petitjean, s’était associé à son projet de départ en Syrie avec Jean-Philippe Steven Jean-Louis. Ce Lorrain de 36 ans, dont les supports numériques ont aussi révélé une appétence pour l’islam radical, a échangé plusieurs messages avec son cousin le 25 juillet 2016. Ce dernier lui indique qu’il prévoit « de faire quelque chose », un « boum crack badaboum » « avec les moyens du bord ».

« Farid Khelil n’a jamais été au courant du projet criminel de son cousin et conteste avoir partagé son idéologie, objectent ses avocats, Mes Léa Dordilly et Simon Clémenceau. Il n’est d’ailleurs pas renvoyé pour complicité. Il a très mal vécu sa détention provisoire de cinq ans et demi, excessivement longue compte tenu des faits qui lui sont reprochés et attend son procès pour pouvoir s’expliquer. »

Le troisième accusé, Yassine Sebaihia, a répondu à l’appel lancé le 20 juillet sur sa chaîne Telegram par Adel Kermiche pour former un groupe afin de s’entraider « à partir » ou « à préparer des choses ici ». Cet intérimaire de 27 ans, qui vit en Haute-Garonne, se rend à Saint-Étienne-du-Rouvray le 24 juillet où il passe une partie de la nuit dans un parc avec Petitjean avant de finir la nuit chez Kermiche. Il repartira à Toulouse dès le lendemain. Il est soupçonné d’avoir été au courant de l’imminence d’une attaque, ce que lui aussi conteste farouchement.

Le verdict est attendu le 11 mars.

 

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