We Remember - Blog du Crif - Mais qu'est-ce qu'on va faire sans eux ?

26 Septembre 2018 | 445 vue(s)
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France

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Opinion

Depuis plusieurs années, le cinéma international ne cesse de plébisciter les cinéastes iraniens. Asghar Farhadi en est l’exemple même. Cependant, certains réalisateurs n’ont pas la chance d’être autant ovationnés.

Pour leur cinéma engagé, frontal et dénonciateur du pouvoir politique et du régime iranien, grand nombre de réalisateurs iraniens ont été, pour les plus chanceux, contraint à l’exil, tandis que d’autres en détention, subissent le triste sort réservé aux prisonniers iraniens.

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Hier Marceline Loridan-Ivens. Aujourd'hui Ida Grinspan. Et demain ?

Demain, il faudra faire avec. Ou plutôt, il faudra faire sans. 

Sans leurs voix brunies par les années, sans leurs expressions étonnées devant nos questions sur ce qui est évident, leurs façons de parler d'un autre temps, celui de nos arrière-grands-parents, en utilisant beaucoup d'adverbes. "Evidemment, à cette époque, Paris n'était pas aussi bourgeois qu'aujourd'hui, vous comprenez ?", "Alors Papa a naturellement ordonné qu'on rassemble nos affaires".

Il faudra faire sans leurs éclats de voix, leur pudeur et leur soin apporté à dire "la vérité vraie".

Il faudra faire sans pouvoir leur demander de raconter l'irracontable et sans oser s'enquérir du numéro sur leur bras.

Il faudra faire avec leur absence. 

Se souvenir de choses qu'on n'a pas vécu. Se remémorer des petits détails de grandes histoires, même si ce ne sont pas les nôtres.

Pour tous ceux à qui ils avaient promis de tout raconter après, de parler d'eux et de ne jamais les oublier. Pour ceux pour qui le temps, la vie et la disparition n'ont plus cours depuis plus de 70 ans. Pour eux, il faudra toujours se rappeler de leurs peaux, de leurs manières de parler, de ce qu'ils commandaient dans les cafés, de leurs rires et de leurs colères.

Il y aura un peu de peur. Celle de mal faire, de déformer, de modifier. Mais il vaut sans doute mieux avoir peur de mal faire que peur de ne rien faire. 

Avant tout ça, il nous faudra penser à leur dire au revoir. A dire les prières et les psaumes avec leurs prénoms et leurs noms. Pour eux, mais aussi pour tous ceux qui n'ont plus de nom et qui n'ont pas eu de prière.

Jean-Claude Grumbert, dans l'Atelier, demandait : "Qui se souviendra d'eux ?". Le monde entier se souviendra d'eux.

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