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Publié le 13 Juillet 2011

Le dernier cours d’histoire - ce Juif de la France Libre qui aimait tant la Bretagne, par Maud Haymovici (*)

C’est un livre étonnant et particulièrement émouvant que nous propose Maud Haymovici. D’autant plus qu’il s’agit d’une histoire vraie, celle d’une femme qui redécouvre une part jusqu’ici occultée de son identité et le parcours incroyable d’un père méconnu.



Il était une fois Pluvigner, un village de Bretagne et une famille catholique, les Pascal. Le docteur Pierre Pascal, médecin de campagne bien connu dans toute la région pour son humilité et son dévouement avait épousé Marie Le Dantec. Le couple aura deux enfants, Pierre, alias Pieréros, pilote de chasse qui mourra très jeune au combat et Suzanne, qui entreprendra, elle, dans le sillage de son père, des études de médecine. Et il était une fois, aussi, Roman, une ville du nord-est de la Roumanie et une famille juive, Henrich Haymovici, industriel et son épouse, née Mina Laver. Eux aussi auront deux enfants : Sandù, artiste-peintre et Edgard, surnommé Edy, qui choisira la médecine.



Nous sommes en 1928. La vie n’est pas toujours facile pour les Juifs en Roumanie et Edy, dont la famille a, d’ailleurs, décidé de troquer le nom de Haymovici pour celui de Darier, plutôt que de s’inscrire à la faculté de Iaşi, décide de quitter son pays natal pour Paris où il va étudier la médecine. C’est là qu’il rencontre Suzanne Pascal. C’est le coup de foudre et, malgré les barrières de religion, de langue et de coutumes, Edy, et Suzanne décident de se marier. Ils auront également deux enfants, Catherine, qui sera médecin et Maud, enseignante.



Après quelques courtes années de bonheur sans ombrage, la Guerre va séparer Suzanne et Edy. Définitivement. Car rien ne sera désormais comme avant. Les années de guerre d’Edy sont enveloppées d’un certain mystère, la belle-famille à son retour n’est pas très accueillante, peut-être parce que l’ombre de Pierre, le fils mort en héros, plane lourdement sur elle. Suzanne et Edy semblent ne plus s’entendre comme avant. Tandis que Suzanne revient à Pluvigner avec ses deux filles, Edy, lui, disparaît, devenant par là, le père qui a abandonné les siens.



Maud a 51 ans quand, le 6 avril 1997, le proviseur du lycée où elle enseigne l’histoire lui remet un courrier administratif signalant que le docteur Darier est à la recherche de sa famille. C’est la panique pour Maud qui n’a vu son père que trois fois dans sa vie et pour de brèves périodes. Que faire ? Marie Pascal, la grand-mère bretonne a toujours raconté que le mari de sa fille avait abandonné les siens, qu’il ne s’était jamais soucié d’eux, qu’il n’avait jamais réglé, depuis le divorce, les pensions alimentaires. Le bruit courrait même qu’Edy était en fait devenu fou.



Après avoir parlé avec son mari, José, Maud qui a comme une prémonition, comme un sentiment qu’on lui a caché quelque chose, décide de contacter la gérante des Tutelles du service de gériatrie mentionnée dans la correspondance qu’elle a reçue. Pourtant, elle finira par renoncer ainsi que sa sœur à s’opposer à la curatelle. « Cet épisode du retour du père semblait donc définitivement terminé ; nous allions oublier ce passé et pouvoir de nouveau nous projeter dans l’avenir ». Cela ne l’empêchera pas, peu après, de se décider à aller voir ce père « disparu ». Le 25 mai 1997, jour précisément de son anniversaire, Maud retrouve Edy. Elle va alors découvrir la véritable histoire de son père, son engagement auprès du général de Gaulle qu’il rejoint à Londres, sa décision de venger en quelque sorte la mort de Pierre, le frère de Maud et de défendre l’honneur de la France et, par dessus-tout, son grand amour pour la Bretagne.



Après la mort du père, Maud va se lancer dans une véritable enquête qui va la rapprocher peu à peu de la communauté juive.



Un très beau récit. Une belle histoire.



Jean-Pierre Allali



(*) Éditions L’àpart. Préface de Carol Iancu. Mars 2011. 352 pages. 20 euros.



Photo : D.R.

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