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Publié le 29 Janvier 2020

Amis du Crif - We Remember: Elie Buzyn et Michel Cymes pour la mémoire de la Shoah

Lundi 20 janvier, les Amis du Crif ont reçu Elie Buzyn et Michel Cymes pour une conférence-débat exceptionnelle animée par le journaliste Patrice Romedenne. Dans le cadre du 75ème anniversaire de la libération d’Auschwitz-Birkenau, nos deux invités ont évoqué leurs parcours et ont insisté sur l’importance du devoir de mémoire.

Lundi 20 janvier, pour ce nouveau rendez-vous des Amis du Crif, vous avez été très nombreux à venir rencontrer et écouter Michel Cymes et Elie Buzyn.

Cette conférence a réuni deux fortes personnalités autour du thème de la mémoire de la Shoah : Michel Cymes, médecin et l’une des personnalités préférées des français, et Elie Buzyn, survivant d’Auschwitz-Birkenau devenu médecin.

Dans un premier temps, Michel Cymes est revenu sur la façon dont la Shoah était abordée pendant son enfance. Michel Cymes, petit-fils de déporté, confiait ainsi que « ce n’était pas un sujet abordé à la maison ».

Elie Buzyn, quant à lui, expliqua que pendant une très longue période après la guerre, les rescapés désiraient surtout retourner à la vie la plus normale possible, et ce n’était pas compatible avec le fait de parler de la déportation et de ceux qu’ils avaient perdus. Lui-même, à l’origine, ne voulait regarder que devant lui. Il lui a fallu plus d’un demi-siècle pour changer d’avis et penser qu’il était enfin temps de raconter. Le dialogue s’est développé et libéré une génération plus tard, avec leurs petits-enfants.

Questionné par le journaliste Patrice Romedenne, nos deux invités ont respectivement expliqué comment la Shoah a marqué leurs vies et influé sur leurs parcours professionnels.

De façon inédite, Elie Buzyn a abordé comment son vécu pendant la Shoah a déterminé le reste de sa vie et notamment influencé sa décision de devenir chirurgien orthopédiste. En effet, dans le camp d’Auschwitz-Birkenau, Elie Buzyn est tombé gravement malade. Il avait le typhus mais également de graves problèmes aux pieds, gelés par le froid. C’est grâce à un homme de son baraquement, qui lui conseilla de plonger ses pieds dans un seau d’eau glacé quelques secondes avant de rapidement les plonger dans un autre seau rempli d’eau brulante, qu’il put s’en sortir. « Dans les camps, nos survies ont toujours été liées à un hasard, à une parole, à un petit moment ».

Michel Cymes, dont les deux grands-pères ont été déportés, a étudié les expériences médicales des nazis dans les camps et publié un livre sur ce sujet : “ Hippocrate aux enfers”.

C’est lors d’un voyage à Auschwitz, seul et de sa propre initiative, qu’il s’est retrouvé devant le block où des médecins nazis faisaient des expériences sur des cobayes juifs. Cette visite l’a profondément bouleversée, notamment en tant que médecin, et lui a donné envie d’écrire ce livre.

Il savait que ce serait difficile, que ce serait une épreuve de se plonger dans l’horreur des expérimentations médicales nazies, d’autant plus qu’elles étaient pratiquées sur des êtres humains. Mais il ne cessait de se poser cette même question :

« Comment des médecins, qui ont choisi de faire ce métier pour sauver des gens ont-ils pu basculer et conduire des gens à la mort ? Ils avaient face à eux des êtres humains qu’ils s’étaient engagé à aider et ont sombré dans l’horreur ».

Elie Buzyn, qui est tombé malade pendant sa déportation, ajouta que dans les hôpitaux à Auschwitz les médecins nazis n’exerçaient pas dans les blocks où les patients déportés étaient contagieux et infectieux par peur d’être contaminés. Lorsqu’il attrapa le typhus, il eut donc la chance d’être soigné par un médecin témoin de Jehova. Car dans les autres « hôpitaux », ceux où les médecins nazis exerçaient, le taux de mortalité s’élevait à 90%. Ces derniers n’apportaient aucuns soins mais faisaient des expériences sur les déportés.

Aujourd’hui, 75 ans après la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, qu’en est-il ?

Pour Michel Cymes, dont les grands-pères ont été déporté il y a 75 ans par la police française, et qui est aujourd’hui devenu un des 10 français préférés des français, l’ironie est troublante.

Mais la France est son pays de cœur.

Par ailleurs, les études et les lectures pour ce livre ont été assez éprouvantes, mais la concrétisation de ce projet fut un vrai succès. Le livre s’est vendu à 150 000 exemplaires. « Je suis très fier que ce livre soit aujourd'hui donné à étudier aux élèves de médecine ». Pour Michel Cymes, c’était important de montrer que la médecine peut être dévoyée, peut engendrer des monstres. C’était à la fois une mise en garde : en tant que médecin on a une responsabilité, la notion d’éthique est essentielle, et une façon d’apporter sa pierre à l’édifice de la mémoire des victimes.

Elie Buzyn quant à lui, est devenu un des porte-parole de la mémoire de la Shoah. Inlassablement il témoigne auprès des jeunes, se rend à Auschwitz-Birkenau au moins une fois par an. Pour le petit garçon qui a fêté sa Bar-mitsva dans le ghetto de Lodz avec ses parents et sa sœur, le passé est toujours présent. Aujourd’hui, il témoigne pour la mémoire de sa famille, de ses parents et de sa sœur, qui sont morts à Auschwitz-Birkenau et pour que le monde sache.

Il est confiant pour l’avenir, « il a de très bon retour des jeunes » qu’il rencontre.  

 

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