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Publié le 29 Novembre 2018

Crif/Souvenir - Découvrez l’histoire de la statue Dreyfus, inaugurée à Tel-Aviv

Une statue du capitaine Alfred Dreyfus, a été inaugurée le 27 novembre à Tel-Aviv. Mais, quelle est l’histoire de cette statue ?

Par Marc Knobel, Directeur des Etudes au Crif

L’inauguration s’est faite en présence de deux de ses descendants et d’une centaine de personnes dont le maire de Tel-Aviv Ron Huldaï et la maire de Paris Anne Hildalgo. Sans oublier Hélène Le Gal, Ambassadrice de France, qui a contribué pleinement à la réussite de ce beau projet.

La statue, offerte par la Ville de Paris à Tel-Aviv est une réplique de celle réalisée par Louis Mitelberg, dit Tim et installée depuis 1994 place Pierre-Lafue, dans le 6e arrondissement.

Son histoire

En 1985, l’Affaire Dreyfus provoque de vives réactions. « Une nouvelle affaire Dreyfus ? » s’interrogeait René Bernard dans L’Express du 9 au 15 août 1985, après la polémique qui s’était élevée lorsque l’on avait envisagé d’élever une statue du capitaine. Quatre-vingt ans après la victoire des dreyfusards, le nom de l’officier était en effet inscrit sur la liste des personnages historiques auxquels le président François Mitterrand, avait décidé de rendre hommage. Sollicité par Jack Lang, ministre de la Culture, Louis Mitelberg, dessinateur éditorialiste de L’Express, peintre et sculpteur, connu sous le pseudonyme de Tim, réalisa la sculpture. Coulée en bronze, elle représente le capitaine en pied, tenant son sabre brisé devant le visage. Tim proposa de l’installer dans la cour de l’Ecole militaire à l’endroit même où Dreyfus fut dégradé. Jack Lang était d’accord mais se heurta au refus de Charles Hernu, le ministre de la Défense. Hernu allégua que la cour de l’2cole n’est pas accessible au public et proposa les jardins de la montagne Sainte-Geneviève qui abritaient les locaux de l’Ecole polytechnique où Dreyfus fut étudiant.

Résultat de cette polémique : « L’Hommage au capitaine Dreyfus » réalisé par Tim resta dans la fonderie du sculpteur pendant deux ans. Finalement, le 9 juin 1988, le ministre de la Culture l’inaugura dans le jardin des Tuileries, près de la terrasse dite du bord de l’eau. « L’Honneur de l’officier injustement condamné est lavé dans le bronze dont on fait les statues ! », commentait Le Monde du 11 juin 1988. Quelques jours plus tard, le lundi 20 juin, Charles Dreyfus, petit-fils du capitaine, révéla que la tombe de son grand-père, située au cimetière du Montparnasse, avait été profanée au début du mois. On y avait tracé des croix gammées et inscrit différentes injures.

Le 16 octobre 1994, L’œuvre est transférée Place Pierre Lafue, à l’angle du boulevard Raspail.

En 2006, à l'occasion du centenaire de la réhabilitation de Dreyfus, Jack Lang et le maire de Paris de l'époque, Bertrand Delanoë, expriment leur souhait de voir la statue transférée dans la cour de l'École militaire. Mais les militaires, notamment le général Henri Bentégeat, continuent de s'y opposer. Si Jack Lang et le maire de Paris Bertrand Delanoë souhaitent que cette statue trouve enfin sa place, les militaires s’y opposent toujours. Libération du 12 juillet 2006 raconte que Le chef d’état-major, le général Henri Bentégeat, l’a clairement indiqué ce mercredi matin encore sur RTL. Un transfert de cette statue est « un choix fondamentalement politique », a-t-il affirmé, mais « il n'y a pas de demande, au sein des armées, pour de nouvelles cérémonies ». Ce refus est justifié par le fait que « dans les armées, on n'a pas l'habitude de célébrer ses erreurs. On célèbre d'abord ses victoires », a expliqué le chef d’état-major. Et le journaliste d’ajouter « Une vision un peu courte : l’armée française ne se prive pas de célébrer Dien Bien Phu, erreur militaire s’il en est. Quant à ne voir dans l’affaire Dreyfus qu’une « erreur » de l’armée, c’est oublier sa conclusion : la réhabilitation d’Alfred Dreyfus ! »

Voir à ce sujet :

  • Knobel, Marc. "Chronique dreyfusienne. L'hommage au capitaine Dreyfus." Les Cahiers Naturalistes, Nº63, 1989, p. 256.
  • Knobel, Marc. "Il y a toujours des antidreyfusards!" in Michel Winock (ed.), L’Affaire Dreyfus. Vérités et mensonges. Paris: L’Histoire, Nº173, Jan. 1994. Rpt. Paris: Editions du Seuil, 1998.
  • Knobel, Marc. "L'Antidreyfusisme de 1906 à nos jours." Lendemains, Liliane Crips (ed.), "Hundert Jahre  Dreyfus­Affäre," Nº77, 1995, pp.
  • Knobel, Marc. "Les Derniers antidreyfusards et l’antidreyfusisme de 1906 à nos jours," in Michel Denis, Michel Lagrée et Jean­Yves Veillard (eds.), L’Affaire Dreyfus et l’opinion publique en France et à l’étranger, Rennes: Presses Universitaires de Rennes, 1996

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