Jean Pierre Allali

Jean-Pierre Allali

Lectures : Romain Gary, Un autre regard par Gisèle Sarfati

10 Mars 2017 | 251 vue(s)
Catégorie(s) :

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Romain Gary sans jamais avoir osé le demander

Passionnée depuis très longtemps par cet écrivain hors du commun, Gisèle Sarfati nous le présente sous différentes facettes et par petites touches.

Romain Gary est, on le sait, le seul auteur à avoir obtenu deux fois le prix Goncourt. Une première fois, en 1956, avec Les racines du ciel et une seconde, en 1975, sous le pseudonyme d’Émile Ajar avec La vie devant soi.

Cette facétie est véritablement emblématique de Gary qui aura été « différent des autres » tout au long de sa vie et même dans sa mort. On a même dit de lui qu’il fut un mystificateur !

 

Né le 8 mai 1914 à Wilno, l’actuelle Vilnius, capitale de la Lituanie, celui qui allait devenir Romain Gary, était le fils de Leïba Kacev et de Nina Owczinski. Il sera circoncis le 15 mai suivant. Bien qu’il se considérera plus tard comme « catholique par culture et français par religion », Gary, comme il le confiera un jour au journaliste Richard Liscia, restera fidèle à la foi des siens : « Je suis juif à part entière et je l’ai toujours été. » 

Lorsque la Guerre éclate et que Leïba Kacev est mobilisé, Roman et sa mère, qui est comédienne, se réfugient en Russie. Ils reviendront au pays en 1921 et le petit Roman fera alors ses premiers pas d’écolier tandis que Nina se lancera dans la confection de chapeaux. Plus tard, ils rejoindront Varsovie avant de s’installer à Nice, en 1928. Après son baccalauréat, Romain s’inscrit à la faculté de droit d’Aix-en-Provence avant de poursuivre ses études à Paris, dès 1934. C’est le 5 juillet 1935 que le futur prix Goncourt obtient la nationalité française. Licencié en droit, il est incorporé en novembre 1938 en tant qu’élève officier à Salon-de-Provence. Le voilà aviateur. Il rejoindra le général de Gaulle à Londres. C’est seulement après la Guerre qu’il apprendra la mort de sa mère, le 16 février 1941. Nommé secrétaire d’ambassade, Romain Gary entreprend alors une carrière diplomatique

 

Après avoir  vécu avec Illona Gesmay, Romain Gary a été marié à Lesley Blanch en 1945. Le couple se séparera en 1961 et Gary épouse alors l’actrice Jean Seberg dont il aura un enfant, Alexandre Diego. Un deuxième enfant, la petite Nina, ne survivra que deux jours. Sa dernière compagne aura été Leïla Chellabi.

Romain Gary s’est suicidé par balle le 2 décembre 1980, un an après la disparition de Jean Seberg le 8 septembre 1979. Il avait soixante-six ans.

 

Gisèle Sarfati examine avec acuité l’œuvre de Gary-Ajar : La promesse de l’aube, La nuit sera calme, La danse de Gensis Cohn, L’affaire homme, Le sens de ma vie, Les racines du ciel, Tulipe, Éducation européenne, Gros-Câlin, Les Têtes de Stéphanie (sous le pseudonyme de Shatan Bogat), Les cerfs-volants, Les  couleurs du jour,  Les clowns lyriques, Pseudo, L’angoisse du roi Salomon, et, bien sûr, La vie devant soi.

 

Tel un timbre poste oblitéré ou encore un ticket de métro poinçonné, Romain Gary aura été, pense Gisèle Sarfati, un homme oblitéré et oblitérant. « Mon hypothèse est qu’il a voulu oblitérer l’antisémitisme en Pologne, en Russie puis en France ; la langue polonaise et le yiddish, son intérêt pour le judaïsme ; son héroïsme pendant la guerre, ses blessures secrètes et sa souffrance, la profondeur de son amour pour Jean Seberg. Par son suicide, il a aussi oblitéré la fin de sa vie. »

 

Parmi les nombreuses questions abordées par l’auteure, celle du « vrai » père de Romain Gary qui ne serait autre que le comédien Ivan Mosjoukine. « Mosjoukine est-il son père biologique ? Il le croyait…Leur ressemblance physique est frappante. »

 

Dans son analyse, Gisèle Sarfati introduit à plusieurs reprises des considérations psychologiques basées sur l’analyse transactionnelle,  un concept crée par Éric Berne autour des « États du Moi ». Avec, parfois , quelques zestes de Kabbale. Ce n’est pas toujours facile à comprendre, mais néanmoins intéressant.

Un travail utile qui mérite d’être découvert.

 

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions L’Alfatier. Janvier 2017. 124 pages. 15 €