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Publié le 24 Novembre 2011

Face à la frontière égyptienne, Israël érige une barrière de sécurité

Israël met les bouchées doubles pour ériger une infranchissable barrière de sécurité face à sa frontière avec le désert égyptien du Sinaï, source d'infiltrations et de trafic d'armes. "D'ici un mois, nous aurons achevé 100 km de la barrière, qui s'étirera fin 2012 tout au long des 240 km de la frontière jusqu'à Kérem Shalom", le terminal routier reliant, au nord, Israël et la bande de Gaza, explique un officier supérieur du commandement-sud d'Israël.




"Pous nous, il s'agit toujours d'une frontière de paix", assure-t-il en montrant la carcasse d'un autobus mitraillé lors d'une série d'attaques le 18 août par des commandos armés venus du Sinaï, à la hauteur de l'ancien passage routier israélo-égyptien de Netafim, à 20 km au nord de la station balnéaire d'Eilat, au bord de la mer Rouge.



Huit Israéliens ainsi que sept assaillants avaient été tués, et cinq policiers égyptiens avaient aussi trouvé la mort dans les échanges de tirs, ce qui avait déclenché une crise entre l'Egypte et Israël.



"L'enquête conjointe israélo-égyptienne n'a pas commencé, mais notre coopération avec nos homologues égyptiens continue par l'intermédiaire de notre unité de liaison avec les armées étrangères", précise l'officier supérieur.



A 200 mètres de là, une douzaine de policiers égyptiens, pantalons kaki et tee-shirts ou survêtements, jouent au football près d'une position surmontée d'une tour de guet peinte aux couleurs nationales noir, blanc, rouge.



Du côté israélien, bulldozers, bétonneuses et marteaux piqueurs s'activent dans un nuage de poussière. Le long de la Route 12, qui traverse un paysage de pics escarpés et de ravins, la barrière devient une réalité.



A raison de 800 mètres par jour, elle efface l'ancienne délimitation de la frontière, jalonnée de bornes et de simples barbelés tendus entre des piquets, faciles à trancher ou à enjamber car souvent affaissés.



Haute de cinq mètres et hérissée de lames, la barrière s'enfonce à un mètre dans le sol rocailleux. Elle est bordée d'un triple réseau de barbelés entassés en pyramide ainsi que d'une piste sablonneuse et d'une autre asphaltée. Antennes, senseurs, caméras de surveillance et radars complèteront l'ouvrage.



Cette année, le mur a dévoré 15% de la consommation israélienne de métal. Un budget de 1,35 milliard de shekels (270 millions d'euros) lui est consacré.



"Malheureusement, nous ne pourrons pas empêcher des tirs depuis les hauteurs qui nous surplombent, mais des remblais en béton émaillant la route permettront aux automobilistes de se mettre à couvert", précise l'officier supérieur.



A l'en croire, la Route 12, fermée depuis l'attaque du 18 août, sera très bientôt rouverte aux randonneurs. Mais la tension est palpable et la donne a visiblement changé.



Les effectifs militaire engagés dans le secteur "ont considérablement augmenté", et des unités "aguerries, dotées de véhicules blindés" y sont désormais déployées, dit-il. Et l'armée a accru ses facultés d'intervention rapide en multipliant postes d'observation et radars. Pour plus de sûreté, deux montgolfières de surveillance survolent les lieux.



Reste que la frontière est pour l'heure encore poreuse. "Les Bédouins du Sinaï en profitent: ils touchent 3.000 USD (2.200 euros) pour chaque migrant africain qu'ils font passer", affirme l'officier.



En 2010, quelque 14.000 clandestins, surtout des Erythréens, sont ainsi arrivés en Israël, qu'ils perçoivent comme un Eldorado. Seulement 7% d'entre eux ont obtenu le statut de réfugié politique. "En octobre, nous en avons encore arrêté un millier d'autres", souligne le gradé israélien en montrant une "Tioulite", sorte de bus spécialement aménagé pour leur ramassage.



Mais la frontière est aussi le paradis des contrebandiers bédouins. Drogue, cigarettes sont souvent saisies, et parfois du matériel de télécommunications, des armes ou encore des explosifs à destination de la bande de Gaza.



Photo : D.R.



Source : la Dépêche