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Publié le 25 Février 2020

Crif - Les leçons du carnaval d’Alost en Belgique

Un an après la polémique sur les chars du carnaval d’Alost, en Belgique, ce qui lui avait valu d’être rayé du patrimoine immatériel de l’Unesco en 2019, En 2020, l’antisémitisme continue de parader tranquillement dans la ville.

Par Marc Knobel, Historien, Directeur des Etudes au Crif

"Laissez Alost être Alost", avait prévenu dans la matinée le maire de la cité, l'élu nationaliste flamand (N-VA) Christoph D'Haese, pointant du doigt des critiques "disproportionnées." Par ces quelques mots, le bourgmestre d’extrême-droite encourageait donc les participants à ce carnaval à persister. Les marionnettes au nez crochu, sont revenues.

Le président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme (LBCA), présent dimanche au carnaval d'Alost, s'est dit très déçu par cette édition 2020, informe l’Echo, du 23 février 2020. « J'ai vu des nez crochus, et le Mur des Lamentations représenté comme construit avec des lingots d'or, le tout accompagné d'une parodie du morceau 'Hey Jude' des Beatles. C'est une véritable débauche antisémite, c'est ce que je redoutais, même si j'avais un petit espoir pour cette édition », ajoute le président de la LBCA.  « C'est une honte que l'on laisse faire ça dans notre pays au nom de la liberté d'expression. Il y a des limites. Et puis, c'est aussi un véritable gâchis car il y a des enfants, c'est une fête familiale et populaire sur laquelle travaillent bon nombre de personnes pendant un an et ces chars problématiques ne constituent que 5% de l'ensemble du cortège, mais c'est ce que l'on retient. »

Les préjugés sont toujours ancrés sur les Juifs et le carnaval d’Alost ne fait qu’illustrer la récurrence de ces accusations moyenâgeuses. Elles sont si ancrées dans les mentalités et la psyché, que de nombreux carnavaliers ne verront même pas le mal. De telles représentations fantasmées et grandguignolesques ne choquent pas, elles amusent. Les gens pensent sûrement qu’il ne s’agit que d’une bonne (et non d’une mauvaise) blague, d’une plaisanterie. Et, les stéréotypes ainsi représentés, formulés, détaillés et amplifiés (le juif et l’argent, des caractéristiques et des traits physiques repoussants attribués aux Juifs) redoublent d’intensité lorsqu’ils et parce qu’ils se renforcent collectivement.

La représentation schématique et globalisante en un même lieu (la ville d’Alost) est partagée alors par presque tout le monde. On y ajoute le côté festif, pour légitimer sa fonction et sa représentation symbolique.

Les stéréotypes ainsi formulés deviennent le lieu commun, l’énoncé commun. Ils prennent là une dimension sociale et collective qui renforce, donne corps, fait corps. Le stéréotype se dissémine ainsi plus rapidement.

Il traverse la ville, à la vue de toutes, de tous, la catégorisation est partagée par toutes, tous, cette catégorisation déambule simplement dans la ville, pour faire son œuvre.

Et, loin de contribuer à sa neutralisation, nous pensons que cette déambulation renforce les clichés existants.

A cela s’ajoute les provocations habituelles. Que des carnavaliers se déguisent en officier de la S.S. en dit long sur l’obsession morbide, le goût de la détabouisation, en somme comme s’il était autorisé en 2020, de rire de tout.

Dans ces conditions, comment lutter ? 

Comment faire comprendre les soubassements idéologiques/politiques/cognitifs derrière les motivations sous-jacentes ? Comment déconstruire les préjugés et les stéréotypes, afin de faire comprendre qu’ils ne sont pas/ne doivent jamais être la norme, mais qu’ils participent bel et bien de l’outrance et de l’outrage. Dans les écoles, avons-nous perdu à ce point le sens des choses et le souci de déconstruire les stéréotypes, pour que personne à Alost (ou presque) ne s’effraie de ces méchantes pitreries ?

 

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