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Publié le 26 Août 2020

Interview Crif - Normalisation des relations entre Israël et les Emirats Arabes Unis : Cyril Amar fait le point

Le 13 août dernier, Israël et les Emirats arabes unis ont annoncé la normalisation officielle de leurs relations. Motivations, conséquences et avenir, le journaliste Cyril Amar fait le point sur un accord historique.

Propos recueillis par Marie-Sarah Seeberger

Le Crif - La plupart des pays du Golfe - et notamment les Emirats arabes unis - ont des relations officieuses avec Israël depuis des années. Quelle a pu être la source de motivation récente pour parvenir à une normalisation officielle des relations ?

Cyril Amar - Plusieurs choses ont bien entendu motivé cette décision historique. Le contexte politique et diplomatique israélien a joué. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait besoin d'une victoire diplomatique, et les Emirats arabes unis étaient le candidat idéal avec un allié commun de taille : les Etats-Unis. En effet, il fallait pour les Emirats arabes unis, comme pour Israël, pouvoir compter sur leur allié historique et, à quelques mois du scrutin américain, le moment était particulièrement opportun.

Toujours du point de vue diplomatique, et c'est ce qui est officiellement mis en avant par Abou Dhabi, cet accord a eu pour effet, non négligeable, de geler l'annexion israélienne, annoncée il y a plusieurs mois dans le cadre du fameux "Deal du siècle" de Donald Trump.

Depuis la signature de l'accord, on comprend également que de gros enjeux liés à des contrats d'armement et à des achats militaires sophistiqués entre les Emirats et les Etats-Unis ont pesé dans la balance. On sait que ces achats militaires sont très surveillés par Israël. Cet accord a sans doute permis un allégement de la surveillance israélienne.

Par ailleurs, les Emirats Arabes Unis sont dans une course incessante à la modernisation. Le pays sait qu'il peut compter sur ses ressources en hydrocarbures mais comprend qu'il doit se diversifier, ces ressources n'étant pas inépuisables. Son économie doit se tourner vers la haute technologie, un atout israélien sur lesquel il peut compter.

 

Le Crif - Concrètement, que va changer cet accord pour les sociétés civiles des deux pays ? 

Cyril Amar - Il faut bien comprendre que cet accord n'est pas, à proprement parlé, un accord de paix. En effet, les deux pays n'ont jamais été en guerre. La normalisation des relations va donc être naturellement beaucoup plus facile qu'avec l'Egypte et la Jordanie. Même si un accord de paix existe depuis des dizaines d'années avec ces pays voisins - 1979 avec l'Egypte 1994 avec la Jordanie), les coeurs n'y sont pas franchement... 

Avec les Emirats arabes unis, la paix sera chaleureuse. La société émiratie est composée à 90% d'étrangers. L'opinion publique n'était donc pas un défi majeur dans cette décision d'accord avec Israël. Le risque de mécontentement de la société civile était minime.

Concrètement, cet accord va changer beaucoup de choses, il ne s'agira pas uniquement d'un accord politique ou diplomatique. Une liaison aérienne directe entre Israël et les Emirats va par exemple être ouverte. On peut imaginer que les Israéliens ne manqueront pas de voyager aux Emirats arabes unis dès qu'ils en auront l'occasion. 

Des investissements massifs émiratis en Israël vont aussi voir le jour, notamment dans les technologies développées dans le Negev. Ces investissements et échanges ont déjà commencé, avec un partenariat entrepris pour développer un test de dépistage rapide du Coronavirus. 

En Israël, la population se réjouit de cet accord. Même les opposants politiques du Premier ministre Benjamin Netanyahou lui reconnaissent cet acte historique.

 

Le Crif - Peut-on imaginer que d'autres pays du Golfe ou arabes soient candidats à des accords similaires avec Israël ?

Cyril Amar - Bien-sûr. Il y en aura d'autres, mais progressivement, et probablement pas avant le scrutin américain du mois de novembre. Pour le moment, on évoque le Bahreïn, ou le Sultanat d'Oman. Mais ces décisions peuvent engager de vastes conséquences pour la région toute entière et devront être parfaitement discutées. 

En Israël, ces jours-ci, il se passe des choses historiques tous les jours. Que Benny Gantz, le ministre israélien de la Défense, appelle son homologue émirati et rende l'information publique, c'est quelque chose d'assez spectaculaire !

Si tout se déroule comme prévu, le premier vol commercial israélien - affrété par El Al - devrait avoir lieu lundi. A bord de ce vol historique, les délégations israéliennes et américaine, en route vers Abou Dhabi.

 

Il y a quelques jours, Cyril Amar était à Dubaï pour faire vivre aux téléspectateurs ce moment historique

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Cyril Amar est rédacteur en chef et présentateur du magazine Orient, sur i24news, tous les jeudis, à 21h (FR).

Pour suivre Cyril Amar sur Twitter : @cyrilamar_i24