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Publié le 9 Décembre 2011

Syrie: les militants lancent une campagne de désobéissance civile

Les militants pro-démocraties en Syrie ont annoncé jeudi 8 décembre 2011 le lancement d'une campagne de désobéissance civile pour accroître la pression sur le régime de Bachar al-Assad, qui a suscité la consternation en niant toute responsabilité dans la mort de milliers de manifestants.



Les forces du régime ont encore tué jeudi 8 décembre au moins dix civils à Homs (centre), haut lieu de la contestation. Sur leur page Facebook "Syrian révolution 2011", les militants ont demandé aux Syriens de manifester vendredi 9 décembre contre le régime et d'observer dimanche "une grève générale" dans le cadre d'une "campagne de désobéissance civile".



"Nous appelons les employés et les ouvriers dans tous les organismes de l'Etat à l'intérieur et à l'extérieur de la Syrie à faire grève", ont-ils expliqué. "La grève (...) est un pas vers la désobéissance civile (...) pour couper les moyens financiers du régime avec lesquels il tue nos enfants", ont-ils poursuivi.



Dans une rare interview accordée à la chaîne américaine ABC News diffusée mercredi 7 décembre, le président Assad, confronté depuis la mi-mars à une révolte sans précédent, a nié toute responsabilité dans la mort de milliers de manifestants, assurant que seul "un fou" pourrait donner l'ordre de tirer sur son peuple.



Le pouvoir ne reconnaît pas l'ampleur de la contestation populaire et attribue les troubles à des "bandes terroristes armées". Interpellé sur les propos de M. Assad, le porte-parole du département d'Etat américain Mark Toner a jugé "ridicule" qu'il "ose affirmer qu'il n'exerce pas d'autorité dans son pays". "Il y a là soit une coupure (avec la réalité) soit du mépris ou alors, comme il l'a dit, de la folie".



Mme Navi Pillay avait insisté vendredi 2 décembre dernier sur le "besoin urgent" pour la Syrie de "rendre des comptes" pour crimes contre l'humanité. M. Assad a affirmé jeudi 8 décembre que la Syrie, "forte de son peuple et du soutien des peuples amis", "ne modifiera ni ses positions ni ses principes quelles que soient les pressions" exercées sur elle, selon l'agence officielle Sana.



Alors que la diplomatie syrienne a demandé l'annulation pure et simple des sanctions prises le 27 novembre par l'organisation panarabe contre Damas en échange de la signature du protocole arabe destiné à protéger les civils, la délégation ministérielle arabe en charge du dossier se réunira samedi à Doha afin de donner sa réponse.



L'envoi d'observateurs vise à rendre compte des violences sur le terrain et à tenter de mettre fin à la répression qui a fait, selon l'ONU, plus de 4.000 morts depuis le début de la révolte. L'Irak a indiqué de son côté qu'il allait discuter avec son voisin syrien des moyens de "lever tous les obstacles" empêchant la mise en application du plan arabe pour l'arrêt des violences.



Ces dernières ne faiblissent pas: jeudi 8 décembre, au moins dix civils ont encore péri à Homs sous les tirs des forces du régime, de francs-tireurs ou dans des attaques à l'artillerie, a indiqué l'OSDH, basé au Royaume-Uni. Huit autres civils ont été blessés par les agents de sécurité qui "ont tiré aveuglément sur les habitants à Houla", dans la province de Homs, selon la même source. Dans le gouvernorat d'Idleb (nord-ouest), un enfant de dix ans a été blessé lorsque les forces de sécurité ont tiré devant une boulangerie à Maaret al-Noman, où a eu lieu une manifestation d'étudiants appelant au départ du président Assad. Des affrontements se sont également déroulés à l'aube à Douma près de Damas entre déserteurs et forces de sécurité, a précisé l'OSDH.



Par ailleurs, une explosion a eu lieu jeudi 8 décembre sur un oléoduc à l'ouest de Homs. Sana a accusé "un groupe terroriste armé" d'avoir mené "une opération de sabotage", alors que les LCC ont accusé les forces militaires syriennes d'avoir "bombardé l'oléoduc avec un char". C'est le troisième incident visant des infrastructures d'acheminement d'hydrocarbures depuis mars.



A Paris, le caricaturiste syrien Ali Ferzat a été désigné un des lauréats 2011 du Prix de la liberté de la presse, attribué conjointement mercredi soir par le quotidien français Le Monde et Reporters sans frontières (RSF), qui a souligné que "ses dessins point(aient) du doigt les dérives d'un pouvoir aux abois et encourag(eaient) les Syriens à revendiquer leur droit à s'exprimer librement".



Pour sa part, l'opposant historique syrien Riad Turk a appelé le Hezbollah et l'Iran, derniers appuis de Damas dans la région, à cesser de soutenir le régime Assad dont il a estimé la chute inéluctable.



Photo : D.R.



Source : Le Point