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Publié le 29 Mars 2004

L’adieu au calme. Juifs de France ou juifs en France Par Gad Drillich

Ce livre est un véritable cri. Trop c’est trop et la haine antisémite qui prolifère en France dans la quasi indifférence des politiques enclins à la démission, pousse l’auteur à sortir de ses gonds. Survivants de la Shoah, les parents de l’auteur l’avaient prénommé Marc. Un prénom bien « de chez nous », histoire d’aller dans le sens d’une intégration recherchée et ardemment souhaitée. Militant de l’Hachomer Hatzaïr, mouvement de jeunesse de la gauche sioniste, Marc devient Gad. Né Drillech par le bon vouloir d’un employé municipal enclin à la francisation des patronymes, il apprend qu’il est réellement un Drillich, un nom qui fleure plutôt la Transylvanie que le Gers. Et comme on ne sait plus si les Juifs de ce pays sont des Juifs de France ou des Juifs en France, Marc Drillech, renouant avec ses ancêtres, a décidé de devenir Gad Drillich.



Gad Drillich est littéralement furieux et, dit-il, « aucun Sharon, aucune Intifada, aucune injustice réelle ou imaginaire à quelques milliers de kilomètres du sol français ne justifient ces atteintes à nos libertés en France, n’autorisent la valorisation d’actes purement racistes, n’expliquent les comportements fuyards de politiques et quelquefois borgnes de médias ».

Le ton est donné et tout au long de son livre, Gad Drillich se donne pour objectif de passer du constat à l’action. Il le fait, annonce-t-il, d’autant plus librement qu’il n’a pas de mandat électoral, de parti à promouvoir, de thèse à soutenir et rien à vendre. « J’ai seulement à me soucier, par égoïsme, de l’avenir des miens et, par fierté, de notre dignité. J’ai besoin de monter ma solidarité envers ceux qui se sentent seuls et qui ne sont pas les Juifs des establishments ».

L’auteur passe en revue les centaines d’actes antisémites dont a été victime la communauté juive et s’écrie : « Croyez-vous qu’un Juif de France puisse être satisfait en 2004 quand le Grand rabbin de la nation des Droits de l’homme et du Citoyen déconseille aux gens de sortir avec une kippa, comme si le danger était quotidien, permanent, ».

Au terme d’une analyse assez fouillée, Gad Drillich se demande : « Que faire ? » et ajoute : « Dans la vie, on s’engage ou on dégage ».

Excluant l’action politique et l’action communautaire, administrant une volée de bois vert au MRAP et à la Ligue des Droits de l’Homme qui se sont écartés de leurs principes fondateurs, l’auteur ne voit qu’une solution : « L’engagement antiraciste est une priorité pour les Juifs de France comme pour toutes les jeunes générations attirées par le militantisme ». Bref, un « combat global contre les racismes » est nécessaire. C’est un peu maigre en conclusion d’un livre fort intéressant. La prévention de l’auteur à l’égard de ce qu’il appelle l’establishment juif l’empêche d’envisager une action plus pertinente. Dommage !

Jean-Pierre Allali

Éditions Jacques-Marie Laffont. 2004. 240 pages. 17€

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