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Publié le 3 Décembre 2019

Commissions du Crif - La Commission du Souvenir a reçu l'historien Jacques Semelin

« Je suis porteur de l’histoire des morts », dit-il d’emblée « mais aussi de celle de ceux qui ont échappé à la déportation ». La Commission du Souvenir du Crif a reçu le 12 novembre dernier l’historien Jacques Semelin, directeur de recherche émérite au CNRS et professeur à Sciences Po.

Auteur de nombreux ouvrages, Jacques Semelin est venu présenter sa dernière étude « La survie des Juifs en France. 1940-1944 » éditée au CNRS.

Cet ouvrage se penche sur ce que l’auteur nomme « l’énigme des 75% » : Comment et pourquoi 75% des Juifs de France ont échappé à la déportation malgré un régime collaborationniste particulièrement zélé.

S’il estime que 7 à 10 000 juifs ont été sauvés par des organisations juives, Jacques Semelin souligne une autre réalité : les Juifs de France ont été les acteurs de leur propre survie, en d’autres termes, ils se sont sauvés eux-mêmes. Du sauvetage à la survie tel est le cœur de l’étude de l’historien.

Le sauvetage implique des actions ; la survie dépend d’autres facteurs autrement plus aléatoires dont l’environnement immédiat : la géographie, le voisinage, la culture, la réactivité sociale, les rencontres. L’humain est au cœur du propos et Jacques Semelin catégorise quatre personnages clés dans le processus de survie : l’ange gardien, l’hôte, le faussaire et le passeur. Passer entre les gouttes était-il plus facile en France que dans le reste de l’Europe occupée ? Il semble que oui, nonobstant « le gigantesque filet administratif et policier abattu sur les Juifs de France » (Serge Klarsfeld) car l’acharnement à exclure et à pourchasser les Juifs aurait eu à partir de 1942 l’effet inverse : la population française serait devenue progressivement hostile aux mesures anti juives tout en restant souvent réceptive à l’antisémitisme. Cela pourrait paraître paradoxale mais lors des rafles de l’été 42 la vision de femmes, d’enfants et de vieillards en route pour une déportation probablement sans retour a choqué une partie de l’opinion publique française. Ce sont parfois de petits gestes qui furent salvateurs : un regard appuyé, une porte ouverte, un signe depuis la fenêtre, un policier qui ne sonne qu’une fois.

Alors, oui, c’est certain, ce ne fut pas le cas de tous les Français, certains s’en réjouirent, d’autres n’y prêtèrent pas la moindre attention mais la France n’était ni la Pologne, ni l’Ukraine. La culture républicaine, l’esprit patriotique l’emportèrent : aider les Juifs c’était affaiblir les Allemands en agissant contre leurs intérêts.

En histoire, il n’y a pas de miracle ; tout s’explique. Et l’ouvrage de Jacques Semelin est salutaire sur ce point car il passe au cribles le faisceau de raisons qui ont rendu la survie des Juifs de France possible.

Aujourd’hui, c’est en France que vit la plus grande communauté juive d’Europe.

Stéphanie Dassa

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