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Publié le 18 Mars 2021

France - La communauté juive de Diemeringen

Contrairement à d'autres territoires alsaciens, les comtés et seigneuries d'Alsace Bossue n'accueillent pas de communautés juives avant le début du XVIIIe siècle. Diemeringen forme l'exception dans la mesure où quelques familles semblent s'y être installées après la guerre de Hollande.

Publié le 16 mars dans Dernières Nouvelles d'Alsace

Dans le recueil « Alsatia » du poète et folkloriste strasbourgeois Auguste Stoeber paru à Colmar en 1873, figure une notice intitulée « Die Judenmauer bei Diemeringen ». L'auteur évoque un lieu situé à l'est de Diemeringen, qui aurait servi de refuge aux juifs lors des persécutions au Moyen-Âge.

La chose ne paraît pas impossible. Des Juifs s'étaient, en effet, implantés à Sarreguemines dès 1336, et dans des territoires proches, où ils étaient admis à la même époque. Mais rien ne permet d'affirmer que quelques-uns avaient pu se fixer à Diemeringen même.

Des seigneurs favorables

L'existence des communautés dépend du bon vouloir des seigneurs. Les rhingraves de Salm, seigneurs de Diemeringen, petit confetti d'empire de confession luthérienne, enclavé entre les territoires alsaciens réunis au royaume de France et le duché de Lorraine, et leurs héritiers, les accueillent favorablement dans l'ensemble de leurs terres. Cette bienveillance n'est cependant pas totalement désintéressée, car chaque chef de famille juif paye un droit de protection souvent important (16 florins/an par foyer en 1718). On peut admettre que les premières familles se sont établies durant le dernier quart du XVIIe siècle.

La communauté se développe

Alors que seules deux familles sont mentionnées en 1712, on en compte 12 en 1770 et 14 à la veille de la Révolution, soit environ 70 personnes (10 % de la population totale). La plupart des chefs de famille sont commerçants ou prêteurs d'argent. Vu l'exiguïté du territoire de la seigneurie, leur activité s'étend alors bien au-delà de ces limites, notamment aux villages du comté de Sarrewerden et du pays de Bitche. Si leur situation de fortune est dans l'ensemble fort modeste, certains acquièrent une certaine aisance, ce dont témoigne la maison n° 5 de la rue du Vin, appelée communément naguère rue des Juifs, immeuble à étages daté de 1743 qui porte les noms de ses constructeurs : « Leb-Lefi ».

C'est surtout dans cette rue que la communauté vit groupée. Et c'est là que s'élève la synagogue, construite en 1867 par l'architecte Louis Furst. Elle succède à une simple salle de prière aménagée chez des particuliers. Il est probable qu'une petite synagogue ait existé dès le XVIIIe siècle. L'établissement du cimetière israélite remonte à l'année 1770. De nos jours, il contient plus de 200 tombes dont les plus anciennes se trouvent sur la partie gauche.

Les émigrations de la fin du XIXe siècle

La communauté de Diemeringen est rattachée au rabbinat de Sarre-Union créé au début du XIXe siècle. La communauté s'accroît quelque peu durant la première moitié du XIXe siècle : 55 personnes en 1825, 89 en 1842 et 103 en 1849. Puis elle augmente plus rapidement jusque vers 1870 (136 âmes en 1866). La tendance commence à s'inverser à partir de 1885 ; elle s'accentue vite, du fait des départs vers les États-Unis, à Paris, à Nancy, à Strasbourg... En 1905, on dénombre 118 personnes, puis 94 en 1910. Le mouvement des départs persiste durant l'Entre-Deux-Guerres.

La synagogue détruite en 1906

En 1862, une école publique israélite est ouverte pour accueillir le nombre croissant d'enfants. Elle remplace l'école libre. Placé à côté de la synagogue, le bâtiment comprend le logement de l'instituteur à l'étage et, vers le fond, le mikvé (bain rituel). En 1900, le lieu de culte fait l'objet de grosses réparations. Malheureusement, six ans plus tard, un grave incendie ravage l'édifice cultuel. La communauté se voit obligée de vendre l'école à la commune afin de pouvoir disposer de fonds pour la restauration de la synagogue. Néanmoins, le conseil municipal loue l'école à la communauté, pour le franc symbolique, moyennant son entretien.

Le déclin de la communauté

En 1927, le rabbinat de Sarre-Union est supprimé ; les communautés de Diemeringen et de Sarre-Union sont dès lors réunies au rabbinat de Bouxwiller dont les compétences s'étendent aussi à celles des cantons de Drulingen et de La Petite-Pierre. En 1929, par décision du gouvernement, des postes de ministres officiants sont créés à Diemeringen et à Sarre-Union.

Saccagée durant la Seconde Guerre mondiale, la synagogue est restaurée et rendue au culte en 1947. À l'intérieur, une plaque rappelle les noms des victimes juives des deux guerres mondiales : trois soldats durant la première, un soldat, cinq personnes mortes en déportation et deux autres fusillées durant la seconde. Mais la communauté, encore diminuée par des départs, continue à se réduire. En 1980, on dénombre quatre familles. Quatre décennies plus tard, il n'en reste plus que deux.

En savoir plus : Wollbrett (A.), « La communauté juive de Diemeringen », Pays d'Alsace, n° 104-105, 1978, p. 26.

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