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Publié le 21 Septembre 2018

Crif - Entretien avec Gil Taieb, co-auteur du rapport gouvernemental sur la haine sur Internet

Gil Taieb, co-auteur du rapport gouvernemental sur la haine sur Internet : "La majorité des recommandations du rapport sera reprise dans une proposition de loi qui verra le jour en 2019."

Photo : de gauche à droite : Gil Taieb, vice-Président du Crif, Mounir Mahjoubi, Secrétaire d'Etat chargé du numérique, Edouard Philippe, Premier Ministre, Laetitia Avia, Députée LREM, et Karim Amellal, écrivain et enseignant à Science-Po Paris

Le Crif - Gil Taieb, vous venez - avec Karim Amellal et Laetita Avia - de remettre votre rapport* sur le racisme et l'antisémitisme sur Internet au Premier Ministre. Comment se sont passés les mois de réflexion pour aboutir à ce rapport ? Quelle a été votre méthode de travail ?

Gil Taieb - La mission que le Gouvernement nous a confié avait des termes bien précis et une feuille de route très claire. Nous avons eu quatre mois et demi pour répondre à la commande du Gouvernement faite lors du discours du Président de la République au dernier Dîner du Crif. 

Au cours de ces mois de travail, nous avons d'abord interrogé 200 personnes actrices du numérique pour obtenir un état des lieux complet.

Notre cheminement a ensuite simplement été celui d'un internaute. Nous avons par exemple voulu savoir quelle était la démarche à suivre pour effectuer un signalement de contenu sur un site Internet. Nous nous sommes heurtés à deux difficultés principales. La première était d'ordre technique : il n'est pas évident de suivre les méandres des pages Internet pour signaler un contenu. En tant qu'internaute, on a rapidement envie de laisser tomber. C'est pourquoi nous avons proposé un certain nombre de recommandations sur la facilitation du système de signalements en ligne. Nous avons notamment proposé la mise en place d'un logo unique et reconnaissable ainsi que d'un accusé de récéption envoyé à l'internaute après son signalement. 

La seconde difficulté a été de trouver comment obliger les plateformes à s'intéresser de plus près au problème des signalements et à les prendre en compte. Nous avons ainsi proposé une recommandation de responsabilisation de ces plateformes. Cette responsabilisation passe par une obligation de supprimer un contenu signalé dans un délai de 24h. En cas de non respect de ce délai, l'amende est fixée à 37 millions d'euros. Cette proposition s'inspire du modèle allemand récemment mis en place et qui déjà fait ses preuves.

Au cours de ces mois de travail, nous avons aussi découvert l'existence de "contenus gris". Il s'agit de contenus potentiellement racistes ou antisémites, mais pas suffisamment clairs pour être identifiés comme tel. Notre recommandation suggère de les retirer de manière systèmatique, de les placer "en quarantaine", et de les faire évaluer par une commission dédiée.

Le Crif - Comment avez-vous travaillé sur le sujet délicat de l'antisionisme et de la haine d'Israël sur Internet ?

Gil Taieb - En tant que vice-Président du Crif, mon rôle a bien-sûr été de prendre en compte l'antisionisme comme une nouvelle forme de l'antisémitisme. Ce sont d'ailleurs les propos du Premier Ministre et du Président de la République. Cependant, il y a une certaine réticence quand on en vient à parler de ce sujet. Je vous avoue que le travail est délicat. C'est un véritable combat et il reste encore beaucoup à faire.

Dès l'introduction du rapport, j'ai demandé que figure clairement le besoin de redéfinir le racisme et l'antisémitisme. Cette redéfiniton doit évidemment prendre en compte la haine d'Israël. Dans cette introduction, je propose notamment que la définition de l'antisémitisme reprenne la résolution adoptée le 1er juin 2017 par le Parlement européen, basée sur la définition de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, une définition qui inclue la haine d'Israël.

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Le Crif - Le rapport a été remis hier au Premier Ministre. Quelle est la prochaine étape ?

Gil Taieb - Le rapport a été très bien reçu par l'ensemble du monde associatif concerné, et par le Premier Ministre et le Secrétaire d'Etat au numérique.

Les 20 recommandations ont été conçues pour devenir des propositions de lois. Elles sont en ce moment même analysées et étudiées par les Ministères impliqués afin d'être transformées. La majorité des recommandations sera reprise dans une proposition de loi qui verra le jour en 2019.

*Téléchargez et découvrez le rapport gouvernemental sur le racisme et l’antisémitisme sur Internet au bas de cet article

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