Jean Pierre Allali

Jean-Pierre Allali

Lectures de Jean-Pierre Allali - J’avais dix ans à Bergen-Belsen, par Léon Placek avec Philippe Legrand

02 Juillet 2024 | 57 vue(s)
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Opinion

Mardi 16 juillet 2024, s'est tenue la cérémonie nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux Justes de France, commémorant la rafle du Vél d'Hiv organisée par le Crif en collaboration avec le Ministère des Armées. Cette année, à l'approche des Jeux Olympiques, la cérémonie s'est tenue au Mémorial de la Shoah. À cette occasion, le Président du Crif a prononcé un discours fort et engagé, dans un contexte national et international difficile.

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J’avais dix ans à Bergen-Belsen, par Léon Placek avec Philippe Legrand (*)

 

Avec le temps qui passe inexorablement, les derniers témoins de la Shoah disparaissent peu à peu. C’est pourquoi les témoignages oraux et écrits des ultimes survivants sont précieux et irremplaçables. Nonagénaire, Léon Placek avait dix-ans lorsqu’il fut arrêté, interné à Drancy puis transféré à Bergen-Belsen. Avec l’aide du journaliste Philippe Legrand, il nous raconte sa terrible expérience concentrationnaire. Et, comme il est dit si bien en préambule : « Ce livre n’est pas un livre de plus, mais un livre en plus ».

Fils de Pinkus dit Paul, un modeste cordonnier et d’Ida, des Juifs polonais, Léon est né en France, à Hussigny-Godbrange, en Meurthe-et-Moselle, tout comme son frère cadet, Max. La Guerre conduit la famille à rejoindre le Médoc puis Paris, rue Pajol, dans le 18ème arrondissement. C’est le temps de l’étoile jaune et de l’exclusion programmée des Juifs de la vie sociale. Été 1941. Par précaution, Léon et Max sont envoyés dans un petit village de la Meuse, Brabant-en-Argonne. Mais ils ne se font pas à l’environnement et, avec un culot monstre, retournent à Paris où ils retrouvent leur mère. Leur père, engagé volontaire est, pour sa part, prisonnier. Le bonheur de ces retrouvailles ne va pas durer puisque Ida et ses deux fils sont arrêtés un peu plus tard et conduits à Drancy. Trois mois sous la férule de l’immonde Brunner avant le départ pour « Pitchipoï » alias Bergen-Belsen. La faim, la soif, les interdits, les brimades, la mort en filigrane… Et Krammer, un chef de camp impitoyable. Au fil des mois, la Guerre tourne en défaveur de l’Allemagne. Le 23 avril 1945, ordre est donné de partir. Mais pour où ? On parvient à Tröbitz, dans le Brandebourg. Pour les Allemands c’est la débandade et les Alliés prennent la relève. Hélas, Ida ne tiendra pas minée par la maladie. « Libres, mais orphelins. Libres mais brisés par le chagrin. Libres, mais incertains de la vie de demain. » Direction Paris et l’hôtel Lutetia. Papa est là. Enfin ! Il faut refaire sa vie. Un mariage, des enfants, un métier. Et, malgré les souvenirs douloureux, les voyages de la mémoire. «

J’ai ramené Bergen-Belsen à Paris. Le camp m’a suivi. Il me suit toujours. Il me suivra jusqu’au bout. » Impressionnant.

 

Quelques photographies agrémentent cet ouvrage très intéressant. À découvrir !

 

Jean-Pierre Allali

(*) Éditions Le Cherche Midi, mai 2022, 160 pages, 15 €.

 

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