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La Méditerranée n'est plus, comme aux XVIe et XVIIe siècles, ce berceau de la première mondialisation qu'étudiait Fernand Braudel, ce creuset d'échanges entre des civilisations qui s'enrichissaient au contact les unes des autres, quand elles ne se faisaient pas la guerre.
En ce début de XXIe siècle, la Méditerranée est devenue une métaphore qui résume et illustre plus que d'autres lieux de la planète une des caractéristiques de notre temps, c'est-à-dire l'inégalité croissante entre les hommes. L'inégalité des situations entre les continents, l'inégalité des hommes au sein d'une même nation : la mondialisation se traduit par le triomphe des inégalités. Elle ne fait pas qu'accompagner ce phénomène, elle y contribue de manière décisive. L'écart de richesse entre les plus fortunés et les plus pauvres est devenu un océan avec des conséquences négatives pour le consensus social à l'intérieur de nations qui sont toutes concernées, quelle que soit la nature de leurs régimes politiques, démocratique comme les Etats-Unis, non démocratique comme la Chine. Cette inégalité de situation entre les nations et les continents devient intolérable dans un monde toujours plus interdépendant. Et c'est en Méditerranée que ce contraste est le plus fort et le plus potentiellement explosif : les yachts des plus riches y croisent les fragiles embarcations des plus pauvres. Les premiers ferment les yeux, embarrassés par le spectacle de la misère du monde, les seconds bravent la mort, pour rejoindre le « rêve européen ». Plus de 20.000 d'entre eux sans doute ont péri noyés dans cette quête désespérée… Lire la suite.