Lu dans la presse
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Publié le 8 Novembre 2021

Israël - Vaccination anti-Covid : comment Israël est parvenu à imposer la troisième dose

Le pays hébreu a été le premier à inviter toute la population vaccinée à recevoir une dose supplémentaire. Une troisième injection y est désormais obligatoire pour conserver son passe sanitaire. Un avant-goût de ce qui pourrait bientôt arriver en France ?

Publié le 6 novembre 2021 dans Le Parisien

Une nouvelle fois, Emmanuel Macron va prendre la parole pour évoquer la situation sanitaire, et sûrement, annoncer de nouvelles mesures pour freiner l’épidémie de Covid-19. Et comme souvent, ce sera lors d’une allocution télévisée en direct à 20 heures, mardi. Va-t-il s’inspirer du cas israélien ? Souvent « précurseur » de la France ces derniers mois s’agissant des mesures de lutte contre l’épidémie, le pays hébreu a été le premier à imposer - en quelque sorte - la troisième dose de vaccin.

Le gouvernement français cherche en effet à inciter un maximum d’habitants à recevoir une injection supplémentaire. Ces « rappels » visent à donner un coup de boost à l’immunité, qui décline au fil des mois. Aujourd’hui, seuls les habitants âgés d’au moins 65 ans, ceux souffrant de comorbidités et les soignants sont appelés à recevoir une dose de rappel, à condition d’avoir été vaccinés il y a au moins six mois. Parmi ceux déjà éligibles, moins d’un sur deux a reçu une dose supplémentaire. A l’échelle de toute la population majeure, cela représente moins de 7 %.

En Israël, près de 80 % des habitants âgés d’au moins 60 ans, 60 % des 30-59 ans et 40 % des 16-29 ans ont désormais reçu une troisième dose. Voici les recettes qui ont fonctionné.

 

Un « pari » dans un contexte sanitaire tendu

C’est fin juillet qu’Israël a débuté sa campagne de troisièmes injections, en commençant par les plus de 60 ans. Les autorités assumaient alors prendre une sorte de « pari », afin de freiner la flambée de l’épidémie. À cette époque, 2000 cas positifs étaient recensés chaque jour, contre quelques dizaines un mois plus tôt.

Ce contexte, et l’espoir de retrouver une situation bien moins critique début septembre pour la rentrée scolaire et la saison des fêtes juives, a certainement incité les Israéliens à recevoir une dose de rappel. Un effet semblable pourrait survenir en France, vu que les indicateurs de l’épidémie repartent à la hausse.

 

Elargissement rapide à toute la population

Au fil des jours, Israël a progressivement abaissé l’âge limite pour recevoir sa troisième injection. Depuis fin août, toute la population âgée d’au moins 12 ans est concernée.

A l’époque, aucune étude n’en avait encore démontré le véritable intérêt en population générale. Fin août, la Haute Autorité de santé (HAS) avait simplement recommandé que les personnes âgées d’au moins 65 ans et celles souffrant de comorbidités reçoivent une dose supplémentaire. « Ce qui a été tendu, c’était le manque de situations similaires à l’étranger et d’études médicales sur lesquelles se reposer. Le gouvernement a un peu avancé dans l’obscurité », se souvient l’ancien journaliste franco-israélien Julien Bahloul.

 

Obligatoire pour le passe sanitaire

Une fois que tous les habitants vaccinés ont été autorisés et appelés à recevoir une troisième dose plusieurs mois plus tard, le débat en Israël a porté sur la possibilité de l’imposer pour conserver son « Green pass », l’équivalent du passe sanitaire français. Celui-ci a fait son grand retour fin juillet, après avoir été abandonné début juin.

« C’est un peu tôt pour trancher mais je pense qu’à un moment, les passes sanitaires avec deux doses pourraient être limités dans le temps et leur extension serait conditionnée à l’injection d’une troisième dose », nous indiquait fin août le Pr Cyrille Cohen. Cette mesure a effectivement été annoncée quelques jours plus tard, puis elle est entrée en vigueur tout début octobre. Depuis, le « Green pass » expire au bout de 6 mois sans nouvelle injection. Un habitant initialement vacciné en mars, par exemple, le perd s’il n’a pas reçu de troisième dose.

Autre élément incitatif : cet été, Israël avait refermé les frontières et réimposé la quarantaine au retour de tous les voyages. « En septembre, à l’approche des fêtes et donc des congés, ils ont annulé la quarantaine à ceux vaccinés avec trois doses ou moins de six mois pour la deuxième dose. Ça a été un gros coup d’accélérateur », raconte Julien Bahloul.

Reste qu’une décision similaire en France serait un sacré retournement par rapport aux positions passées du gouvernement. « Il n’y aura pas d’impact de la troisième dose sur le passe sanitaire. Que vous alliez prendre votre rappel ou non, vous garderez le bénéfice du passe sanitaire », avait assuré Olivier Véran le 26 août.