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Published on 7 December 2021

Actualités des régions - Emouvantes cérémonies de poses de Stolpersteine à Strasbourg

Le Crif Alsace a participé à l'inauguration de 7 nouveaux Stolpersteine à Strasbourg.

Bloqué par la pandémie, la pose de ces pierres mémorielles devant les immeubles où habitaient les victimes a repris ce lundi 6 décembre 2021.

En quatre lieux différents du quartier central de la Neustad et de la Krutenau de Strasbourg se sont déroulées quatre émouvantes cérémonies d’inauguration en mémoire de :

Lucien DREYFUS et son épouse Marthe-Zoé DREYFUS née WEIL
au 33 avenue des Vosges

Louis HALLEL
au 12, rue du Général Gouraud

Myrtil BLOCH, son épouse Andrée-Rosalie BLOCH et leur fils Georges BLOCH
au 14, rue Herder

Léon RIEGER
au 10, rue Saint Gothard

Aux prises de paroles d’élus, de représentants des institutions juives et de familles des victimes, se sont rajoutées des interventions de lycéens des établissement Kléber, Oberlin et ORT. Plusieurs victimes étaient des enseignants de ces lycées.

Des chants yiddishs ont conclus certaines étapes, le Kaddisch a été récité.

Le travail exemplaire de l’association Stolpersteine 67 est évidement soutenu par le Crif.

 

A l'occasion de l'inauguration de ces Stolpersteine, le Président du Crif Alsace Pierre Haas a prononcé un discours engagé :

"Mesdames et Messieurs, chers amis,

La pose de ces Stolpersteine honore la mémoire des victimes, et rappelle le souvenir de Myrtil, Andrée et Georges BLOCH disparus en raison de leur croyance ou identité juive.

L’extermination voulue par les nazis étaient l’aboutissement de leur antisémitisme.

Mais qu'est-ce que l'antisémitisme ?  Puisque sa définition ne semble pas  claire à tous, il convient de rappeler sa réalité.

L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres. Car s’il retrace en effet la haine du juif en tant que race juive, alors que nous savons tous qu’il n’y a qu’une race humaine, il cumule aussi d’autres rejets des juifs.

D'abord, le rejet de la religion juive par les notions de peuple déicide dans le monde chrétien et le statut de Dhimmi dans le monde musulman relève de la judéophobie.

Puis le rejet du juif en tant qu’étranger, assimilant l’israélite à un israélien relève de la xénophobie.

Ensuite, le rejet de la nation juive, en l’occurrence que les juifs soient les seuls à ne pouvoir prétendre à avoir un pays, définit l’antisionisme.

Il y a aussi le rejet politique des juifs, considérés tout-à-la-fois comme symbole du grand capitalisme pour quelques banquiers ou économistes par certains, et du communisme pour les origines de Karl Marx et Léon Trotsky par d’autres.

Enfin le rejet social par des préjugés comme sur le fait que les juifs ont de l’argent et sont solidaires. Ceci valut la mort dans d’atroces tortures à Ilan Halimi, en 2006, en France. C’est aussi la théorie que les juifs favorisent des pandémies pour en tirer profit comme la peste à l’époque ou le Covid aujourd’hui.

C’est tout cela que retrace le terme antisémitisme : racisme, judéophobie, xénophobie, antisionisme, rejet social et politique.

Ceci explique sa spécificité emblématique de la lutte contre les haines, toutes les haines évidement.

Or malheureusement, ce combat semble remis en cause par une tentative de banalisation de la parole haineuse.

Comment ne pas s’inquiéter des discours de rejets dans la campagne électorale actuelle des présidentielles.

Nous parlons aujourd’hui d’histoires de personnes, la famille Bloch, balayée dans l’Histoire avec un grand H de cette guerre mondiale dont la shoah ne fut pas un détail.

Or cette histoire est soumise actuellement à des tentatives de révision, toujours dans cette campagne électorale actuelle des présidentielles.

Ce n’est pas sans raison si l’histoire télescope ainsi l’actualité.

Les mêmes ressorts sont en jeu : ceux de la peur.

Dans une société qui évolue très vite et qui fait face à une pandémie, un risque terroriste et des inquiétudes sur l’avenir économique et climatique, il est normal que les gens soient préoccupés. Certains trouvent intérêt de poser la question de l’identité pour jouer sur ces inquiétudes.

Mais, vous, les jeunes, savez que, comme vos prédécesseurs, vous trouverez les solutions pour vous permettre de surmonter ces dangers grâce à votre ouverture d’esprit et l’enseignement, notamment des leçons de l’histoire.

Et je citerai Bobby Lax à l’inauguration à Berlin des Stolpersteine de sa famille exterminée :

« Ces pierres peuvent peut-être aussi être perçues comme une bénédiction pour tous ceux qui passent devant elles tous les jours, pour aller remplir leur devoir démocratique, en ce qu’ils font respecter nos lois et les valeurs d’égalité et de responsabilité sociale. »

Notre devoir à tous est d’exprimer notre refus de ces haines à travers nos votes aux élections.

Une lettre d’Albert Einstein, mise en vente aux enchères récemment, retraçant ses difficultés liées à l’antisémitisme qu’il a subi aux Etats-Unis avant-guerre est un rappel que les sociétés démocratiques ne sont pas à l’abri de ce fléau et que nous devons toujours rester vigilants contre toute forme de rejet de l’autre.

L’article 1er de notre Constitution stipule que la France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.

C’est cela notre identité.

Sous le régime de Pétain, nous l’avions perdue, et il nous revient à travers ces Stolpersteine de ne jamais l’oublier."

Pierre Haas, Président du Crif Alsace