Jean Pierre Allali

Membre du Bureau Exécutif du CRIF, Jean-Pierre Allali préside la Commission des Relations avec les Syndicats, les ONG et le Monde Associatif.

Lectures de Jean-Pierre Allali - Zemmour et nous, par Jonathan Hayoun et Judith Cohen-Solal

17 Avril 2023 | 166 vue(s)
Catégorie(s) :
Opinion

Pages

Zemmour et nous, par Jonathan Hayoun et Judith Cohen-Solal (*)

 

Bien qu’Éric Zemmour ait, peu à peu, quasiment disparu du paysage politique après son score plus que modeste à la dernière élection présidentielle, le phénomène sociétal qu’il représente n’a pas fini de nous apostropher. Comment peut-on se revendiquer du judaïsme et promouvoir les idées nauséabondes de la droite la plus extrême ? C’est là la question.

Les auteurs, qui racontent avoir croisé Zemmour pour la première fois, alors qu’il priait à la synagogue de la rue des Tournelles dans le quartier du Marais, à Paris, tentent de répondre à cette interrogation. Se considérant comme issu de la tribu berbère des Azemmour, le polémiste se décrit comme un Juif d’Algérie ayant grandi dans la banlieue parisienne. Il a été scolarisé dans des écoles juives, Lucien de Hirsch puis Yabné. Et sa mère, qui était née Lucette Lévy, prônait fermement le principe : « Juif à la maison » ! Cela ne l’empêche pas d’admirer Charles Maurras et Maurice Barrès, de minimiser la diatribe de Jean-Marie Le Pen sur les chambres à gaz, « point de détail de la Seconde Guerre mondiale », de défendre l’idée saugrenue et contredite par les travaux d’historiens réputés, selon laquelle, Pétain aurait fait tout son possible pour sauver des Juifs ou encore que l’innocence du capitaine Dreyfus reste à démontrer. Et s’il n’a pas beaucoup de sympathie pour l’islam, il n’aime pas non plus les institutions juives. « Le Crif tua Napoléon » écrit-il dans Un suicide français. Président du Crif, Francis Kalifat lui a rendu la monnaie de sa pièce à l’approche des élections : « Pas une voix juive pour Zemmour ».

Poor notre édification, les auteurs sont allés chercher, à travers l’Histoire, des exemples de phénomènes similaires. Voici, par exemple, Otto Weininger, psychologue viennois né en 1880 pour qui : « la judéité est la forme lubrique de la femme qui a rabaissé Dieu le père du rang de l’esprit à celui de la matière inerte ». Voici encore Ferdinand Lassalle, fondateur à Berlin du premier parti socialiste européen qui construisit sa carrière politique en rejetant sa judéité. Ou encore, au Moyen Âge, Nicolas Donin, Juif parisien converti au christianisme, qui, en 1242, alertera le pape sur les dangers que représente le Talmud. Sans oublier Arthur Meyer, petit-fils de rabbin, qui prit la direction du journal antidreyfusard, Le Gaulois, Edmond Bloch qui, à la Libération, témoignera en faveur de Xavier Vallat et le poète André Suarès qui écrivait, en 1923 : « Laissez donc ma naissance dans l’obscurité où elle a été tenue ».

Éric Zemmour a donc de qui tenir, même s’il n’a pas franchi le cap de la conversion. Recherchant les racines de cette façon d’être, nos auteurs se demandent : « La radicalisation d’Éric Zemmour a-t-elle un lien avec le départ des Juifs d’Algérie ? ». C’est probable.

Au final, Zemmour est un personnage étonnant, inquiétant et déroutant : « Il entend donc lui-même qu’on peut être juif et bon patriote français tout en ayant un lien particulier avec Israël… »

Une étude très fouillée et très intéressante.

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Bouquins, Février 2022, 180 pages, 18 €

 

- Les opinions exprimées dans les billets de blog n'engagent que leurs auteurs -