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Publié le 23 Juillet 2012

Commémoration et inauguration d'une allée des Justes à Strasbourg

La journée commémorative de la rafle du Vel d'Hiv qui s'est déroulée le 22 janvier à Strasbourg s'est accompagnée de l'inauguration d'une allée des Justes sur le quai Kleber, là où se trouvait avant 1940 la grande Synagogue de Strasbourg, construite en 1898, joyau de l'art synagogal romano-byzantin, brûlée par les Allemands à leur arrivée dans la ville.

Puis à l'Hôtel de Ville de Strasbourg eut lieu la remise de médaille de Justes aux ayants-droits d’Auguste et Jeanne Bieber, qui ont sauvé Simone Reichner (aujourd'hui Kogan Reichner).

 

Le Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, ainsi que l'Ambassadeur d'Israël en France, Yossi Gal, étaient présents ainsi que Jean Raphael Hirsch, Président du Comité français pour Yad Vashem.

 

Les représentants politiques de la ville, en particulier le Maire, Roland Ries, très actif dans le montage du projet de l'Allée des Justes. Il était accompagné des députés André Schneider et Armand Jung.

 

L'ensemble de la communauté juive strasbourgeoise assistait à ces cérémonies ; en particulier, le Grand Rabbin René Guttmann, le Consul d'Israël, Gilbert Roos, le délégué régional du  CRIF Pierre Levy, à l'origine du projet de l'allée des Justes, le président du Consistoire du Bas Rhin, Francis Levy. Jean Kahn, ancien président du  CRIF et du Consistoire de France était également présent.

 

Le Président du  CRIF, Richard Prasquier, était venu à la cérémonie. Voici son discours à l'occasion de l'inauguration de l'Allée des Justes.

 

Voici cinquante ans environ que l’Institut Yad Vashem à Jérusalem attribue des médailles de Justes des Nations, mais ce n’est que depuis peu de temps que ce titre a pris une valeur symbolique et morale extrêmement forte. Je voudrais remercier ici tous ceux qui ont porté ce projet d’allée des Justes à Strasbourg, capitale européenne et haut lieu de présence juive, qu’ils soient des hommes politiques ou des militants communautaires tels Pierre Levy, délégué régional du  CRIF à Strasbourg et son équipe.

 

J’ai eu la chance, en tant que Président du Comité français de Yad Vashem,  d’assister en octobre 2000 à l’inauguration de l’Allée des Justes à Paris; puis le 18 janvier 2007 de participer à la très émouvante cérémonie pendant laquelle le Président Jacques Chirac accompagné de Madame Simone Veil, inaugurait dans la crypte du Panthéon la plaque d’hommage de la République aux Justes de France. Auparavant, en l’an 2000, j’avais eu le privilège d’intervenir en faveur de la proposition de loi déposée par les députés Le Garrec et Markowicz, faisant de la journée commémorative du Vel d’Hiv une journée nationale d’hommage aux victimes des persécutions nazies et aux Justes, proposition qui fut adoptée à l’unanimité du Parlement.

 

Auparavant, Jacques Chirac avait déjà inauguré un Mémorial à Thonon en l’honneur des Justes de France. Le président Jean Kahn s’était, avec beaucoup de prescience, impliqué dans ce projet, alors que à cette époque, novembre 1997, la référence aux Justes était extrêmement inhabituelle malgré le succès planétaire du film la liste de Schindler quatre années auparavant.

 

1997 c’était aussi à Bordeaux l’année du procès de Maurice Papon. Il suivait celui du nazi allemand Barbie et du milicien français Touvier. En envoyant, enfin,  devant la justice des hommes un prestigieux haut fonctionnaire et ancien ministre de la République, la France achevait son long, tardif, difficile, mais approfondi examen de conscience sur son passé. Je pense profondément que la mise officielle en exergue du rôle des Justes dans le sauvetage des Juifs dans notre pays n’aurait été qu’un alibi tant que les comptes n’étaient pas apurés avec le passé, et que les responsabilités n’étaient pas dites. Cela, on le sait, survint avec le discours du Président Chirac à la Cérémonie du Vel d’Hiv du 16 juillet 1995.

 

Dix-sept ans plus tard, un autre Président de la République, François Hollande, est venu dans  les mêmes lieux manifester avec solennité l’engagement de la France dans son travail de mémoire. Cela est très important car si la mémoire nous rapproche du passé, elle nous aide bien plus encore à nous construire un avenir.

 

Qui savait en 1997 que l’anti Papon s’appelait Camille Ernst, Juste des Nations et adjoint du Préfet de l’Hérault ? Or Camille Ernst était un homme d’ici, un alsacien de Sélestat. Il ne fit pas la prestigieuse carrière de son collègue de Bordeaux et il rentra de sa déportation à Dachau physiquement marqué de façon irrémédiable. Mais l’honneur de notre humanité est qu’il y ait des hommes comme Camille Ernst pour que nous puissions prôner envers nos enfants d’autres boussoles morales que celles des lâches, des malins, des arrivistes ou… des fanatiques.

 

Il n’y a pas eu à ma connaissance d’activités de sauvetage en Alsace même, mais il y a eu un nombre respectable de Justes alsaciens. Car en Alsace les Juifs étaient partis et leur présence avait été éradiquée, comme a été détruite cette synagogue du quai Kleber au pied de laquelle nous nous trouvons.

 

C’est pour beaucoup dans le centre du pays que furent pendant la guerre transférés de nombreux alsaciens, en particulier, mais pas uniquement, les Juifs qui ne pouvaient pas rester sous régime nazi. C’est souvent autour de Clermont Ferrand, Limoges ou Périgueux que des hommes et des femmes « ordinaires » et en fait pas si ordinaires que cela, sont venus à leur secours, dont certains venaient de la même province d’Alsace. Je pense au village limousin de Solignac, où ont été actifs l’exemplaire abbé Bender, le gendarme Honoré Haessler et le futur maire de Haguenau, André Trabant. Je pense à Hélène Burger, convoyeuse d’enfants travaillant autour de Brive avec le rabbin David Feuerwerker et son ami l’admirable Edmond Michelet, Juste, résistant, déporté, ministre et mystique.

 

Je pense à Joseph Storck, qui devint maire de Guebwilller, Juste des Nations, qui sauva le futur professeur Lazare Landau, disciple de Jules Isaac et maitre de Gilles Bernheim, l’actuel grand Rabbin de France.

 

Je pense à l’officier de police de Périgueux Aloyse Strebler, qui avec sa femme, prévenait, cachait et parfois transportait des Juifs en danger. Périgueux où les secours étaient centralisés par le pasteur Charles Altorffer, Juste et futur maire de Strasbourg.

 

A Lyon, le père Pierre Bockel, très actif au Témoignage chrétien, aidait les Juifs, avant de devenir l’aumônier du Bataillon Alsace Lorraine commandé par Malraux.

 

L’alsacien Paul Mathéry, récemment mis à l’honneur dans sa ville natale, mourut en déportation,  en compagnie du frère Jacques, carmélite, et du maire d’Avon, pour avoir voulu sauver des enfants juifs. Peu de Justes en France contrairement à l’Europe centrale payèrent leur engagement de leur vie, mais la mort restait une possibilité continuelle.

 

Enfin, comment laisser sous silence l’admirable Adélaïde Hautval, psychiatre et protestante, inflexible et intrépide, reconnue Juste dès 1965, déportée à Pithiviers puis à Auschwitz pour avoir voulu se solidariser des Juifs.

 

Parmi les 6 millions de victimes de la Shoah, 1,5% (78 000) viennent de France. En revanche, 15% environ des 25 000 Justes sont Français. S’il ne faut pas tirer de conclusions excessives de ces chiffres, ils viennent aussi rappeler que la population française dans son ensemble a largement contribué à ce que plus des deux tiers des Juifs dans notre pays puissent échapper à la mort.

 

A nous de tirer les leçons du comportement des Justes. Il en va de l’avenir que nous laisserons à nos enfants."

 

Richard Prasquier

Président du  CRIF

22 Juillet 2012 Strasbourg

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