Le billet de Dorothy Benichou-Katz - Le silence de Treblinka

25 April 2023 | 252 vue(s)
Catégorie(s) :
Opinion

En 2017, Roger Pinto, sa femme et son fils ont été séquestrés, violentés et détroussés à leur domicile de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), "une agression antisémite" condamnée par le Crif et le ministre de l'Intérieur. Une première ?

Thierry Noël-Guitelman est un journaliste, membre de l'association Hébraïca à Toulouse. Il a engagé, en 2004, des recherches familiales sur l'étoile jaune, sa tante Ida Seurat-Guitelman, ayant obtenu une exemption.

Gil Taïeb's picture
Nous sommes debout
|
03 April 2017
Catégorie : France, Actualité, Opinion

Samedi 1er avril place du Châtelet se sont réunies une centaine de membres du Collectif Boycott Israël

On ne le dira jamais assez : la parution d’ouvrages de poésie, en général et dans le domaine juif en particulier est devenue assez rare pour qu’on ne salue pas avec plaisir la sortie d’un nouveau recueil. Dans ce nouveau livre, la peintre et poétesse Sarah Mostrel nous offre un ensemble de textes inspirés de la Bible et des textes fondamentaux du judaïsme.

Remi Huppert est un spécialiste des Juifs de Chine. On lui doit notamment Destin d’un Juif de Chine (1). Dans son nouveau roman, le judaïsme est toujours présent.

"Le terrorisme et l'antisémitisme ont marqué cette année passée"

Je me suis exprimé sur les enjeux de l'élection présidentielle pour la communauté juive française.

Pages

Aller à Treblinka, c’est se rendre au milieu de nulle part. Ce lieu est caché au milieu d’une immense forêt, sombre, comme la Pologne en compte d’innombrables.

Quand je suis arrivée sur les lieux du camp d’extermination de Treblinka, j’ai été saisie par un silence assourdissant. Ici, il ne reste plus rien de visible. Les nazis ont tout détruit en 1943 après une révolte dans le camp.

Ils ont déterré et broyé tous les corps des fosses communes. Ils ont fait des brasiers immenses qui brûlaient pendant des nuits et des jours. Puis, ils ont éparpillé les cendres tout autour, partout.

Ici, à Treblinka, je suis profondément gênée de marcher sur ce sol. Je sais que je marche sur les cendres près d’un million d’âmes pures d’Israël, exterminées ici.

En l’espace de neuf mois… J’ai l’impression que sous chacun de mes pas, la terre crie, elle hurle. 300 000 Juifs du Ghetto de Varsovie ont terminé leur existence, là. Tous les déportés descendaient du train et allaient directement à la chambre à gaz.

Treblinka était une véritable usine de la mort. Personne ne sortait vivant de Treblinka.

Autour de cette clairière, il y a des milliers de pierres debout, à perte de vue.

C’est vertigineux. Cela donne la dimension « inintégrable » de ce que représente un million de victimes. Ces pierres sont petites et pointues. Certaines pas plus hautes que les genoux. Elles sont pointées vers le ciel. Sur certaines, il y a le nom d’une ville, d’un shtetl, d’un « lieu-dit », d’une bourgade d’où provenaient les déportés. Sur les autres, il n’y a rien d’écrit. Anonymes. Sans nom pour l’éternité. Quand je regarde ce ciel gris, je sais que c’est la dernière image de vie qu’a regardée chaque déporté avant de mourir. Un jour, le ciel de Pologne est tombé sur la terre, et le ciel est resté par terre…

Je me suis rendue dans de nombreux camps de la mort. Aucun endroit ne m’a marquée aussi profondément que Treblinka. On peut se demander en quoi est-ce si important de se rendre dans des lieux où il n’y a plus rien à voir. La réponse est simple : on ne va pas dans ces endroits pour « voir » quelque chose. On va dans ces endroits pour se souvenir, pour se recueillir, pour prier, pour honorer la mémoire de tous les nôtres.

Ils ont été exterminés ici, au fin fond de ces forêts de Pologne. Ils n’ont pas demandé à terminer leur vie ici. C’est un devoir sacré, de se déplacer jusqu’à eux. Ici, à Treblinka, je suis toute seule dans cette grande clairière, au milieu de cette forêt.

Pourtant, j’ai le sentiment d’être entourée d’un million d’âmes juives. En quittant ce lieu, mon cœur saigne… Comme si lâchement, je les abandonnais ici…

 

Dorothy Benichou-Katz, vice-Présidente de la Grande Synagogue de la Victoire, Membre du bureau exécutif du FSJU et Aumônier israélite des armées en charge des Invalides