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Publié le 19 Mai 2008

Malraux et les Juifs. Histoire d’une fidélité Par Michaël de Saint-Chéron (*)

Si chacun sait et se souvient que la première épouse d’André Malraux, Clara Goldschmidt, était juive, les rapports de l’ancien commandant de l’escadrille Espana , de celui qu’on appelait le colonel Berger et qui sera ministre d’Etat chargé des Affaires culturelles du général de Gaulle, avec les Juifs et avec l’Etat d’Israël sont beaucoup moins connus. C’est pourquoi on sera reconnaissant à Michaël de Saint-Chéron de nous offrir, à l’occasion du 60ème anniversaire de l’Etat juif, ce recueil si riche et si divers autour de l’ « histoire d’une fidélité ». « En rassemblant dans ce livre, pour la première fois, nous dit l’auteur, les textes et lettres d’André Malraux relatifs de près ou de loin aux Juifs, au judaïsme, à l’Etat d’Israël, j’ai conscience de le faire à un triple titre : comme fils d’une famille de l’aristocratie française, comme fils d’Israël par retour et comme-je crois pouvoir le dire-« fils spirituel » d’André Malraux ».


Dès 1933, Malraux est membre du présidium de la LICA et dirige les Comités mondiaux pour la libération de Dimitrov et Thaelmann, accusés par les nazis de l’incendie du Reichstag.
Au cours des ans, ses amis les plus proches ont pour noms Manès Sperber, l’écrivain juif de langue allemande, son épouse Jenka, Ilya Ehrenbourg, écrivain juif ukrainien, Chagall, Roger Stéphane ou encore Roman Kacew alias Romain Gary.
En 1945, sur le front d’Alsace, la position de Malraux est sans ambages : « S’il y a une question juive, il n’y a pas de neutralité possible. Je suis philosémite, qu’on se le dise ». Et à son épouse, un peu déjudaïsée, il aimait lancer, comme en boutade : « Soyez la plus juive possible, c’est ainsi que vous m’intéressez ».
En 1956, alors que l’existence même d’Israël est menacée, il confie au recteur Robert Mallet qu’il envisage de constituer une brigade de volontaires pour aller se battre aux côtés des Israéliens. Plus tard, Shimon Peres déclarera l’avoir entendu dire, à propos de la Guerre des Six Jours : « Si j’étais jeune, je m’enrôlerais dans l’armée israélienne ». Le 21 juin 1960, il célèbre, aux côtés de rené Cassin, à Paris, le centenaire de l’Alliance Israélite Universelle.
En 1967, Malraux gardera le silence à propos de la petite phrase assassine du général de Gaulle sur « le peuple d’élite sûr de lui et dominateur ». Son « non-voyage » en Israël reste, selon de Saint-Chéron « une question jamais résolue et même de plus en plus opaque ». En 1974, répondant à Olivier Todd, il marque pour la première fois sa différence avec le général : « Le problème d’Israël ne s’est jamais trouvé dans mes attributions. Il n’a jamais été réellement discuté en Conseil des ministres. J’aurais été bien plus pro-israélien que le général de Gaulle, mais je n’étai pas contre son désir d’établir de bons rapports avec les Arabes pour une médiation possible. Ma position pour Israël était évidente mais elle n’était pas anti-arabe… ». En novembre de la même année, il protesta publiquement contre la décision de la Commission spéciale pour la Conférence générale de l ‘Unesco qui refusa d’inscrire Israël dans une région déterminée du monde.
« Jusqu’à sa mort, affirme l’auteur, Malraux rencontrait le destin d’Israël, puisque c’est exactement le 23 novembre 1976, que l’Etat hébreu réintégrait l’Unesco ».
Malraux face à la Shoah, Malraux et la Bible, Malraux et Chagall, trois thèmes intéressants complètent une première partie intitulée « Le compagnon du peuple juif ». Une deuxième partie permet, par une lecture directe de textes d’André Malraux, annotés par l’auteur, de se faire une idée précise de ses sentiments. Voici la préface à …Qu’une larme dans l’océan de Sperber, celle au bel album de Nicolas Lazar et d’Izis intitulé Israël, celle aux Céramiques et sculptures de Chagall, deux lettres inédites adressées à Claude Vigée relatives au Prix de Jérusalem, une lettre à Chagall, sa lettre ouverte au directeur général de l’Unesco et, surtout, son remarquable discours, peu connu , prononcé à la séance inaugurale du centenaire de l’A.I.U. le 21 juin 1960 à l’Unesco au nom du Président de la République.
Des témoignages constituent la troisième partie, ceux de Manès Sperber, Romain Gary, Gérard Israël et Jorge Semprun. Une chronologie et un cahier photos agrémentent cet ouvrage très agréable et très instructif.
Jean-Pierre Allali
(*) Editions Desclée de Brouwer. Février 2008. 178 pages. 18 euros.

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