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Publié le 18 Avril 2012

L’Internet de la haine - Racistes, antisémites, néonazis, intégristes, islamistes, terroristes et homophobes à l’assaut du Web, par Marc Knobel

Berg International Editeurs, En librairie le 2 Mai 2012, 184 pages.

 

Lorsqu’en 2000, j’ai demandé à Marc Knobel de se pencher sur l’antisémitisme et le racisme sur la Toile, le phénomène venait d’apparaitre et était peu connu des décideurs politiques et du grand public. 

Depuis 1989, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) s’était penchée, dans le cadre d’un rapport annuel unique en Europe, sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, plus seulement sur leur ressenti -c'est-à-dire du point de vue des victimes, tel que les médias en rendaient compte- mais également par des évaluations précises dégagées des statistiques de la délinquance, par des observations de terrain des ONG antiracistes et des opinions de la population nationale au travers de sondages.

 

C’est sous le regard d’universitaires, de chercheurs, d’experts –comme Marc Knobel- et bien entendu de « sages » de la CNCDH d’alors, que nous avons pu mettre tous ces éléments de diagnostic en perspective, d’en mieux connaitre les manifestations et la nature et de faire des propositions et recommandations pour éradiquer tous ces phénomènes. Ces travaux originaux de la CNCDH, largement livrés à l’opinion publique, ont permis aux autorités publiques, et particulièrement aux Premiers ministres, de quelque famille politique qu’ils soient, mais aussi aux responsables institutionnels et communautaires, de réagir et de prendre des mesures.

 

S’il est vrai que l’Internet véhicule le meilleur et le pire, qu’on peut y consulter la mémoire universelle, tout autant que les élucubrations d’individus ; qu’il favorise les liens sociaux, tout comme les dérives de « loups solitaires » ; qu’il se nourrit des précieuses libertés d’expression et d’opinion, principes fondamentaux des Droits de l’homme, il n’en demeure pas moins que certaines de ses manifestations devraient être encadrées, sinon  bridées et interdites, dans le cadre de ce que le droit international appelle des « limitations admissibles » , et en droit national, des troubles à l’ordre public. Ces limitations appliquées au racisme, à l’antisémitisme et à la xénophobie sont difficiles à mettre en œuvre, mais pas impossibles. Ce qui a été réussi sur le web en matière de pédophilie peut également être fait pour exclure effectivement toute expression haineuse.

 

Le racisme, l’antisémitisme, le néonazisme ; l’intégrisme et le terrorisme au nom de la religion ; la xénophobie ne sont pas des opinions comme les autres, et encore moins des choix politiques. Pourquoi ? Principalement parce qu’ils violent les Droits de l’homme, parce qu’ils tuent. Ils arment idéologiquement des criminels, aujourd’hui particulièrement à travers le Web.

 

Face à ces phénomènes délétères, il est un réflexe, une instrumentalisation particulièrement condamnable, de la part de ceux qui se sont lancés dans une course à la « victimisation ». Au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ont a ainsi vu, au lendemain des attentats terroristes aux États-Unis, tout comme il y a quelques jours après les assassinats terroristes de Montauban et de Toulouse, crier à « l’islamophobie ». On a même vu certaines résolutions onusiennes condamner la « christianophobie », et la « judéophobie » (au lieu de l’antisémitisme), dans une tentative de banalisation et de relativiste où tout se vaut, au nom d’une prétendue lutte contre un « deux-poids-deux mesures ».

 

Les constats et les études menées par Marc Knobel au cours des dernières années ont le mérite, non seulement de mieux connaitre ces phénomènes nouveaux, car mutants, mais également de constituer des dossiers à charge pouvant convaincre les opérateurs internationaux, les instances onusiennes et les décideurs politiques régionaux et nationaux, de les mettre au banc de l’humanité. Mais, c’est surtout sous les pressions des opinions publiques et la mobilisation militante des citoyens que nous combattrons tous les extrémistes.

 

Ainsi que l’écrit Marc Knobel, « nous savons que l’extrémisme se renforce en particulier lorsque les situations deviennent délétères, lorsqu’il y a un discrédit du politique notamment (…) Il est temps d’affirmer haut et fort que le nécessaire respect de la liberté d’expression se heurte à la non moins nécessaire protection des personnes visées par les menaces et violences racistes ».

 

Puisse un tel ouvrage contribuer à déclarer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, particulièrement sur l’Internet, comme une « grande cause nationale ».

 

Il faut lire, faire lire et largement diffuser cet ouvrage de Marc Knobel !

 

Gérard Fellous