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Publié le 11 Avril 2007

Alexandre Safran. Une vie de combat, un faisceau de lumière Par Carol Iancu (*)

Le professeur Carol Iancu est un spécialiste incontesté du judaïsme roumain. Patiemment, année après année, il reconstitue le puzzle d’une communauté jadis florissante aujourd’hui quasiment disparue. Avec la biographie du Grand rabbin d’exception que fut Alexandre Safran, il apporte une pierre précieuse à ce tableau, toujours en construction, de la judaïcité roumaine.


Héritier d’une longue lignée rabbinique, fils du rabbin de Bacau, le gaon Bézalel Ze’ev Safran et de la rabbanit Finkel, Alexandre Safran est né à Bacau, le 12 septembre 1910. Très jeune, deux ans avant sa bar-mitsva, il devient le proche collaborateur de son père, son secrétaire particulier, en somme. À 19 ans, il est tout à la fois bachelier et rabbin. Dès 1930, à Vienne, il étudie à l’Institut des Hautes Études Théologiques Juives et, parallèlement, prépare un doctorat de philosophie. De retour en Roumanie en 1933, il refuse le poste de Grand rabbin de Bruxelles pour prendre la succession de son père, prématurément disparu. Trois ans plus tard, il épouse sa cousine Sarah Reinharz. Le couple aura deux enfants Esther, née en 1938 et Avinoam, né en 1945.
Carol Iancu, qui a eu accès à des archives de tous ordres, propose, dans son étude, un véritable florilège des bonnes feuilles d’articles écrits dans des journaux et revues juifs par Alexandre Safran. Textes rares et instructifs.
Lorsqu’à l’automne 1939, le grand rabbin de Roumanie, Iacob Niemirower disparaît, huit rabbins sont candidats à sa succession. Le 4 février 1940, alors que partout, en Europe, des bruits de botte se font inquiétants, Alexandre Safran est élu Grand rabbin de Roumanie. Il a 29 ans et se retrouve plus jeune Grand rabbin au monde, responsable spirituel de la troisième communauté juive en Europe, la quatrième dans le monde : 800 000 âmes.
Il lui faut même bénéficier d’une dérogation pour entrer au Sénat dont les membres doivent avoir plus de quarante ans.
Déchaîné depuis l’éphémère gouvernement Goga-Cuza (1937-38), l’antisémitisme s’amplifie dans le pays et connaît des pics terrifiants avec le démantèlement de la Grande Roumanie. Comme on le voit à travers ses discours, ses sermons et ses articles pieusement recueillis par l’auteur, le Grand rabbin lutte sur tous les fronts. Sans relâche. Puis vient le temps de la Garde de Fer du sinistre Antonescu. En janvier 1941, à Bucarest, c’est le pogrome, prélude, à celui, infiniment plus meurtrier de Jassy en juin : au moins 12000 morts. Suivent les massacres et les déportations des Juifs de Bucovine et de Bessarabie. La communauté juive de Roumanie est saignée à blanc. Le 23 août 1944, le roi Mihai fait arrêter le dictateur Antonescu, rompt l’alliance avec l’Allemagne nazie et décrète la fin de la guerre contre les Alliés. Hélas, une dictature pousse l’autre et le pays, rapidement, passe sous l’emprise communiste. Ardent militant sioniste, n’ayant pas sa langue dans sa poche, le Grand rabbin Safran s’attire les foudres du pouvoir et de la partie des dirigeants communautaires décidés à jouer la carte communiste. Le 22 décembre 1947, il est expulsé de Roumanie avec sa famille. Une nouvelle vie commence. De 1948 à 1997, Alexandre Safran sera le Grand rabbin de Genève poursuivant inlassablement son combat pour la défense des valeurs ancestrales, la lutte contre l’antisémitisme et aussi pour le rapprochement judéo-chrétien.
Avec l’effondrement du système soviétique et la chute du Rideau de Fer, il aura l’immense bonheur, en 1995, de retrouver son pays natal lors d’un voyage historique.
Le Grand rabbin Safran s’est éteint le 27 juillet 2006. Il allait avoir 96 ans. Une grande figure. Un beau livre agrémenté d’un cahier photographique très intéressant.
On lira également, du même auteur et récemment paru : « Les Juifs de Roumanie et la solidarité internationale (1919-1939) (**)
Jean-Pierre Allali
(*) Éditions de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III. Janvier 2007. 320 pages. 20€
(**) Éditions de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III. Novembre 2006. 352 pages. 20€

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