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Publié le 14 Mai 2007

Theodor Herzl. Une nouvelle lecture Par Georges Weisz (*)

Theodor Herzl, revisité, revu et corrigé et, dans l’esprit de l’auteur, d’une certaine manière, réhabilité. Il faut, de toute urgence, nous dit Georges Weisz rendre à Herzl ce qui est à Herzl et relire ses œuvres, L’État Juif, bien sûr, son roman, Altneuland aussi, mais surtout son Journal, avec plus d’attention et moins de parti pris car il court, à propos du père du sionisme moderne, toutes sortes de légendes qu’il considère comme infondées.


Déjà, en 1934, prémonitoire, Berl Katznelson, figure de proue du mouvement travailliste, écrivait : « On se heurte plus d’une fois à une falsification de la figure de Herzl, falsification préméditée ou due à l’ignorance. On peut craindre que la prochaine génération ne verra en Herzl qu’un nom, une devise, tout au plus une belle légende ». L’historien israélien Amos Elon confirme ces appréhensions en affirmant : « Dans l’Israël d’aujourd’hui, pour la plupart des gens, Herzl ne désigne plus que le nom d’une rue ».
Pour Georges Weisz, qui a consacré huit années à ses recherches sur Herzl, il faut retrouver le Herzl d’origine, le vrai Herzl qui, dit-il, loin d’être assimilé, était profondément juif et croyant, loin d’être prêt à accepter un État juif n’importe où sur la planète, en Ouganda, en Argentine, à El Arish où ailleurs, ne le concevait, au fond de lui qu’en terre d’Israël et qui, contrairement à ce qu’affirme le journaliste israélien Tom Segev, n’a été en rien le premier apôtre du cosmopolitisme et du post-sionisme.
Premier cliché : l’Affaire Dreyfus. On a toujours considéré et Herzl lui-même l’a laissé entendre, que le procès infâme du capitaine juif a été l’élément déclenchant de son retour à la sensation d’appartenance au peuple juif et le premier fil d’Ariane qui va le conduire à échafauder sa théorie sioniste. Faux, dit Weisz, ou du moins incomplet. Et de nous rappeler que, petit-fils d’un chantre de synagogue, Shimon Leibl, fils de Jacob Leibl, fidèle assidu de la Grande synagogue de la rue Tabak à Budapest, élevé dans une famille traditionaliste, le jeune Theodor, à l’âge de six ans, a été envoyé dans une école juive où l’enseignement comprenait des cours d’hébreu et une instruction religieuse. Il fut inscrit, alors qu’il n’avait que huit ans, à la Hevra Kedisha de la ville et, à treize ans, il célébra sa bar mitsva La foi juive était profonde en lui et ce n’est pas l’Affaire qui a intimé à sa conscience de reprendre le flambeau ancestral de « L’an prochain à Jérusalem ». Une opinion que partage Shlomo Avineri qui reconnaît que « contrairement à l’idée répandue, rien ne permet d’affirmer que l’Affaire est à l’origine de la révolution qui s’opère chez Herzl ».
Weisz note aussi que l’influence du rav Alkalaï et du rav Natoner ont influé sur l’entourage familial. Et s’il est vrai que pendant plus de dix ans, il ne pratiquera pas souvent la synagogue, il retrouvera les gestes de l’enfance à Paris, à la Victoire ou à Bâle, lors du Congrès sioniste de 1897. « Lorsque je suis monté à la bima, raconte Herzl, j’étais plus tendu que pendant tout le Congrès. Les quelques mots de la brokhé hébraïque m’ont serré la gorge d’émotion plus encore que le discours d’ouverture du Congrès… ». Le lendemain, devant les congressistes, son émotion religieuse transparaît : « Nous sommes pour ainsi dire revenus à la maison. Le sionisme est le Retour à la judéité avant même d’être le Retour au pays des Juifs ». Pour Herzl, dit Weisz, cela ne fait aucun doute : le retour en Eretz Israël va de pair avec le retour à la religion juive. Der Judenstaat, ce n’est pas l’État des Juifs comme nombre de commentateurs veulent nous le faire accroire, mais bien Der Jüdischen Staat, l’État juif. Pour Franz Rosenzweig, « Herzl est à la fois Moïse et les Prophètes ».
Autre mythe, celui du refus de Herzl de voir l’hébreu renaître comme langue du futur État juif. S’il est vrai que telle a été sa position, il s’est ensuite amendé, au fur et à mesure qu’il réalisait que l’hébreu était en train, peu à peu, de s’imposer, par la volonté populaire, comme langue du pays.
Le projet de l’Ouganda, enfin, « la fable » dit Weisz. Herzl insistait toujours sur le fait que « nous nous dirigeons vers la Terre Promise, celle que Dieu nous a donnée dans sa bonté infinie ». Et si parfois, il a pu laisser penser qu’il se contenterait d’un territoire, quelque part ailleurs, ce fut, dit l’auteur, une stratégie destinée, en n’effrayant pas ses interlocuteurs, les grands de l’époque, à obtenir peu à peu, de concession en concession, tout ou partie de la terre d’Israël. Un véritable plaidoyer de réhabilitation de Herzl, Juif profond, défenseur farouche d’un retour de son peuple sur sa terre ancestrale.
Très intéressant. On regrettera la mise en page un peu étouffante avec des notes souvent envahissantes qui détournent du fil de la lecture.
Jean-Pierre Allali
(*) Éditions L’Harmattan. Décembre 2006. 308 pages. 25,50€

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