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Publié le 6 Mai 2008

Israël. La naissance de l’Etat des Juifs Par Georges Ayache (*)

Quel livre ! Quel régal ! Que le lecteur potentiel ne se laisse surtout pas rebuter par l’aspect imposant de l’ouvrage. Ce pavé de quelque 550 pages se lit tout d’une traite, comme un roman. Pour raconter les événements exceptionnels qui ont mené à cette journée mémorable du 14 mai 1948, 5 Iyar 5708, qui voit, à 16h32, David Ben Gourion, le « Fils du Lionceau », annoncer au monde entier la naissance de l’Etat juif qui portera le nom d’Israël, l’auteur, ancien diplomate, a puisé aux meilleures sources. Son récit, alerte et documenté, nous offre souvent des pages méconnues de l’histoire mouvementée du Proche-Orient. Il brosse aussi, tout au long de cette véritable somme, des portraits sans fards des principaux personnages, Juifs, Arabes ou autres, qui ont marqué les soixante dernières années : Ben Gourion, bien sûr, mais aussi Moshé Shertok alias Sharett, Haïm Weizmann, Nahum Goldmann, Golda Meïr, Itzhak Ben Zvi, Ze’ev Jabotinsky, Yosef Trumpeldor, Haïm Arlozoroff, Arthur Ruppin, Teddy Kollek, Abba Eban, Shimon Peres, Menahem Begin, Moshé Dayan, Itzhak Rabin, Ariel Sharon, Abba Hillel Silver, Harry S.Truman, Franklin D. Roosevelt, Winston Churchill, Ernest Bevin, Neville Chamberlain, Charles Ode Wingate, le roi Abdallah, Nasser, les Husseini, les Nashashibi et les Khalidi et tant d’autres encore. Parmi les personnages sur lesquels Georges Ayache jette un regard très appuyé et très éclairant, l’ignoble Grand mufti Hadj Amine El Husseini, grand admirateur d’Hitler et des nazis dont le parcours édifiant est retracé par le menu. Sa philosophie simpliste mais terriblement efficace, partagée par de nombreux Arabes palestiniens tenait en quelques mots : « El Billad billadna, Wa el Yahud Kellebna ! » (Cette terre est la nôtre et les Juifs sont nos chiens !) ou, en plus court : « Izbah al Yahud ! » (Egorgez les Juifs !).


Samedi 29 novembre 1947. Après maints reports et obstructions, la seconde session de l’Assemblée générale des Nations unies est appelée à voter le partage de la Palestine mandataire jusqu’ici administrée par la Grande-Bretagne, en deux Etats, l’un juif, l’autre arabe. La première session qui s’était déroulée à Londres, en janvier 1946, n’avait pas réuni la majorité requise des deux tiers : 25 voix pour, 13 contre et 17 abstentions. A New York, les anciens bâtiments de l’Exposition universelle de 1937, après avoir servi de patinoire, abritent désormais les Nations unies. En Palestine et dans le monde entier, les Juifs retiennent leur souffle. Cent fois, les Arabes ont redit leur hostilité au projet et réaffirmé leurs intentions plus que belliqueuses.
Les représentants des pays membres sont appelés selon un ordre alphabétique qui a placé, par tirage au sort, la lettre « G » en tête. Les dés sont jetés, le sort du Yichouv est en marche.
« Guatemala: Yes. Haïti : Yes. Honduras : Abstain. Inde : No…Syrie : No...Union soviétique: Yes…Afghanistan: No, Arabie Saoudite: No »
Si aujourd’hui, malgré les rodomontades et les menaces du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, Israël est une réalité vivante, un pays moderne et prospère qui fête ses soixante années d’existence, Georges Ayache, avec talent, nous montre bien que la chose n’est pas allée de soi. Les Arabes n’étaient pas d’accord, les Anglais non plus, mais aussi de nombreux Juifs, soit que, très religieux, ils considéraient que seul Dieu pouvait ramener, Messie en tête, les Juifs dans leur terre ancestrale, soit que, politiciens chevronnés, ils étaient convaincus que l’heure n’était pas encore venue.
Du combat incessant de Theodor Herzl à la naissance effective de l’Etat des Juifs en passant par la Déclaration Balfour, « Un événement qu’il faut inscrire non dans la perspective d’un siècle ou d’une génération, mais d’un millénaire », selon Churchill, les accords Sykes-Picot, les Livres Blancs, la connivence arabo-britannique contre la population juive de Palestine, les patients achats de terre par les pionniers juifs, obligés de payer rubis sur l’ongle en monnaie sonnante et trébuchante et par deux fois, aux propriétaires, les effendis, d’abord, aux fellahs locataires, ensuite. Sans oublier les premiers kibboutzim, les opérations « Tour et Enceinte », le « Patria » et l’ « Exodus », l’attentat du King David et les événements tragiques de Deïr Yassine
« Le vrai miracle d’Israël, aimait dire le premier président de l’Etat hébreu, Haïm Weizmann, c’est que les Juifs aient pu devenir des soldats ». Face aux guerres incessantes que lui ont livrées les armées arabes et les groupes terroristes, Tsahal, l’armée d’Israël, a conquis ses lettres de noblesse, une armée héroïque qui, d’un assemblage de bric et de broc, avec du matériel acquis aux quatre coins de la terre dans des conditions souvent rocambolesques dans les années quarante a su faire, au fil des ans, l’une des meilleures forces de la planète.
Le problème des réfugiés palestiniens est finement analysé et l’auteur montre bien comment la peur, l’affolement et les incitations pernicieuses des dirigeants arabes se sont conjugués pour le plus grand malheur des populations arabes. « La panique et la fuite massive de populations provoquées par la propagande palestinienne ôtaient aux responsables sionistes une singulière épine du pied. Par la suite, serait dénoncé un « projet sioniste d’expulsion des populations ». A ceci près que ce projet était imaginaire et que, s’il avait réellement existé, il ne serait plus resté un seul Arabe sur le territoire de la Palestine ». Ainsi va l’Histoire.
Un livre passionnant qu’il faut lire toutes affaires cessantes.
Jean-Pierre Allali
(*) Editions du Rocher. Monaco. Mars 2008. 552 pages. 22 euros

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