Actualités
|
Publié le 26 Juillet 2018

#Crif - Ce bel été 2014

Il n’a pas fait forcément beau, ni chaud ces mois de juillet et d’août 2014, tout au moins dans le nord de la France. Mais, cet été 2014 a dénoté singulièrement dans le domaine brûlant… de l’antisémitisme.

Photo :  Rassemblement à l'été 2014, Paris. Crédits photo : PHILIPPE WOJAZER/REUTERS

Par Marc Knobel, Directeur des Etudes au Crif

Petit à petit, comme chaque année, les commerces ont fermé et de moins en moins d’usagers ont emprunté les trains et les métros. Après une année chargée et difficile où il fut question de récession économique, des scores alarmants du Front national aux élections européennes et du chômage, beaucoup rêvaient d’un ailleurs, d’un ciel bleu, de soleil et de plage. Mais, cet été 2014 a dénoté singulièrement dans le domaine brûlant… de l’antisémitisme. 

Pourtant, à chaque fois que le Moyen-Orient s’embrase, on croit revivre dans les grandes capitales européennes le même scénario. Au mois de juillet et au mois d’août 2014, une offensive israélienne a lieu dans la bande de Gaza, après des centaines de roquettes tirées par le Hamas. Cette offensive provoque une vague d'indignation. Des manifestations pro-palestiniennes sont alors organisées dans toutes les grandes villes en soutien à la population de la bande de Gaza et elles se déroulent dans un calme relatif. Mais, en raison de violences sur des biens et des personnes, certaines manifestations pro-palestiniennes en France sont interdites. Leurs organisateurs préfèrent les maintenir en appelant les manifestants au calme.

Au calme ? En cet été 2014, beaucoup ont été surpris par la fréquence des manifestations pro palestinienne et par la radicalité qui s’y est quelquefois dégagée. Retour sur un été brûlant.

Dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 juillet 2014, un cocktail Molotov a été lancé contre la synagogue d’Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, causant de légers dégâts. Le lendemain, dans le 11e arrondissement de Paris, rue de la Roquette, une centaine de jeunes, portant pour beaucoup les couleurs du Hamas ou le drapeau palestinien, ont tenté d’attaquer la synagogue qui se trouve dans cette rue, mais ont été repoussés par les CRS présents sur place.

Le samedi 19 juillet 2014 s’est tenue à Paris la manifestation « en soutien au peuple palestinien », bravant l’interdiction préfectorale. Elle avait pourtant débuté dans le calme, mais elle a dégénéré en scènes d'émeutes. Plus d'une quarantaine de personnes ont été interpellées, 17 policiers et gendarmes ont été blessés. Les boulevards autour de Barbès étaient recouverts de bris de glace, entre abribus et cabines téléphoniques détruites et deux camionnettes étaient calcinées au milieu de la chaussée, ainsi que des poubelles. La chaussée était également jonchée de plaques de bitumes arrachées. «Une scène de guerre», commente un piéton.

20 juillet 2014 : nouveau rassemblement pro-palestinien. Il a lieu cette fois à Sarcelles, malgré une interdiction préfectorale. Il est suivi de violences, dirigées en partie contre les juifs, mettant à sac des commerces, dont une épicerie casher. Des manifestants ont incendié voitures et poubelles et affronté pendant de longues heures les CRS. L’Obs du 20 juillet 2014 raconte : Plus loin, l'accès à la synagogue de Sarcelles était entièrement bouclé, des cars de CRS barrant l'avenue. Devant son entrée, une trentaine de jeunes y étaient armés de matraques et barres de fer, l'un d'entre eux agitant un drapeau israélien. L'ambiance s'est tendue dans ce quartier, avec des attroupements et de nombreuses personnes aux fenêtres. Quelques dizaines de manifestants ont crié "Israël assassin !" près du barrage policier sur l'avenue.

Le Point du 28 juillet 2014 raconte la scène suivante. Peu avant 15 heures, entre quatre mille et cinq mille manifestants ont envahi la place de la République. Les vendeurs de keffiehs tentent de les appâter en vantant les vertus de ce bout de tissu contre les gaz lacrymogènes. Une dizaine d'aventuriers se lancent à l'assaut du monument place de la République sur lequel trône l'imposante statue de Marianne. Une fois suffisamment en hauteur, ils allument les premiers fumigènes aux couleurs de la Palestine. Réaction immédiate, le dispositif policier se renforce. Un drapeau israélien est brûlé. Quelques « Allah Akbar » résonnent. « Quelle bande de cons ! » lâche un militant du Front de gauche à son camarade. Un attroupement se forme autour des membres de la Gaza Firm. Leur leader réclame le silence. « Palestine, Palestine, Palestine ! » hurle-t-il en entrecoupant chaque mot d'une série de claquements de mains. S'ensuit le slogan présenté comme "le plus important" : « La LDJ, c'est des salopes ! » Un mot d'ordre qui semble faire l'unanimité.

Les discours appelant à la paix entre Israël et la Palestine se succèdent lors d'une tribune improvisée par les organisateurs, constate Le Point. Ce qui n'empêche pas certains de mettre le feu à un nouveau drapeau israélien, tandis que d'autres brandissent celui du Hamas. Une rumeur se propage. La LDJ serait présente. Protégée par les forces de l'ordre, elle jetterait des pierres sur les manifestants, poursuit Le Point. Il n'en faut pas plus pour voir un attroupement massif se diriger vers un cordon de gendarmes mobiles. Les premiers projectiles sont lancés. Le service d'ordre tente aussitôt de faire redescendre la pression. Les bouteilles continuent à voler dans tous les sens. « Dernière sommation, on va faire usage de la force », avertit un officier.

Nouveau mouvement de foule. Un abribus est dégradé. Les morceaux de verre sont ramassés et jetés en direction des forces de l'ordre. Première salve de grenades lacrymogènes. « Ce sont des gamins », s'étonne une femme qui s’adresse au journaliste du Point, en les observant se protéger des effets du gaz. Des journalistes sont pris pour cibles, constate Le Point : les casseurs tentent de leur arracher leurs appareils photo. Des manifestants s'interposent tant bien que mal. À l'autre bout de la place, les propalestiniens continuent malgré tout à s'exprimer dans le calme

Au même moment, l'ex-candidat NPA à la présidentielle a bravé l'interdiction prise par le ministère de l'Intérieur. Il n'est pas le seul. En ce début d'après-midi, les propalestiniens affluent place de la République, dans le 11e arrondissement de Paris. « À chaque fois que les manifestations ont été autorisées, ça s'est toujours bien passé », affirme Olivier Besancenot. Vraiment ?

Prenons là encore quelques exemples.

Samedi 26 juillet, sur la place de la République, à Paris, ils étaient environ 5 000 à exprimer leur soutien aux Palestiniens de la bande de Gaza. Casseurs, militants politiques ou simples citoyens de passage, le cortège était constitué de groupes très diversifiés. Mais, le rassemblement a dégénéré, avec des heurts limités, de moindre ampleur que ceux de Barbès le samedi précédent. La police a quand même procédé à 70 interpellations. Trois personnes ont été condamnées à deux mois de prison ferme et un responsable du NPA se retrouve convoqué devant la justice pour l'organisation des manifestations de Barbès et de République (1).

Cette fois, c’est au tour de France info de raconter la scène suivante : Place de la République, une fois le calme revenu vers 17 heures 30, une cinquantaine de fidèles se sont tournés vers la Mecque pour procéder à une prière. Les observateurs ont également noté la présence d'un étendard noir aux inscriptions islamiques et d'une femme portant un voile intégral. Enfin lors des affrontements, plusieurs jeunes ont mené la charge au cri de "Allah Akbar". Tous les manifestants qui portent l'islam au cœur de leur engagement pour la cause pro-palestinienne ne sont pas radicaux, mais certains se distinguent par leur slogan ou leur attitude. Parmi eux, les membres du collectif du Cheikh Yassine, une organisation islamique française qui se revendique proche du Hamas, précise la radio. Interrogé par francetv info, Youssef Boussoumah du Parti des indigènes de la République reconnaît qu'une dimension religieuse est présente dans le rassemblement, mais il tient à relativiser le phénomène : « Il s'agit d'une ou deux associations liées à l'islam, la prière s'inscrit dans un contexte de fin de ramadan, quant aux 'Allah Akbar', c'est devenu une sorte d'expression qui ne porte plus nécessairement de connotation religieuse » (2).

Le MEMRI rapporte dans une dépêche publiée le 19 août 2014 (3) que Génération Palestine avait postée plusieurs vidéos de la manifestation du 9 août 2014 sur sa page Facebook. Y figurent des appels à soutenir le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), trois organisations figurant sur une liste du Journal officiel de l’Union européenne de 2014 énumérant les personnes, groupes et entités visés dans le cadre de la lutte contre le terrorisme (4).

L’une des vidéos montre l’un des organisateurs, muni d’un micro, qui exhorte la foule depuis l’arrière d’un camion. Le MEMRI donne la transcription de ses appels et les réponses de la foule :

« -Est-ce que vous êtes pour la résistance palestinienne ?

-Oui!

-Est-ce que vous êtes pour le Hamas ?

-Oui !

-Est-ce que vous êtes pour le djihad ?

-Oui !

-Est-ce que vous êtes pour Al-Jabhah al-Sha`biyyah [le Front populaire de libération de la Palestine] ?

-Oui ! »

Dans un second enregistrement vidéo, on peut entendre un chant en arabe à la gloire de la branche armée du Jihad islamique palestinien : les brigades Al-Quds, précise le MEMRI.

Dans une autre manif, Il y eut cet homme (curieusement) habillé en militaire avec ce qui semblait vraiment être une Kalachnikov. Il faisait le tour d’enfants et faisait semblant de tirer sur eux. Il est parti assez vite et est remonté dans un camion qui abritait la sono. Tout autour de lui,  des personnes hurlaient de manière décomplexée et agressive leur soutien au Hamas et appelaient à la « résistance armée ». Là, un cameraman fut hué par des manifestants, il fut obligé d'être exfiltré par la police. Ici ou là, on entendit retentir ces quelques cris : « Les médias français sont les porte-parole des fascistes israéliens », « il faut désioniser les médias ».

Le 2 août, 49 personnes ont été interpellées, à la sortie du métro Saint-Paul. Elles avaient pris le métro depuis les Invalides pour se rendre rue des Rosiers, au cœur du quartier juif du Marais, selon une source policière (5).

Finalement, des milliers et des milliers de manifestants ont arpenté ainsi les rues de Paris et des grandes capitales européennes, la plupart du temps dans le calme. Mais il y eut des débordements et des violences intolérables.  D’où la question posée par l’écrivain et comédien britannique Pat Condell: « Où étiez-vous, ô humanistes progressistes, lorsqu’Assad massacrait des milliers de gens en Syrie, ou Bashir au Soudan? Où étaient les grandes manifestations outrées pour ces gens ou pour les victimes des massacres au Nigéria? Ou pour les milliers de tués en Irak? »
 

Il n’a pas fait forcément beau, ni chaud ces mois de juillet et d’août 2014, tout au moins dans le nord de la France, avec un ciel désespérément gris, bas, menaçant.

Vivement la rentrée.

Notes :

1. Voir à ce sujet France Info, « Qui sont les participants aux manifestations pro-palestiniennes interdites ? », 1er août 2014. Voir aussi Le Point, « Manifestation pro-palestinienne : des voyous provoquent la République », 28 juillet 2014.

2. Idem

3. http://memri.fr/2014/08/19/appels-a-soutenir-des-organisations-terroristes-dans-une-manifestation-de-soutien-a-gaza-lettre-attribuee-au-jihad-islamique-sur-la-page-facebook-de-generation-palestine/

4. http://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:32014R0790&qid=1408444560571

5. https://www.francetvinfo.fr/societe/manifestations-propalestiniennes-en-france/direct-manifestation-pro-palestinienne-a-paris_661737.html

Nos réseaux sociaux en direct

Votre demande a bien été prise en compte.
Nous vous remercions de votre intérêt.