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Publié le 13 Mars 2019

Crif / Opinion - Résurgence d'actes anti-chrétiens : décryptage de ce phénomène – entretien avec Louis Marie Coudray

Depuis ce début d'année, de nombreux actes de profanation ont eu lieu dans les églises. Nous nous sommes entretenus avec Louis Marie Coudray, directeur national du service des relations avec le judaïsme, qui par ailleurs a été bénédictin pendant trente-cinq ans en Israël, au monastère d'Abu Gosh.

La première chose qu'il tient à rappeler, est que même si l'on fait état de récentes profanations graves, le phénomène est loin d'être nouveau… et il ne faut pas tout mélanger. En effet, en 2018, 1063 actes contre des lieux chrétiens ont été recensés (soit trois par jour). Parmi ces actes, il faut différencier les actes de pur vandalisme (les églises sont volées pour les quelques objets de valeur s'y trouvant), et les actes de profanation (les lieux chrétiens sont attaqués parce que chrétiens, et l'on s'en prend aux symboles, que l'on saccage).

Depuis toujours, les églises sont la cible de vandales en tous genres : satanistes, "anti chrétiens", criminels… les églises ont d'ailleurs un rite dédié, qui permet de redonner sa consécration à un lieu : la liturgie explique comment "réparer" un lieu qui a été souillé. Il y a eu d'ailleurs récemment des messes de réparation organisées, notamment à Nîmes et à Dijon.

1063 actes l'an dernier, le chiffre est impressionnant. Pourquoi n'entend-on pas plus parler ? Louis Marie Coudray a plusieurs explications possibles à ce silence. Est-ce de la pudibonderie ? Est-ce le fait que le pardon arrive un peu vite ? Est-ce que le "sujet" n'intéresse que peu l'opinion du fait de l'impopularité de l'Eglise ? En tous cas, force est de constater que ce n'est que suite à l'enchaînement d'événements récents et graves que les médias et l'opinion publiques se penchent sur le phénomène. Il nous rappelle d'ailleurs que l'une des différences entre le pardon  catholique et le pardon dans le judaïsme, est que dans le judaïsme, il n'y a pas de pardon sans justice. Ce qui fait toute la différence dans le traitement de ces actes.

Les actes de vandalisme et les profanations d'églises ont beau avoir toujours existé, Louis Marie Coudray constate que le climat ambiant aggrave la situation. On s'attaque aux symboles, que ce soit les symboles religieux, ou les symboles de la République. Pour lui, ce qui s'est passé à l'Arc de Triomphe début décembre est pour lui équivalent à une profanation des symboles de la République.

Ce qu'en pense la communauté chrétienne ? "Il y a un sentiment de grande tristesse et de rejet –dit-il,  Il y a une perte du sens du respect des symboles, et du coup de la communauté. Cela veut dire que plus rien ne tient sur la société: le "vivre ensemble" est basé sur un consensus de valeurs et de symboles qui définissent notre société. Et aujourd'hui, il existe une "bulle anarchique", qui ne respecte ni les codes, ni les valeurs. Un peu comme si l'on supprimait le code de la route".

Il nous rappelle aussi que les lieux de cultes sont toujours protégés, notamment lors des grandes fêtes. Que ce soit par les forces de l'ordre, ou des fidèles, qui permettent à l'Eglise d'assurer sa propre sécurité.

Comment peut-on aider la communauté chrétienne à traverser ces épreuves ? En affichant noter solidarité avec eux, également sur le terrain. En ne laissant pas tomber ces actes dans l'oubli, en les dénonçant.

Selon lui, l'Eglise a toujours une image de puissance, et défend des valeurs qui ne sont pas toujours dans l'air du temps". Ceci expliquerait en partie pourquoi peu s'élèvent lorsqu'elle est attaquée. A nous de montrer notre solidarité auprès de la communauté chrétienne, sur les réseaux et sur le terrain.

 

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