Jean Pierre Allali

Jean-Pierre Allali

Lectures de Jean-Pierre Allali - La Promesse, par Marie De Lattre

13 Mars 2024 | 96 vue(s)
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Opinion

Mardi 16 juillet 2024, s'est tenue la cérémonie nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites et d'hommage aux Justes de France, commémorant la rafle du Vél d'Hiv organisée par le Crif en collaboration avec le Ministère des Armées. Cette année, à l'approche des Jeux Olympiques, la cérémonie s'est tenue au Mémorial de la Shoah. À cette occasion, le Président du Crif a prononcé un discours fort et engagé, dans un contexte national et international difficile.

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La Promesse, par Marie De Lattre (*) 

 

Peut-on porter le patronyme d’un maréchal de France, chef d’état-major de l’Armée de terre et avoir des origines juives ? La réponse est oui. Dans ce sympathique roman, Marie De Lattre nous raconte son étonnant parcours à la recherche de ses ancêtres et nous fait part de ses découvertes après des années d’investigation.

Marie a treize ans quand son père, qui l’a invitée au restaurant, lui déclare tout de go : « Tu sais que Pierre et Madeleine ne sont pas mes vrais parents ? Qu’ils m’ont adopté ? Mes vrais parents sont morts pendant la guerre. Ils étaient juifs. Ils ont été déportés et ont été assassinés à Auschwitz. Ton troisième prénom est celui de ma mère ».

Thomas, le frère de Marie, a reçu, lui aussi, cette révélation et, tous deux, ont été tenus de n’en parler à personne. [Plus tard, on découvrira un autre frère, Philippe !] Une promesse qui sera difficile à tenir. Mais, dès ce jour qui aurait pu être celui de sa bat-mitswa, Marie n’a pas cessé de se questionner et, plus tard, elle a commencé une véritable enquête à la rencontre de ses quatre grands-parents : Pierre et Frieda, Kogan et Madeleine. Archives, albums photographiques, Mémorial de la Shoah… Toutes les pistes sont explorées avec succès. C’est le 17 juillet 1941 qu’Ismak Kogan fut arrêté chez lui par la police française sur ordre des Allemands. Il se retrouvera pour un temps au camp de Pithiviers. Né en 1898, Kogan était originaire d’Ekaterinoslav, en Ukraine. Après des études aux Beaux-Arts d’Odessa, il rejoint Berlin en 1920. C’est là qu’il va rencontrer Frieda Mandelstam, une Juive lituanienne athée et communiste, qu’il va épouser en 1926. Fille de Movcha et Elka, Frieda avait deux sœurs, Hava et Eva et un frère, Georges. Le couple rejoint la France en 1923. Pour des raisons de santé, Kogan et Frieda vont s’installer au Vaudoué, près de Fontainebleau. En 1934 naîtra le père de Marie, officiellement déclaré en août 1943 à la mairie de Nancy comme « Jacques Paul Delattre, né de Pierre Émile Delattre et de Simone Hélène Lemaire, son épouse ».

C’est à Paris que Kogan et Frieda vont rencontrer le peintre Pierre De Lattre et Marguerite Teale. À partir de là, les couples s’entrecroisent. Pierre se rapproche de Frieda et Kogan de Madeleine Livet, la compagne de Pierre, une catholique fervente. C’est Marguerite Teale qui servira d’intermédiaire entre Kogan et Madeleine.

Kogan et Frieda, après avoir été internés à Drancy, seront déportés par le convoi numéro 46 à Auschwitz où ils seront assassinés.

On se perd un peu dans le dédale des cousins et des cousines, des amants et des maîtresses. Un arbre généalogique eut été utile en fin d’ouvrage. Mais ne boudons pas notre plaisir. C’est un livre très attachant qui nous est proposé et que les enfants de Marie, ses deux filles, Clara et Alice, auront certainement découvert avec bonheur.

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Robert Laffont, avril 2023, 240 pages, 20 €

 

 

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