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Publié le 3 Mai 2011

Le niveau des actes antisémites en suisse romande reste à un niveau inquiétant

Alain Bruno Lévy, Président de la Coordination Intercommunautaire contre l’Antisémitisme et la Diffamation (CICAD), répond aux questions de la newsletter du CRIF.




Quels sont les buts de la CICAD ? Depuis quand existe-t-elle ?



La CICAD (Coordination Intercommunautaire contre l’Antisémitisme et la Diffamation) fêtera cette année ses 20 ans d’existence. Elle représente les communautés juives de Suisse romande de toutes tendances pour les questions liées principalement à l’antisémitisme, sous toutes ses formes, et la transmission de la mémoire de la Shoah. Notre organisation s’évertue à favoriser les échanges avec ses interlocuteurs. Une démarche qui permet de sensibiliser largement aux actions en faveur du dialogue et de la pédagogie, des éléments essentiels dans l’action que nous menons. Nos actions ciblent principalement tant les médias que les autorités civiles et politiques ainsi que les établissements scolaires.



Sur le plan de l’antisémitisme, diriez-vous que 2010 a été une année calme ou plutôt inquiétante ?



Le nombre d’actes antisémites recensés pour l’année 2010 en Suisse romande est en diminution par rapport à 2009 tout en restant à un niveau inquiétant en raison du développement et du manque de supervision des messages d’internautes. L’utilisation à des fins de propagande antisémite des plateformes mises à disposition par les médias reste problématique comme nous l’avions souligné lors du précédent rapport. Un phénomène qui s’amplifie et démontre une libération certaine de la parole raciste et antisémite.



Un constat qui inquiète la CICAD et confirme que des efforts restent à faire.



Pour lutter contre ce fléau, des initiatives restent à prendre afin de prévenir les phénomènes racistes et antisémites. La CICAD émet à cet effet six recommandations qui figurent dans ce rapport.



La CICAD espère que l’année 2011 connaîtra une baisse des actes antisémites, bien que les premiers éléments déjà connus nous invitent pour le moins à la prudence. En effet, des faits particulièrement graves ont déjà été portés à notre connaissance, tels que l’agression de l’assistant du rabbin de Lausanne ou les menaces de mort adressées à un responsable communautaire genevois.



Quelles sont les différentes manifestations que prend l’antisémitisme en Suisse romande ? Qu’en est-il dans le reste du pays ?



Les manifestations d’antisémitisme sont le produit de deux facteurs : l’expression ressentie comme libre de la haine antisémite, et l’excitation découlant d’une actualité où les juifs sont sous les projecteurs des médias. Il s’agit principalement d’actes liés à l’actualité au Proche-Orient qui prennent la forme d’accusations collectives envers tous les Juifs, ainsi que d’actes issus de préjugés antisémites ancestraux qui refont surface en fonction des événements. La vigilance reste donc de mise. La situation dans le reste du pays est sous la responsabilité de la Fédération Suisse des Communautés Israélites (FSCI). Nos divers échanges sur ces questions semblent indiquer que la problématique rencontrée en Suisse romande en lien avec les médias est plus importante qu’en suisse-alémanique.



La législation contre l’antisémitisme est-elle satisfaisante ? Les autorités sont-elles suffisamment mobilisées ?



La base juridique sur laquelle s’appuie principalement toute organisation luttant contre le racisme et l’antisémitisme est l’article 261bis du code pénal qui prévoit une condamnation de tous propos public incitant à la haine ou la discrimination envers une personne, un groupe en raison de leur appartenance ethnique ou religieuse. Ce même article est prévoit également des dispositions pour condamner le négationnisme. Cependant, nous sommes en faveur de la mise en place de dispositions face au problème du port et de l’utilisation de signes adoptés par le nazisme et le fascisme tels que la Swastika (croix gammée). Le Conseil fédéral avait ouvert, en juillet 2009, une consultation sur une nouvelle disposition du code pénal prévoyant une peine d’amende pour l’utilisation et la diffusion publiques de symboles racistes. Il y a toutefois renoncé au mois de juin 2010 au motif que la législation actuelle, qui interdit la propagande visant à rabaisser ou à dénigrer de manière systématique les membres d’une race, d’une ethnie ou d’une religion, est suffisante. Il a, certes, souligné qu'il était important d'intensifier les campagnes de sensibilisation et de miser davantage sur l’éducation dans les écoles. L’objectif étant de mieux faire connaître les réalités historiques, les origines, la signification et les conséquences des idéologies et des mouvements racistes, ainsi que les dangers qu’ils représentent pour les Etats de droit. La CICAD regrette cependant qu’à ce jour le Conseil fédéral n’ait pas prévu de mesures concrètes allant dans ce sens.



Combien y-a-t-il de juifs en Suisse ?



L’estimation donnée par la FSCI en 2000 était de 18'000 juifs vivant en Suisse (0,25% de la population, contre 0,5%, en 1910). En 1970, la barre des 20 000 juifs avaient été dépassée. La tendance semble être depuis à la stagnation.



Photo : D.R.

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