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Publié le 20 Novembre 2020

Crif/Solidarité - Covid-19 : Confinés, mais jamais seuls

Il y a quelques semaines, le gouvernement a annoncé une nouvelle période de confinement sur l'ensemble du territoire français. Un confinement parfois difficile à vivre pour les plus isolés. Des dizaines d'initiatives existent pour vous permettre de vous sentir moins seul face aux peurs et angoisses suscitées par la situation exceptionnelle que nous vivons depuis des mois. Parmi elles, une cellule psychologique de la communauté juive mise en place en avril dernier, lors du premier confinement.

En avril dernier, pour répondre aux peurs et angoisses suscitées par la situation exceptionnelle que nous vivons, le pôle psychologique de la Cellule de Crise de la Communauté juive (composée de l'ensemble des institutions juives) a mis en place la plateforme PôlePsy. Deux numéros découte ont été ouverts, l'un à destination des professionnels de santé, l'autre du grand public.

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Nous avions interrogé Eric Ghozlan, Docteur en Psychologie et Directeur du Pôle enfance de l’OSE (Oeuvre de Secours aux Enfants) au sujet de cette initiative essentielle.

Le Crif - Eric Ghozlan, de quel constat êtes-vous parti pour proposer la mise en place de cette plateforme d'écoute pendant la crise que nous traversons ?

Eric Ghozlan - Cette plateforme est une nouvelle modalité d’action du pôle psychologique de la Cellule de Crise communautaire qui réunit l’ensemble des associations et institutions juives. Cette cellule est activée en situation de crise majeure comme ça a été le cas en 2015 lors de l’attentat contre l’Hyper Cacher.

Le besoin de soutien psychologique dans cette crise du coronavirus est diffus et généralisé du fait du confinement. Les dispositifs de soins en présentiels sont pour beaucoup fermés. Pour la première fois, les familles sont confinées pour une durée prolongée sans ressources extérieures. Tout le réseau social de proximité et d’appui devient de fait quasi inopérant, il faut donc trouver des moyens de renouer du lien et de développer du conseil et du soin dans une période à haut risque psychologique.

 

"Cette plateforme est complémentaire des plateformes nationales dédiées  au soutien psychologique, au risque suicidaire, aux violences conjugales ou à la maltraitance infantile dont le risque est multiplié en situation de confinement." 

 

Le Crif - Des plateformes d'écoute existent à l'échelle de la communauté nationale. Quelles sont les spécificités de ce dispositif dédié à la communauté juive ?

Eric Ghozlan - Oui heureusement, et celle-ci est complémentaire des plateformes nationales dédiées  au soutien psychologique, au risque suicidaire, aux violences conjugales ou à la maltraitance infantile dont le risque est multiplié en situation de confinement.

Il est important en période de crise de proposer des solutions adaptées aux spécificités culturelles et cultuelles de la communauté.

Certains se trouvent particulièrement isolés ou désarmés par l’absence de repères habituels liés à la situation sanitaire. La ressource communautaire habituellement très englobante et présente, ne peut bien sûr plus organiser de rassemblement, de shabbatot, les fêtes de Pessah tombent en plein pendant la période de confinement et pour la première fois les familles ne vont pas pouvoir se réunir. A la distanciation physique s’ajoute de fait une distanciation sociale qui est anxiogène et culpabilisante que nous devons soulager collectivement. Le recours à la prière est une modalité de résilience et de lutte contre le psychotraumatisme essentielle et nous devons trouver de nouveaux modes d’expression en la circonstance. Les autorités religieuses qui font preuve de souplesse contribuent à cet effort commun d’alléger la culpabilité de nos coreligionnaires.

 

Le Crif - Il y a donc deux numéros à disposition des Français juifs. Précisez-nous l'utilité de chacun.

Eric Ghozlan - Les médecins et des psychologues de notre réseau participent à cette action bénévole et je les en remercie. Nous avons créée un numéro destiné aux professionnels dont l’objectif est d'accompagner/soutenir les salariés (travailleurs sociaux, salariés des EHPAD, des institutions pour personnes handicapées, psychologues, pro et bénévoles d'associations communautaires, rabbins de communauté, présidents de communautés, directeurs d’école) dans la gestion, pour eux-mêmes ou leur organisation des conséquences psychologiques de cette crise.  

Le second numéro est grand public, destiné aux familles et aux personnes hospitalisées, pour un accompagnement en situation d’isolement. Des médecins de différentes spécialités pourront également répondre aux questions du public et des professionnels.

 

Le Crif - Quels types d'appels pensez-vous recevoir ? Y a t-il des sujets qui préoccupent particulièrement les Français juifs en ce moment ?

Eric Ghozlan - Nous sommes face à une situation exceptionnelle et restons ouverts à tous types de demandes ou de souffrance psychologiques.

Nous avons déterminés quelques thématiques récurrentes pour faciliter l’orientation des appels. Plusieurs choix sont ainsi proposés à l’appelant et la possibilité de laisser un message audio ou par mail.

Malheureusement, nous aurons des appels de personnes endeuillés qui ne peuvent dans les circonstances actuelles suivre les rituels du judaïsme, et ressentent la culpabilité de n’avoir pu accompagner leurs malades hospitalisés ou en Ehpad, de ne pouvoir faire le kaddish avec un minyan. D’autres souffrent d’ennui, de l’isolement, ressentent de la colère, ont des attitudes d’évitement, une peur irrationnelle d’être infecté ou d’infecter les autres.

Des psychologues spécialisés pourront apaiser les tensions intra-familiales, les conflits de couples, et proposer un soutien à la parentalité. Un soutien psycho-éducatif  sera proposé dans les situations les plus limites ou explosives où la violence pose problème et constitue un danger.

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