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Publié le 13 Avril 2010

Foucault : «C'est plus qu'honorifique de savoir que son père s'est bien comporté : On peut tous se poser la question : qu'aurions-nous fait pendant la guerre ?»

Jean-Pierre Foucault était, lundi 12 avril 2010, à Jérusalem pour honorer son père lors d’un hommage aux Justes, ces hommes qui ont sauvé des juifs pendant la guerre. La Fondation France-Israël, créée en 2005 à l’initiative des deux Etats, a organisé ce voyage « Mémoires de Justes » : il s'agissait de rendre hommage aux héros, aujourd'hui disparus pour la plupart, qui ont sauvé des juifs pendant la guerre. Leurs descendants avaient été invites à un hommage à Yad Vashem, le monument aux morts de la Shoah.




Foucault était le parrain du voyage. Son père, Marcel, a été honoré lundi 12 avril pour avoir protégé plusieurs juifs, dont celle qui allait devenir sa femme... La vingtaine de jeunes qui l'accompagne raconte tous l'histoire d'un ancêtre qui a désobéi aux ordres pour mettre quelqu'un à l'abri. L'arrière-grand-tante de Romain, né en 1987, cacha pendant toute l'Occupation une petite fille juive : « Quelque chose dont on est fiers, qui est passé de génération en génération », raconte-t-il. Nicole Guedj, actuelle patronne de la fondation, y a créé une branche jeunesse pour que la transmission continue. La délégation a été reçue au ministère des Affaires étrangères d'Israël, a Jérusalem.



L'animateur a assisté à Jérusalem à la pose d’une plaque au nom de Marcel Foucault, un des 3158 Justes français qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre. Celui-ci tomba amoureux d'une juive polonaise refugiée à Marseille. Tous les deux devinrent les parents de Jean-Pierre...




Le Parisien : Votre autobiographie racontait votre histoire familiale jusqu'à l'assassinat de votre père en Algérie, en 1962. Aujourd'hui, vous allez jusqu'en Israël pour lui rendre hommage...
Jean-Pierre Foucault : Une fois le livre paru, des amis m'ont dit : ce n’est pas normal qu'il n'y ait pas une reconnaissance plus évidente pour ton père qui a sauvé des gens et a été interné par la Gestapo. Je ne savais pas tellement ce que c'était, les Justes... Dans ma famille, on n'en parlait pas. L'Institut Yad Vashem, qui décerne le titre de Juste, a mené une enquête pendant deux ans. Pour moi, pour mes soeurs, pour nos enfants, ca a été quelque chose d'indescriptible. C'est plus qu'honorifique de savoir que son père s'est bien comporté : On peut tous se poser la question : qu'aurions-nous fait pendant la guerre ?



Vous a-t-il transmis ses valeurs ?



Je suis touché par le mensonge et la lâcheté… Cette force que se sentent les gens, cachés derrière l'anonymat. Qu'est-ce que ca devait être pendant la guerre...



Cette histoire vous poursuit-elle ?



Je prépare toujours mes affaires le soir pour le lendemain. Ma mère me disait : Nous aussi, parce que si on était réveillé en pleine nuit, il fallait que tout soit prêt pour partir. Elle venait de Pologne avec un accent yiddish à couper au couteau et mon père lui a fait des faux papiers. Mais comment ca pouvait passer, l'accent ? Elle a passé sa vie à oublier. Sa dernière déconvenue, c'était pour le renouvellement de sa carte d'identité. II fallait qu'elle prouve sa nationalité française, l'administration lui rétorquait qu'elle était née à l'étranger. Elle me disait : Moi qui me suis mariée avec ton père, médaille de la Resistance ? Elle en a été meurtrie.



Par elle, vous êtes juif...



Oui. Pour la religion juive, je suis juif puisque ma mère l’est. Et moi je suis catholique. C’était la volonté de mon père et de ma mère, que nous soyons élevés dans la religion catholique.



Votre père a été assassiné sans motif à Alger. Vous espériez que votre autobiographie appelle des témoignages...



Un monsieur m'a appelé. Son père était ami avec le mien. II lui avait dit: Je suis racketté. II était parti à Alger pour régler un « problème de comptabilité » pour son travail d'import-export et a dû être racketté par des marlous, ne pas céder. Il a pris deux balles dans le dos.



Vous écrirez encore sur votre histoire ?



Peut-être. Robert Louis-Dreyfus (NDLR : l'ex-président de l'OM, décédé en 2009) voulait aller avec moi à Dachau ou Birkenau, mon livre l'avait touché. Le destin en a décidé autrement. Mais j'irai voir les camps. La transmission, c'est essentiel. Il ne faut pas tourner la page, il faut rester très prudent. »



Entretien publié dans le Parisien Lundi 12 avril 2010.



Photo (cérémonie de remise la médaille des Justes à Marcel Foucault) : D.R.