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Publié le 18 Juin 2012

Malmö sans voix devant les sorties antisémites de son maire

«Je ne sais pas s’il est ignorant ou ce qu’il a appris. Mais je sais que la langue qu’il utilise est antisémite.» Dépêchée il y a quelques semaines par Barack Obama, Hannah Rosenthal, envoyée spéciale des Etats-Unis en charge de la lutte contre l’antisémitisme, ne mâche pas ses mots à l’égard du maire social-démocrate de Malmö (sud-ouest de la Suède). Les proches d’Ilmar Reepalu rétorquent qu’il n’est pas antisémite. Maladroit sans doute. Un peu naïf aussi. Toutefois, comme l’indique le politologue Ulf Bjereld, l’édile est dans l’impasse : «S’il a échappé à l’éviction, il a épuisé ses chances de pouvoir briguer un autre mandat.»

Rappel des faits : au printemps 2009, après de violentes manifestations à Malmö contre l’intervention armée d’Israël à Gaza, Reepalu déclare qu’il n’acceptera «ni le sionisme ni l’antisémitisme», laissant entendre que les 1 500 juifs de Malmö, qui ne prennent pas suffisamment leurs distances avec Israël, sont responsables des attaques qui les visent. La ville vient notamment de connaître une profanation de son cimetière juif, ainsi que plusieurs agressions antisémites. Vivement critiqué après cette sortie, le maire affirme alors à la télévision danoise être victime du «lobby israélien». Puis, il multiplie les dérapages, dont le dernier, en mars de cette année, lui fait dénoncer, dans un magazine, «la relation très forte entre la communauté juive de Malmö et les Démocrates de Suède [extrême droite]», unis «dans la haine des musulmans».

 

Toute la Suède s’interroge : quelle mouche a bien pu piquer cet architecte de 68 ans, dont dix-huit passés à la tête de la troisième ville du royaume, un vieux port industriel dont il a réussi à faire l’un des centres les plus dynamiques du pays ? Vise-t-il les électeurs des Démocrates de Suède, qui ont remporté plus de 10% des voix en 2010, lors du dernier scrutin municipal ? Ou bien cherche-t-il à s’assurer le soutien de l’importante communauté musulmane de la ville ?

 

Outragé, le Conseil juif de Suède adresse une lettre ouverte à la direction du Parti social-démocrate, faisant part de sa «tristesse» et de sa «consternation». Le patron des sociaux-démocrates, Stefan Löfven, prend alors ses distances avec les déclarations du maire de Malmö. Sans pour autant le réprimander.

 

Ilmar Reepalu est-il indéboulonnable ? A Stockholm, des signes d’impatience apparaissent désormais. D’autant que la montée de l’antisémitisme à Malmö inquiète à l’extérieur. En décembre, aux Etats-Unis, le Centre Simon-Wiesenthal est allé jusqu’à mettre en garde les juifs contre un éventuel déplacement à Malmö. Quant à Fred Kahn, président de la communauté juive de la ville, il rejoint l’émissaire d’Obama dans son jugement peu élogieux, estimant que les propos du maire «favorisent les courants antijuifs» au sein de la société. Si la situation n’est pas encore hors de contrôle, ces dérapages sont préoccupants.

 

Article de Anne-Françoise Hivert, correspondante de Libération en Scandinavie