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Publié le 10 Décembre 2020

Interview Crif - "Le Livre noir est le premier document qui rend compte du génocide", Guillaume Ribot

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, des écrivains russes réunis autour des célèbres écrivains et correspondants de guerre Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman ont documenté la destruction des Juifs dans les territoires soviétiques conquis par les nazis, dans un ouvrage inédit, le Livre noir. L’enquête documentaire de Guillaume Ribot et Antoine Germa, intitulé « Vie et Destin du Livre noir. La destruction des Juifs d’URSS », retrace l’histoire de ce livre maudit et de ses auteurs. Entretien avec Guillaume Ribot, le réalisateur du documentaire.

Ce documentaire passionnant diffusé pour la première fois le 13 décembre à 22h40 sur France 5, est disponible en replay sur francetv.fr.

Propos recueillis par Johana M. 

 

Le Crif : Votre documentaire s’intitule : « Vie et Destin du Livre noir ». Qu’est-ce que ce Livre noir ? En quoi cet ouvrage est-il remarquable ?

Guillaume Ribot : Pour commencer, ce Livre noir est un livre de 1 000 pages de témoignages. Il est remarquable par son volume et par la quantité d'informations qui sont contenues à l'intérieur. Il regroupe beaucoup de choses importantes.

C’est le premier document qui rend compte du génocide parce que les écrivains, dont, Vassili Grossman, suivaient l'avancée de l'Armée rouge lors de la contre-offensive, là où les Soviétiques ont commencé à découvrir les premiers massacres par fusillade. Vassili Grossman a notamment été le premier journaliste à entrer dans un centre de mise à mort, en l'occurrence celui de Treblinka.

Ce qui est particulier, c’est que l'idée avait été soufflée par Albert Einstein à Solomon Mikhoels lors d’une tournée aux Etats-Unis. Cela aura d’ailleurs une incidence sur la suite des événements.

Ce livre a également été utilisé dans les procès de Nuremberg. Le texte de Vassili Grossmann, Treblinka, a été utilisé lors de la plaidoirie du procureur soviétique au procès.

Ce livre a donc une importance mémorielle, historique et scientifique.

Ehrenbourg voulait raconter les faits d'une manière brute et sans réécriture. Mais Grossman, qui a passé quasiment quatre années en première ligne, est marqué par les combats et souhaite faire de ce livre un témoignage vibrant. C’est un homme du front. Il est au plus près de la guerre et est très sensible à ce qui se déroule. Comme le dit Vassili Grossman dans le documentaire, ce livre donne une voix à ceux qui ne pouvaient plus parler. Il est à ce titre remarquable.