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Publié le 29 Décembre 2015

Les révolutions de Jacques Koskas, par Olivier Guez (*)

Olivier Guez est un auteur talentueux qui n'hésite pas à aborder des sujets originaux. 

Une recension de Jean-Pierre Allali
 
Nous avons ici même commenté son remarquable « L'impossible retour. Une histoire des Juifs en Allemagne depuis 1945 », prix du meilleur livre d'histoire et de recherches juives 2007 (1). C'est un tout autre univers qu'il nous décrit avec cet étonnant roman construit autour d'un personnage truculent : Jacques Koskas, fils de Jacques Haïm Khamous Clément Koskas, gynécologue de réputation régionale, « le plus grand mammologue de l'Histoire » lui-même fils de Jacques Isaac Koskas et époux de l'urologue Claire Scholem. Koskas ! Malgré des senteurs hongroises, on pense par exemple, pour ce qui est de l'onomastique, au pédagogue Janus Korczak ou au boulanger Korcarz de la rue des Rosiers à Paris, le nom fleure bon la Tunisie d'antan. Et, de fait, les Koskas descendent d'une lignée de kabbalistes illustres originaires de Nabeul-sur-Mer, une petite ville de Tunisie.
 
Chétif et délicat, docile et craintif, Jacques a très vite inquiété ses parents. À l'âge où ses amis commençaient à s 'intéresser aux filles ou au sport, il en était toujours à jouer aux Playmobil , à caresser Zantafio, son poney préféré et à lire le « Journal de Spirou ». 
 
L'électrochoc viendra de la vision sublime, un jour, d'une naïade dénudée dans une piscine de l'île du Levant. Évanouissement, sommeil de plomb et, au réveil, un autre Jacques était né. « Les femmes, les lèvres agrume, l'origine du monde : Jacques Koskas avait trouvé sa vocation ». Homme à femmes, obsédé sexuel, « séducteur sans frontières» et journaliste à « La Turbine ». « Malgré son béguin pour les poivrots séfarades, il avait rejeté le folklore tunisien paternel pour embrasser la version austro-hongroise du judaïsme, plus libérale et émancipatrice, syncrétique comme le christianisme mexicain et le chiisme persan, bref la variante la moins juive de toutes - ou bien la plus juive parce que universelle et cosmopolite. Judéité alambiquée... ».
Tout en se forçant à respecter à sa façon la pratique juive, Jacques Koskas ne manque pas une occasion de dénigrer la religion de ses pères. 
 
Le récit se déroule, entre 2003 et 2010, le plus souvent à S. , très probablement Strasbourg, si l'on recoupe les nombreux indices : le parc de l'Orangerie, la proximité de Nancy, l'Alsace, l'Ill, la synagogue de la Paix, la rue du 22 novembre, le Conseil de l'Europe et l'A.S Menora. On se retrouve aussi à Paris, à New York, à Rio de Janeiro, à La Havane et ailleurs. Au fil des pages, on croise Marek Halter et Patrick Bruel, Finkielkraut et Glucksman. On évoque même le service de protection du CRIF(sic!).
 
Jacques finit par être puni par où il a pêché : une grave atteinte aux testicules. Dès lors, il préfère se ranger et, à Berlin, connaît enfin celle qui va devenir sa compagne attitrée : Fauker von Schwarzenbeck. Il se lance dans l'écriture et publie « Israël, une révolution érotique ». Un ouvrage qui lui vaut les louanges du « Monde diplomatique » (« les Palestiniens ont été expulsés de leur terre afin que des impérialistes puissent satisfaire leurs penchants pervers pour la polyfornication »), mais qui est éreinté par les médias juifs (« fable érotique soft, aussi dégradante que mensongère » ).
 
Mais les choses ne prennent pas toujours la direction qu'on imagine et, comme chacun ne le sait pas toujours, tous les chemins mènent aux yéshivot de Jérusalem.
 
Une invraisemblable chakchouka iconoclaste parfumée ici et là par de savoureux proverbes judéo-arabes.
 
Un grand éclat de rire qui n'est pas dépourvu d'une certaine tendresse.
 
Notes : 
(*) Éditions Le Livre de Poche. Décembre 2015. 312 pages. 7,30 euros.
(1) Éditions Flammarion, 2007. Voir la Newsletter en date du 22-10-2007.
CRIF