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Publié le 24 Avril 2019

Crif - Le 104ème anniversaire du génocide arménien et le devoir de mémoire

Aujourd'hui, mercredi 24 avril, nous commémorons le 104ème anniversaire du génocide arménien. Notre devoir de mémoire : se souvenir, et ne jamais oublier.

Marc Knobel, Directeur des Etudes au Crif

Le peuple arménien commémore ce 24 avril 2019, le 104ème anniversaire du génocide qui a décimé la moitié de son peuple et en France Emmanuel Macron a fixé au 24 avril la journée nationale de commémoration du génocide arménien.

La France « dès 1915 nomma le génocide pour ce qu’il était : un crime contre l’humanité, contre la civilisation, qui en 2001, à l’issue d’un long combat, l’a reconnu dans la loi et qui, comme je m’y étais engagé, fera dans les prochaines semaines du 24 avril une journée nationale de commémoration du génocide arménien», avait indiqué le chef de l’Etat français lors du dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF), à Paris, mardi 5 février 2019. Pour Emmanuel Macron, qui avait précisé avoir informé en amont le président turc Recep Tayyip Erdogan de sa décision, «l’histoire des Arméniens de France est une histoire française» et «le génocide arménien appartient à notre mémoire et doit être commémoré par notre République».

Par ailleurs, la France a reconnu officiellement le génocide arménien.

La loi française du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, a été adoptée par le Sénat en première lecture le 7 novembre 2000 et par l’Assemblée nationale le 18 janvier 2001. Elle contient un article unique : « La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. »

Le terrible génocide arménien

Le samedi 24 avril 1915, à Constantinople, capitale de l'Empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C'est le début d'un génocide - qui visera aussi des Grecs et des Assyriens - le premier du XXème siècle. L'extermination se fera par l'assassinat massif, la faim et la soif, la noyade. 

Le génocide arménien va faire environ entre 1,2 et 1,5 million de victimes dans la population arménienne de l'empire turc (ainsi que plus de 250 000 dans la minorité assyro-chaldéenne des provinces orientales et 350 000 chez les Pontiques, orthodoxes hellénophones de la province du Pont).

Les témoignages insistent particulièrement sur les viols, les mutilations et massacres de femmes, d'enfants et de nouveau-nés commis par les génocidaires turcs. Des massacres systématiques étaient commis à Erzeroum, Deurtyol et Zeytoun, des affrontements sanglants à Bitlis, Van et Mouch et partout ailleurs, des atrocités, des pillages et des meurtres se produisaient à Akn, un effondrement économique et un massacre général de la population avait ainsi lieu dans toute l'Asie mineure. De nombreux témoins oculaires de cette horrible tragédie, ont remémoré et ont raconté, les larmes aux yeux leur passé et la façon dont les Turcs avaient bestialement coupé en morceaux leur père et leur mère, et violé leurs sœurs... 

Le chant populaire ci-dessous a été créé sous les impressions immédiates de ces événements historiques : 

« O sapins, sapins, sapins panachés 

A chaque fois que le soleil tape, la résine goutte 

Oh oh, la rivière d'Adana est pleine de cadavres et de sang 

Voilà, je suis venu à toi Adana tuée, 

Oh oh voilà, j'ai vu les enfants massacrés… » 

C’est ainsi que les survivants qui arrivent dans le désert de Syrie sont précipités vivants dans des grottes, quand d'autres trouvent finalement refuge en Cilicie, ou au Dersim, ou encore à Alep, là où l'écrivain juif autrichien Franz Werfel découvrira des orphelins misérables et décidera d'écrire Les Quarante jours de Musa Dagh (1933). 

D’avril 1915 à juillet 1916, les deux tiers des Arméniens vivant sur le territoire turc périrent au cours d’une extermination planifiée. Les cadres de l’Empire ottoman furent chargés de rassembler hommes, femmes et enfants. Et la plupart de ceux-ci périrent ensuite lors des "marches de la mort" dans le désert. En 1916 et dans une ultime phase, le gouvernement turc décide de liquider, de toutes les manières possibles, les 700 000 malheureux qui ont survécu aux marches de la mort et sont parquées dans les camps de Syrie. Voici le texte d'un télégramme transmis par le ministre à la direction des Jeunes-Turcs de la préfecture d'Alep : « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l'âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n'ont pas leur place ici (1) ».

Seules vont subsister les communautés arméniennes de Smyrne, d'Istamboul et du Proche-Orient, trop en vue des diplomates occidentaux, ainsi que les communautés assyro-chaldéennes de Mésopotamie, trop éloignées.

Pourtant, la Turquie refuse toujours de reconnaître le génocide arménien

La Turquie affirme qu'il y a eu cinq fois moins de victimes et qu'elles ont été tuées ou déportées dans le contexte des désordres internes qui ont accompagné la chute de l'Empire ottoman. La Turquie reste dans le déni. Très peu d'ouvrages y sont consacrés. Un génocide passé également sous silence dans les manuels d'histoire à l'école. Ce négationnisme officiel, on le retrouve aussi dans les rues du pays. Cependant, le mouvement en faveur de la reconnaissance a pris de l’ampleur dans la société turque, depuis une dizaine d’années.Réussira-t-il à faire céder le camp négationniste, composé d’appareils d’État, de partis politiques et des segments conservateurs et nationalistes de la population (2) ?

 

Notes :

1)    Cité par la revue Hérodote., mais document non daté.

2)    Voir à ce sujet le texte d'Ali Kazancigil, « La Turquie face au génocide des Arméniens : de la négation à la reconnaissance ? », Politique étrangère, 2015/3, pp. 73 à 81.

 

 

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