Ce très beau roman d’Ariane Bois est, avant tout, une plongée dans un monde hélas aujourd’hui disparu, celui du milieu judéo-espagnol à Paris avant la Shoah. Venues pour l’essentiel de Turquie, de nombreuses familles juives s’étaient, au fil des années, installées dans le onzième arrondissement. « Quatre petites artères où son cœur battait en paix : la rue Popincourt, la rue Basfroi, la rue de la Roquette, la rue Sedaine. Un quadrilatère blotti près de la place Voltaire. Ce « Petit Istanbul »…ne dormait jamais vraiment avec ses airs d’accordéon, ses crieurs de journaux, ses apostrophes incessantes d’une maison à l’autre. Tout un petit peuple vivait là, composé de chaisiers, de tapissiers, d’ouvriers ébénistes, de polisseurs de glace… ». Sans oublier l’épicerie orientale Abramoff et le bistro où se retrouvaient régulièrement les déracinés de l’Empire ottoman pour déguster un cafiko, le café turc tout en conversant en djudyo et en jouant au pokeriko, le poker judéo-espagnol, à savoir l’incontournable « Bosphore ».