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Publié le 16 Avril 2019

Ghetto de Varsovie - Les ghettos : première phase d’un plan génocidaire

Mis sur pied dès le mois d’octobre 1939, les ghettos étaient des quartiers isolés par des barbelés ou un mur, dans lesquels les nazis forcèrent la population juive à vivre dans des conditions misérables. Au sein des ghettos, des Conseils juifs sont mis en place à l’initiative des nazis. Un lent processus d'annihilation prend forme sous la coupe des nazis.

Photo : Point de passage dans le Ghetto de Lodz

La mise en place des ghettos

Le premier ghetto est mis en place le 8 octobre 1939 à Piotrkow (Pologne). Dès la fin de l'année 1939, sous le commandement de Hans Frank, les Juifs sont rassemblés et entassés dans un quartier de la ville, clôturé de hauts murs et soumis au couvre-feu de 19 heures à 7 heures. Il s’agit officiellement d’enrayer le typhus et d’éradiquer le marché noir juif. Officieusement, en mettant en œuvre la politique vétérinaire du IIIème Reich, le ghetto doit faire jouer la « sélection naturelle » par la faim, l’épuisement et l’épidémie. Le ghetto de Piotrkow est suivi par ceux de Lodz, de Varsovie, de Cracovie, de Lublin et de Lwow.

Depuis l’intérieur du ghetto, les contacts avec l’extérieur sont extrêmement limités tandis que les Allemands sont omniprésents par le biais de la Gestapo et de la Kripo (police criminelle). Les Allemands y ordonnent le recensement de la population juive et établissent un fichier statistique qui deviendra un outil majeur de la persécution et de la spoliation.

A partir du 1er décembre 1939 ; sur ordre de Hans Frank, tous les Juifs âgés de plus de dix ans (douze à Varsovie), doivent arborer sur la manche droite de leur vêtement un brassard ou figurera une étoile de David. Le port de cet insigne a pour objectif d’isoler la population juive et de créer par un marquage vestimentaire un ghetto psychique. D’autres mesures sont prises en 1939 et 1940, visant à isoler davantage, à brimer, humilier afin d’empêcher toute velléité de résistance : couvre-feu, interdiction de voyager en chemin de fer, confiscation des postes de radio, interruption fréquente de la distribution du courrier…

Les Conseils juifs

La Pologne d’avant-guerre comptait près d’un millier de communautés juives organisées. Les petites communautés sont dissoutes et regroupées avec violence dans les ghettos des villes principales. Moins d’un an après l’entrée des Allemands en Pologne, la quasi-totalité des Juifs sont parqués dans les ghettos.

Les Conseils juifs sont mis en place à l’initiative des nazis par le décret du 28 novembre 1939. Leur but est de faire prendre en charge par la communauté juive l’essentiel des tâches administratives et bureaucratiques conduisant à son anéantissement : recensement, spoliation, déportation. Par le biais du Conseil qui leur est imposé, les Juifs prennent en main leur propre persécution, en pensant toujours qu’en acceptant celle-ci, ils éviteraient pire encore.

Une communauté de 10000 personnes doit avoir un Conseil de 12 membres, et de 24 membres si son effectif est supérieur. Le Conseil est soit nommé directement par les Allemands, soit organisé à l’intérieur de la communauté par ses chefs traditionnels laïques et religieux.

Devenu, de facto, une administration municipale, le Conseil juif assure la distribution des cartes de rationnement, la répartition de la nourriture dans les cantines populaires, l’affectation des logements, la perception des impôts, la gestion des écoles, l’organisation des soins médicaux, du travail intérieur et extérieur, sous la coupe des Allemands dans tous ces domaines. L’entassement est délibéré. A Lodz, deuxième plus grand ghetto de Pologne constitué dans les premiers mois de l’occupation, 100 000 juifs sont transférés en quelques semaines dans un quartier de taudis là ou 62 000 juifs s’entassaient déjà avant la guerre. La densité d’occupation des logements se monte alors à 6 personnes par pièce. L’entassement, la faim et les épidémies produisent les effets escomptés.  

L’Allemagne nazie maintient les élites juives en vie, car, jusqu’au dernier moment elle a besoin des instances communautaires pour encadrer une population toute entière destinée à l’anéantissement physique. Les Conseils juifs sont généralement haïs par la population.

Une survie souterraine minée par la faim

En dépit des ravages opérés par un processus d’annihilation lente par privation des moyens d’existence, les ghettos connaissent généralement une vie culturelle intense. A Wilno, Lodz ou encore à Varsovie, par exemple, des théâtres fonctionnent.

Mais la faim opère un travail de sape qui brise la population. A Lodz, les travailleurs reçoivent 65% de la ration calorique minimale, les autres encore moins. A Wilno, ils perçoivent moins de 600 calories par jour. De mai 1940 à août 1944, 40 000 personnes meurent des seuls effets de la faim dans le ghetto de Lodz, où des émeutes avaient éclaté en août 1940 et en janvier 1941, quand la population avait encore la force morale et physique de se rebeller.

A cela s’ajoute la saleté ambiante (la gale est omniprésente), les invasions de puces, de rats et de poux mais aussi les poussées de fièvre typhoïde, de fièvres éruptives et de dysenterie. On note aussi une épidémie de tuberculose. Les fausses couches sont nombreuses, dans les ghettos où les grossesses sont autorisées. A Wilno et Cracovie, les Allemands, sous menace de mort, interdisent toute grossesse.

Regards sur les ghettos

En 2013, le Mémorial de la Shoah organisait une exposition intitulée "Regards sur les Ghettos" et dédiée à la photographie des ghettos, l’occasion de revenir sur l’ambiguïté du contexte de prises de vue et sur la personnalité des auteurs amateurs ou professionnels, clandestins ou de propagande. L’exposition présente près de 500 photographies peu connues des ghettos.

Dans les territoires annexés à l’Est, l'idée de séparer totalement les Juifs du reste de la société et de les regrouper dans des quartiers spéciaux s'impose aux nazis et des centaines de ghettos sont progressivement mis en place.

Curieusement, ces lieux d'exactions ont été immortalisés par des centaines de clichés, conservés aujourd’hui dans des centres d’archives ou chez des collectionneurs privés. Que nous donnent à voir ces images ? Quelle est leur fonction ? Propagande ? Témoignage ? Dénonciation ?

Les réponses sont en partie données par le contexte de leur réalisation, par la lecture des scènes représentées et bien sûr par leurs auteurs. Des unités de propagande nazies ont ainsi photographié les ghettos pour les besoins de campagnes antisémites. Des soldats allemands ont aussi pris des clichés. Enfin, plusieurs photographes juifs ont, en dépit de l'interdiction, continué à prendre des photos de leur propre destruction tout au long des années de l’occupation nazie.

Néanmoins, les perspectives portées par chacun de ces regards ne sont pas toujours limpides.

L'ambivalence reste le maître mot de ces photographies qui pérennisent un monde juif en cours d'anéantissement.

Depuis, de nombreuses photos mais aussi certains contenus textuels sont disponibles sur le site de l'exposition. Nous vous encourageons à y découvrir les photographies et explications pour plus d'informations sur le sujet des ghettos pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sources : Dictionnaire de la Shoah (Larousse) et le Mémorial de la Shoah

Le Crif vous propose de lire le témoignage d'Isabelle Choko, survivante du ghetto de Lodz :