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Publié le 10 Avril 2013

Marrakech-Jérusalem, patries de mon âme, par Shlomo Elbaz - Texte établi par Emmanuelle Main (*)

 

Né en 1921 à Marrakech au Maroc, Shlomo Elbaz est mort à Jérusalem en 2003. Ce sioniste de la première heure, qui vécut au kibboutz Dorot et travailla à l'Agence Juive, ce professeur de littérature française à l'Université Hébraïque, spécialiste de Saint-John Perse, reste surtout dans les mémoires comme le défenseur du petit peuple juif marocain qui ne fut pas toujours accueilli avec beaucoup d'égards en terre d'Israël et comme le chantre d'un rapprochement entre Juifs et Musulmans, entre Israéliens et Palestiniens. 

 

En 1983, il fonda le mouvement « L' Orient pour la Paix ». C'est une excellente initiative qu'ont prise les éditions Avant-Propos de publier un florilège de textes de Shlomo Elbaz dont certains sont inédits. On y trouve, bien sûr, un hymne à la gloire des deux villes qui auront marqué sa vie : Marrakech et Jérusalem, des descriptions saisissantes de personnages de son enfance, telle sa grand-mère, Zahra dite Perla, « Imma léziza »qui, en 1900, fugua vers la Palestine, des poèmes également ainsi que des portraits de personnages connus ou moins connus : Yehuda Amihaï, André Chouraqui, Elias Canetti ou encore Ami Bouganim et une étude sur les Juifs berbères et sur le personnage fascinant de la Kahina. Un parallèle étonnant est établi entre Albert Memmi et Sigmund Freud. Ce que Shlomo Elbaz considère comme une « aventure équivoque », l'installation, par centaines de milliers de Juifs marocains en Israël, est raconté avec humour et avec amour, les « Morocco-Sakin » ( Marocains au couteau) des premières années, accueillis au DDT et rejetés d'une certaine façon par l'establishment ashkénaze, ayant fini, bien après la révolte des « Panthères Noires » de Mousrara en 1971, par être enfin acceptés à part entière dans le pays et imposant même à l'échelon national, l'une de leurs coutumes festives, la « mimouna ». Shlomo Elbaz ne manque pas de nous rappeler qu'en septembre 1997, lors d'une réunion du parti travailliste israélien, Ehud Barak formula une demande de pardon à l'adresse des Juifs séfarades. Partisan d'un rapprochement avec le monde arabe et d'une intégration d'Israël dans l'Orient, Shlomo Elbaz n'en était pas moins lucide, rappelant le statut infamant de la dhimmitude imposé aux Juifs en terre d'Islam ou encore les émeutes d'Oujda et de Djerrada en 1948 où 43 Juifs trouvèrent la mort et où 155 d'entre eux furent blessés. Sans oublier la tragédie de la malheureuse Solica Hatchuel décapitée à Tanger en 1834 pour avoir refusé d'embrasser l'islam et, dans un tout autre registre, l'attitude pro-hitlérienne du mufti de Jérusalem, Hadj Amine El Husseini.

 

Dans l'un de ses derniers articles daté de  2003, Shlomo Elbaz jette un regard critique sur l'attitude de l'Europe à l'égard du conflit israélo-arabe. « Le sentiment dominant ici est qu'on ne peut plus compter sur l'Europe » et il lance, entre espoir et scepticisme : « Ah ! Si seulement l'Europe élargie, doublant ainsi le nombre de ses membres, pouvait atténuer les préjugés, les partis pris et les excès consécutifs à la mobilisation anti-israélienne des immigrants nord-africains et islamistes dont l'action se fait sentir davantage en Europe occidentale (tout particulièrement en France et en Belgique) que dans les pays est-européens récemment affiliés ». On se prend à ce demander ce qu'aurait pensé Shlomo Elbaz des problèmes aigus que connaît de nos jours l'Europe et de l'évolution vers un islamisme de plus en plus radical des pays touchés par le « printemps arabe ».

 

Des photographies nostalgiques illustrent cet ouvrage qui, au-delà des « Mrakchis » qu'il séduira sans aucun doute, intéressera tous les Marocains, Juifs et Arabes et, plus généralement, tous ceux qui sont friands de textes agréablement écrits.

 

Jean-Pierre Allali

 

(*) Éditions Avant-Propos avec le soutien de la Fondation Matanel. Préface de Yéhouda Lancry. 2013. 320 pages. 20,95 euros.

 

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