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Publié le 28 Novembre 2007

Roumani-Denn : La Libye a formé la personne que je suis

Vivienne Roumani-Denn est la réalisatrice du film « The last Jews of Libya » (50mn. 2007) qui sera projeté en première partie de la manifestation organisée conjointement par le CRIF et le Centre Rachi d'Art et de Culture consacrée aux Juifs de Libye : « Il était une fois…Les Juifs de Libye», qui se déroulera le 5 décembre 2007 à 20h30 au Centre Rachi. Elle répond à nos questions.


Pour vous, c'est quoi la Libye ?
La Libye a formé la personne que je suis. J'ai passé la plupart de ces années formatrices dans un pays où les trois religions coexistaient, quelquefois tranquillement, et plus souvent, pour les Juifs, avec beaucoup de tension et de terreur. Malgré l'absence de droits individuels et de justice pour les Juifs, je grandis dans la compréhension et la reconnaissance des différences culturelles, en même temps que l'importance de la famille, des traditions et de la communauté.
Pourquoi, selon vous, les Juifs de Libye ont-ils choisi l'exil ?
Personne ne choisit l'exil. L'émigration importante des Juifs de Libye entre 1949 et 1951 a eu lieu parce que les pogroms des années 45, 48 et 49 ont détruit pour toujours la confiance que les Juifs avaient envers les Arabes, confiance qu'ils ont cherché à maintenir jusqu'au dernier moment. L'hostilité et la haine de la nouvelle génération d'Arabes de Libye, nourries par le pan-arabisme influencé par Nasser, ne permettaient plus l'espoir. Nous ne pouvions même plus compter sur les liens que nous avions avec les Arabes de l'ancienne génération avec lesquels il y avait, autrefois, beaucoup de sympathie. Ma famille est restée jusqu'en 1962 quand il était devenu clair qu'il n'y avait plus de futur pour nous en Libye. Le reste de ma famille, et les derniers Juifs devaient être transportés dans le cadre d'un pont aérien en 1967 afin qu'ils soient protégés de leurs assaillants.
Pourquoi, pour qui, maintenir vivace le souvenir d'une communauté juive millénaire qui a compté jusqu'à quarante mille personnes et dont il ne reste pratiquement plus personne ?
La culture des Juifs de Libye est particulière, différente de celle des Juifs du Maghreb et d'Egypte, bien qu'il y ait, bien entendu, des ressemblances. Leur histoire date d'au moins la période du Second Temple. Mais, au cours du 20ème siècle, le fascisme italien, les combats d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale et le nationalisme arabe post-guerre sont uniques dans le monde juif et ont conditionné leur façon de voir les choses. Il est remarquable que les Juifs de Libye aient prospéré en Israël en dépit de leur faible nombre. Leurs traditions et leur liturgie sont différentes. Enfin, on ne doit oublier aucune communauté. Comme le dit mon fils qui est la raison d'être de ce film, "On ne peut pas savoir où on va, si on ne sait pas d'où on vient". (You do not know where you are going if you do not know where you come from).
Propos recueillis par Jean-Pierre Allali