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Tribune
Publié le 13 Juin 2012

"Pourquoi je démissionne du Prix du roman arabe"

Par Olivier Poivre d'Arvor

 

Depuis sa création en 2008 par le conseil des ambassadeurs arabes en France, je suis membre du Prix du roman arabe dont le but est de«récompenser un ouvrage de haute valeur littéraire décerné à un écrivain d’origine arabe dont le roman a été écrit ou traduit en français». Ce prix a récompensé les œuvres d’Elias Khoury, Gamal Ghitany, Rachid Boudjedra et Hanan el-Cheikh. Pour 2012, notre jury réunissait, sous la présidence d’Hélène Carrère d’Encausse, Hélé Béji, Tahar Ben Jelloun, Pierre Brunel, Paule Constant, Paula Jacques, Christine Jordis, Vénus Khoury-Ghata, Alexandre Najjar, Danièle Sallenave, Elias Sanbar, Josyane Savigneau, Robert Solé et moi-même : nous avons attribué le prix à Boualem Sansal pour Rue Darwin, un texte magnifique paru chez Gallimard.

 

D’Algérie où il vit, le lauréat en a été averti et invité officiellement à la remise du prix le 6 juin à l’Institut du monde arabe par sa directrice générale et l’ambassadeur de Jordanie en France, doyen du conseil des ambassadeurs arabes. Mais, il y a quelques jours, les membres du jury recevaient un étrange message déprogrammant cette cérémonie en «raison des événements actuels dans le monde arabe» et nous proposant le 12 juin une nouvelle réunion en présence de l’ambassadrice de Jordanie et de l’ambassadeur de la Ligue des Etats arabes à Paris. Par un simple mail, Boualem Sansal se trouvait «désinvité».

 

Tout cela cache une vérité sordide. Entre l’attribution et la remise de notre prix, Boualem Sansal s’est rendu en Israël à l’invitation du Festival international des écrivains de Jérusalem. Le Hamas a aussitôt rédigé de Gaza un communiqué assimilant sa présence à un acte de trahison contre les Palestiniens. D’où la réaction du conseil des ambassadeurs arabes, mécène de ce prix. Boualem Sansal est un écrivain de grand talent, salué en 2011 par le Prix de la paix des libraires allemands. Limogé de la fonction publique algérienne pour sa critique du pouvoir en place, censuré dans son pays, notamment pour le Village de l’Allemand, régulièrement menacé et insulté, comme lors de son refus du boycott du salon du Livre de Paris en 2008 où les Israéliens étaient invités d’honneur, il a choisi de rester vivre et écrire en Algérie.

 

Je démissionne donc du Prix du roman arabe qui vient de se singulariser honteusement en revenant sur le vote de ses jurés. J’invite les membres du jury à faire de même et à créer une nouvelle distinction qui honorera l’œuvre de Boualem Sansal, écrivain algérien, homme libre et épris de dialogue.

 

Source : Libération, 10 juin 2012.

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