Etudes du CRIF
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Publié le 27 Avril 2012

Etudes du Crif n°9 : « La demande d’Antisémitisme », un texte de Didier Lapeyronnie

Ces dernières années, on croyait ne jamais plus voir ces images de synagogues brûlées. On pensait qu'un Juif pratiquant, portant kippa, ne pourrait pas être insulté dans une rue ou dans le métro, pas plus qu'un enfant dans une école ne pourrait être inquiété.

On se disait que les morts dormiraient en paix, sans que des tombes ne soient profanées. Mais voilà, les injures et les agressions se sont multipliées. Et ces derniers temps, les Juifs de France ont éprouvé comme un malaise, un sentiment d'abandon. Le texte que nous publions pour ce neuvième numéro des Études du CRIF est d'une grande richesse et d'une grande érudition.

Didier Lapeyronnie connaît bien le sujet et les questions qu'il pose nous interpellent gravement. Y a-t-il généralisation d'un sentiment antisémite dans les quartiers populaires ? Pourquoi certains jeunes, premiers touchés par une discrimination dirigée vers les populations arabes ou d'origine immigrée, sont-ils à l'origine d'incidents et de violences antisémites ? Comment l'antisémitisme s'explique-t-il alors et est-il une revendication d'ordre social et d'intégration ? Se donne-t-il à voir sous plusieurs formes ? Est-il présent dans le vocabulaire et les expressions quotidiennes ? S'exprime-t-il hors de toute idéologie constituée, comme s'il s'inscrivait régulièrement dans le vocabulaire et les expressions quotidiennes ?

Le sociologue pense que l'antisémitisme finit par structurer une représentation du monde dans laquelle il va chercher confirmation et renforcement.

Il ajoute ensuite cette réflexion saisissante : « Les Juifs sont tout, si je suis exclu, les Juifs sont intégrés, si je suis pauvre, ils sont riches, si je suis méconnu, ils sont reconnus, si je suis méchant, ils sont gentils, si je suis dépourvu de communauté, ils en ont une, si je suis impuissant, ils sont puissants... Au fond ils concentrent tout le sens et assèchent toutes les possibilités de donner une signification à la situation vécue. Si « je ne suis nulle part », «les Juifs, il y en a partout et c'est bien le problème !» Il devient donc inutile de chercher à se transformer ou à changer la société, il devient inutile de revendiquer ou d'agir. Il devient inutile de penser.

L'antisémitisme résout tous les problèmes : il suffit d'inverser les polarités. S'ils n'étaient pas « partout », je ne serais pas nulle part.»

Tout comme le racisme, il est évident que l'antisémitisme secoue notre société. Il met bien à mal les valeurs de la République et il est une tâche indélébile et crasse. Mais il est surtout l'affaire de tous. Ce ne sont pas aux seuls Juifs de France de combattre l'antisémitisme, mais à la société entière de combattre les racines du mal.

 

Marc Knobel

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